ALMANACH DE BRIOUDE
Numéro spécial An 2000
Sur le site 'Internet" de l'Almanach de Brioude, l'index et la table des matières concernent les années 1920 à 1999 incluses. Une mise à jour est prévue en 2010 pour les années 2000 à 2009. Dans l'intervalle, il a paru intéressant de rendre accessibles les articles essentiels (*) du numéro spécial de l'An 2000, "panorama de l'histoire de Brioude". Pour faciliter l'accès des mots clés par la commande 'rechercher', ces trois articles se font suite en une seule page informatique.
Table des Matières du
numéro de l'an 2000:
LE COMITE - Vœux du Comité
« 80 ans»
J.J. FAUCHER - Préface par
Monsieur le Maire de Brioude
M. MEUNIER - Les 100 ans de
l'Amicale de la Haute Loire
G. HERAUD - Avant
l'Almanach, qu'y avait-il?
R. CHANY - Historique de
l'Almanach
(*) P. CUBIZOLLES -
Brioude, des origines à la Révolution
(*) P. FONTANON -
Brioude, de la Révolution à la Restauration, 1789-1815
(*) A. RIVET - Quelques
aspects de la ville et de l'arrondissement de Brioude aux XIXe et XXe siècles
A. MASSEBEUF - Ephémérides
1999
Conseil d'administration de
l'Almanach
Liste des membres adhérents
Table des matières
Index
par Pierre
CUBIZOLLES
A l'occasion du 80e
anniversaire de l'Almanach de Brioude, M. Gustave Héraud, Président de cette
honorable Société, m'a demandé de rédiger, en 150 pages, un résumé de
l'histoire de Brioude, des origines à la Révolution, selon le désir de M.
Jean-Jacques Faucher, maire de cette ville.
Après avoir refusé,
j'ai finalement accepté car j'aime beaucoup ce pays si attachant, ses habitants
ouverts et plus particulièrement mes anciens élèves. Mais le travail demandé
était bien difficile: c'était même une gageure. Comment résumer en quelques
pages l'histoire d'un pays au si riche et prestigieux passé?
Bien que nombre de
renseignements historiques soient encore enfouis dans le sol de la ville -
l'archéologie nous les révélera au cours des siècles prochains -; bien que des
charretées de précieuses et irremplaçables archives aient été brûlées par
quelques fanatiques inconscients au moment de la Révolution; bien que de
nombreux documents soient encore de difficile accès parce que non classés,...
ce qui a survécu à l'usure du temps, au naufrage d'une mer déchaînée par des
passions politiques, est encore considérable.
En conséquence, je ne
pouvais que dresser quelques jalons, effectuer un choix toujours difficile à
réaliser, relever quelques faits majeurs, sans me focaliser uniquement sur la
ville, dont l'origine remonte, selon les données actuelles, au premier siècle
avant notre ère. Ce que j'ai tenté de faire. Y ai-je réussi? Les lecteurs
apprécieront.
*
Autre difficulté de
moindre importance celle-là: certains membres du bureau de l'Almanach ont
souhaité ne pas voir de notes en bas de page figurer dans ce résumé. J'ai obéi,
peut-être trop naïvement car, d'une part, cela me sera reproché notamment par
les historiens et, en second lieu, les notes de bas de page ne gênent nullement
la lecture : seuls, ceux qui sont intéressés peuvent aisément les consulter.
J'ai donc été obligé de mettre des parenthèses dans le texte pour d'éventuelles
explications nécessaires; or, ces parenthèses constituent bien pour le lecteur
des barrières à franchir, ce qui est autrement gênant qu'une note discrète en
bas de page.
Malgré toutes ces
imperfections, je livre ce texte aux lecteurs de la revue, en comptant sur leur
indulgence.
Pierre CUBIZOLLES
13 novembre 1999
I - Le Brivadois
La Limagne brivadoise
Formation du relief
Le 'uicus' brivadois
Progression du
christianisme en Gaule
Arrivée du christianisme en
Brivadois
Martyre de saint Julien
Mausolée en l'honneur de
saint Julien
Conversion des
Brivadois
Un empereur inhumé à
Brioude
Vandales et Burgondes
Construction de la première
basilique
Eglise-Mère brivadoise ou
groupe paroissial
Les Abbés laïcs
Clercs vivant en communauté
Chapitre Saint-Julien
Rôle du Chapitre
Saint-Julien
Rôle du curé
Le castrum Victoriacum
La prétendue Milice
Saint-Julien
Gouvernement de Chramm
Ateliers monétaires
Faits divers
Duché et comté
Vicairie
Manse
Incendie du 'castrum
Victoriacum'
Basilique carolingienne
Saint-Julien
La comtalia
Hôtel du doyenné
Hôtel abbatial
Hôtel de la prévôté
L'Université Saint-Julien
Le pape Formose vint-il en
pèlerinage à Brioude?
Les Normands seraient-ils
venus en Brivadois ?
Insécurité au Xe siècle
Incendie de Brioude (milieu
Xe s.)
La Paix de Dieu
Le Chapitre Saint-Julien
adoucit les rudes mœurs des chevaliers
Un concile à Brioude
(1085-1086)
Urbain II à Brioude
Séjour de Calixte II à
Brioude
Construction de la
basilique actuelle
Lutte contre la Maison
d'Auvergne
Différends au sein de la
famille comtale
Schisme
Eglises paroissiales
Eglise Saint-Jean-Baptiste
Eglise Notre-Dame
Eglise Saint-Pierre
Eglise Saint-Laurent
Eglise Saint-Jacques
Eglise Saint - Préjet
Eglise Saint-Ferréol
Hôpital Saint-Robert
Hôpital Sainte-Bonette
Hospice Notre-Dame
Fondation de la léproserie
de la Bajasse
Antonins du Viennois à
Frugères-les-Mines
Cordeliers (1286)
Chevaliers de l'Ordre du
Temple: Chambon, Farreyrolles, Chanteduc
Commanderie Saint-Jean de
Brioude
Prévôté du Brivadois
Bailliage
Election
Présidial
Accord de 1276
Arrêt du Parlement (1280)
Tentatives diverses et
arrêts consécutifs
Recel d'armes
Lettres patentes accordées
aux habitants
Emprisonnement
Droit de police réservé et
protocole des réjouissances publiques
Démarche pour
l'installation d'un maire
Siège de la juridiction
consulaire
Division du diocèse de
Clermont (1317)
Archiprêtré de Brioude
Peste
Début des hostilités
Thomas de la Marche en
Brivadois
Seguin de Badefol (1363-1364)
Réparations des murailles,
forts et fossés
Le Bord de Garland -
Aymerigot Marchez
Famine (1374)
Charles VI en pèlerinage à
Brioude
Démence du roi
Désarroi des consciences:
Grand Schisme d'Occident (1378)
Guerre civile
Causes
Débuts en Auvergne
Guerre civile
Echec de la politique de
tolérance
La Ligue
Peste de 1630
Achat d'une maison pour
l'éducation de la jeunesse (1584)
Enseignement confié d'abord
aux prêtres séculiers
Agrandissement du Collège
Contrat avec les chanoines
réguliers de Saint-Augustin
Contact avec les Jésuites
de Billom
Legs du chanoine
Saint-Vallier
Collège confié aux Prêtres
du Saint-Sacrement
Religieux Minimes (1608)
Ursulines (début XVIIe s.)
Capucins (v. 1619)
Religieuses de Notre-Dame
(1639)
Sœurs de Fontevrault (1639)
Dames de la Miséricorde
(1644)
Visitandines (1658)
Sœurs de la Croix (1694)
Pères du Saint-Sacrement de
Thiers (1760)
--OOOOOO--
"Je voudrais
une fois voir de mes yeux cette Limagne d'Auvergne qui, dit-on, resplendit d'un
si grand charme" (Roi Childebert, in Grégoire de Tours, Hist. Franc., IIIIX).
Au point de vue
géographique, les Limagnes, réputées depuis fort longtemps pour leur fertilité,
sont formées d'un ensemble de plaines et de bassins de la vallée de l'Allier,
en Auvergne, allant de Saint-Pourçain-sur-Sioule, au nord, à Brioude et
souvent par extension à Langeac, au sud.
Différenciées et
accidentées, elles comprennent: la Grande Limagne ou Limagne de Clermont,
celle d'Issoire, celle de Brioude et le petit bassin de Langeac.
La Limagne brivadoise
ou Brivadois, ainsi nommée parce que Brioude en occupe le centre, s'étend de la
barre cristalline du Saut-du-Loup et de Charbonnier au nord, jusqu'au
soulèvement de la Chomette au sud. Ce bassin est limité à l'est par les monts
du Livradois tandis qu'à l'ouest, des plateaux, prolongeant morphologiquement
les monts de la Margeride, servent de support aux déjections volcaniques du Cézalier.
Les montagnes qui l'encadrent, formant en quelque sorte les bords de la
cuvette, sont essentiellement constituées par des gneiss, tandis que des
formations sédimentaires, terrains houillers et tertiaires, occupent le fond.
Le Brivadois a une
histoire. Traçons une esquisse géologique très simplifiée.
Vers la fin du
Carbonifère, il y a plus de 220 millions d'années, cette dépression est
recouverte par un lac, long de 25 km environ, depuis Auzat-sur-Allier au nord
jusqu'à Lavaudieu au sud, et large d'une dizaine de kilomètres. Il s'étend même
jusqu'au petit bassin houiller de Fressanges, à l'est de Jumeaux
Autour de ce lac, une
végétation luxuriante s'est développée: prêles et calamites géantes,
lépidodendrons et sigillaires arborescents, fougères herbacées et fougères
arborescentes, cordaïtes,... végétaux pouvant atteindre 30 à 40 m de haut. Les
rivières ont charrié jusqu'au lac les débris des pentes boisées: minéraux,
arbres morts, branches et herbes sèches,... Ainsi, progressivement, au fond de
ce lac, s'accumulent des conglomérats, des grès, des schistes, tandis que les
débris végétaux formeront la houille qui s'élaborera plus tard, grâce aux
êtres microscopiques (bactéries, microbes),... Sous l'effet des tremblements de
terre, le fond de cette cuvette s'abaisse lentement et d'une façon continue
(subsidence) jusqu'à des profondeurs non sondées mais estimées entre 1 500 et 2
000 mètres.
*
A l'ère tertiaire, il
y a environ 65 millions d'années, le Massif Central n'est alors qu'une immense
pénéplaine, un plateau cristallin, vallonné par endroits.
Beaucoup plus tard,
vers le milieu de cette ère, à l'oligocène, sous la poussée des Alpes, un léger
soulèvement se produit et deux failles longitudinales, orientées nord-sud,
apparaissent, esquissant le cadre de la Limagne actuelle. Le sol compris entre
ces failles s'affaisse lentement, formant ainsi un bassin d'effondrement que
les eaux remplissent.
Un autre grand lac,
aux contours incertains et mouvants, recouvre alors les bassins de Paulhaguet,
de Brioude, du Lembron et d'Issoire, puis ses eaux envahissent la Limagne de
Clermont. Un climat chaud, subtropical - probablement avec des pluies
épisodiques et violentes -, comparable à l'actuel climat du sud-ouest de
l'Australie, du nord-est du Brésil ou du sud-ouest de Madagascar, règne alors.
Sous l'action d'une
érosion intense et rapide, des argiles bariolées - particulièrement
spectaculaires dans la Vallée des Saints près de Boudes, Colorado en miniature
-, des sables, des calcaires, des fragments de végétaux, des marnes,... se
déposent au fond du lac. Selon un sondage fait en 1906 près de Cohade, non loin
de Brioude, l'épaisseur maximale de cette couche sédimentaire lacustre atteint
358 m. Les argiles bariolées étaient naguère exploitées près de Saint-Germain-Lembron
par l'entreprise des 'Couleurs de Paris', tandis que les rouges alimentaient
les nombreuses tuileries qui, depuis plusieurs millénaires, existaient dans ce
bassin. Des fours à chaux utilisaient les dépôts calcaires.
La végétation,
probablement assez rare, qui croit autour de ce lac comprend cependant des
plantes gracieuses, à fleurs nombreuses et multicolores, telles celles du
magnolia. On y remarque quelques palmiers épars, les grappes blanches des
légumineuses arborescentes (acacias),... Le calme et le silence ne sont rompus
que par le bourdonnement d'insectes multicolores ou par la fuite éperdue de
petits rongeurs (Issiodoromys ), poursuivis par des carnassiers redoutables,
du genre Hyaenodon.
*
Au miocène, de
nouveaux contrecoups du plissement alpin vont modifier profondément l'aspect de
notre région. La forte poussée du soulèvement des Alpes provoque des cassures,
des failles et un exhaussement général du sol. Les argiles lacustres sont
soulevées à certains endroits jusqu'à 1 000 m. Le horst cristallin de la
Chomette surgit, séparant définitivement le bassin de Paulhaguet de celui de
Brioude. Le houiller de Frugères-Les-Mines surélevé verra, plus tard, sa chape
oligocène emportée par l'érosion. Le lac, dont le fond s'était affaissé
progressivement pendant que les dépôts s'accumulaient, se vide peu à peu.
En même temps, la
terre tremble, des grondements souterrains se font entendre, les eaux
bouillonnent, des jets de vapeur s'élancent dans les airs. Toute la région
ainsi fissurée vomit de petits volcans du type strombolien: celui des Grèzes
près de Lamothe, ceux des environs de Blesle, le dyke de la Roche près de
Bournoncle Saint Pierre,. . .
Déjà, trente millions
d'années avant notre ère, des volcans avaient surgi ici et là dans le Cantal.
Les coulées basaltiques des côtes de Clermont et de Gergovie, selon une
datation par la méthode argon-potassium, remonteraient à 19 millions d'années.
Celui de Senèze, mondialement connu pour ses fossiles, antérieur au dépôt de la
faune, remonte vraisemblablement au Pliocène (6 MA).
*
Un événement important
pour notre région se produit à la fin du tertiaire. Les dernières failles lui
ont donné les traits dominants de son aspect actuel. Il y a environ quatre
millions d'années, l'Allier commence à couler au fond d'une vallée
d'effondrement. C'est elle qui est source de vie pour notre région. L'homme
peut y apparaître comme dans un nid préparé pour lui dès l'ère primaire. Or,
c'est précisément à cette époque qu'il fait son apparition sur terre. Des
outils humains (galets aménagés, pebble tools , choppers ), datant de deux
millions d'années environ, ont été découverts à Chilhac.
Sous l'influence d'un
climat chaud et humide, une végétation luxuriante recouvre les collines et les
versants des vallées. Une foule d'animaux peuple les sous-bois et les
clairières. Les grands herbivores (éléphant méridional, rhinocéros
étrusque,...) apparaissent et, par voie de conséquence, les grands carnivores,
parmi lesquels on remarque surtout le célèbre machairodus à dents de sabre:
les canines supérieures très développées, tranchantes et courbes, font de ces
félins de redoutables prédateurs. Des singes, sautant de branche en branche,
donnent au paysage un cachet africain. On retrouve aujourd'hui les ossements
fossilisés de ces animaux.
Puis, succède une
activité volcanique intense. En Velay, la plupart des basaltes des plateaux
s'épanchent et forment de vastes entablements recouvrant la topographie
antérieure et bouleversant le réseau hydrographique.
Pour des raisons que
l'on ignore (volcanisme intense, inversion du paléomagnétisme,... ?), la
température s'abaisse sensiblement. Des glaciers recouvrent alors les monts du
Cantal, le Cézalier, les monts Dore et donnent au relief sa physionomie
actuelle. Diverses périodes froides alternent avec des intervalles
interglaciaires où la température est plus clémente: la neige et les glaciers
fondent, au moins en partie, provoquant une érosion intense qui lessive les
argiles oligocènes et même, par endroits, une partie supérieure de la zone
houillère. Récemment, à Monistrol-d'Allier, les terrassements en vue de la
construction du nouveau pont sur l'Allier ont mis au jour des résidus
périglaciaires (entre 3,5 et 2,5 MA avant J.C.), antérieurs au volcanisme.
*
Au cours de l'ère
quaternaire, outre le volcanisme qui continue à jouer un rôle important, ce
sont surtout l'Allier et ses affluents qui, en creusant leur vallée, donnent à
notre région l'aspect que nous lui connaissons.
Des dépôts d'alluvions
fluviatiles, situés à diverses altitudes, marquent les étapes successives du
creusement de la vallée de l'Allier. Les niveaux où apparaissent ces dépôts
sont dénommés 'terrasses alluviales' par les géologues. Les plus élevées sont
les plus âgées.
La première et la plus
ancienne se situe au-dessus de Vieille-Brioude, près des Chirouzes, à la cote
629, où l'on remarque, près du sommet, des galets de quartz, dispersés dans les
bois et dans les champs. La tranchée creusée pour la déviation de Brioude a
bien mis en évidence cette assise de galets. On peut observer également les
mêmes alluvions fluviatiles en place près de Chamalière (commune d'Azerat), au
niveau 540, aux environs de Rigoux (même commune), au nord-ouest d'Auzon, à la
cote 475, à droite de la route allant à Boussac, et au sud-est, sous le
réservoir, non loin de Rizolles.
Les alluvions de la
deuxième terrasse, déposées au pléistocène, recouvrent la plaine qui sépare
Brioude de Vieille-Brioude, celle du terrain d'aviation, de Rilhac, du Monteil
(450 m), de Lugeac, d'Azerat, des Granges... Ces alluvions, visibles en surface
dans les champs, sont essentiellement constituées de galets de quartz, de
granite, de gneiss, de basalte,... Enfin, la troisième terrasse, la plus
récente, située à une vingtaine de mètres au-dessus du niveau de l'Allier, supporte
la ville de Brioude (la partie ancienne autour de la splendide basilique
Saint-Julien), Largelier, Issoire,... Cette assise, composée de divers galets
arrondis, enrobés dans une sorte de ciment, s'observe nettement sur les talus
et tranchées.
Signalons encore, la
basse et sablonneuse plaine de l'Allier, située entre 5 et 10 mètres au-dessus
du niveau de l'eau, datant de quelques milliers d'années seulement, sur
laquelle sont installés les terrains de sport de Brioude, Crispiat, Cohade,.. .
*
Après avoir esquissé
la formation du relief, rapprochons-nous de la ville de Brioude pour chercher
son origine.
Nous savons déjà que
l'homme a manifesté sa présence en Brivadois, il y a 1,9 M.A., comme en
témoignent les galets aménagés découverts à Chilhac. Mais, il a pu apparaître
avant.
De même, la découverte
d'une industrie appartenant au paléolithique inférieur, réalisée sur des
galets de quartz, sur le replat de la terrasse alluviale aux environs de
Brioude, permet de démontrer que l'homme est présent dans ce secteur depuis
très longtemps: peut-être depuis l'interglaciaire Mindel-Riss, il y a environ
400 000 ans. La découverte de cette industrie est plus concentrée dans la zone
au nord de la ville, à la limite des communes de Cohade, Beaumont et Brioude.
La mention d'un menhir
à 1 km environ au nord de Brioude dans les fichiers de la Circonscription des
Antiquités préhistoriques d'Auvergne semble témoigner d'une présence humaine
durant la période néolithique.
Citons aussi pour
mémoire les nombreuses grottes préhistoriques dans la région de Blassac,
Lavoûte-Chilhac, Langeac, Chanteuges, Saint-Arcons-d'Allier, Saint-Privat-d'
Allier,..., déjà fouillées, parfois partiellement, ou en cours.
*
En ce qui concerne
Brioude, son nom Briuas, que l'on trouve pour la première fois sous la
plume de Sidoine Apollinaire, évêque d'Auvergne (471), est d'origine gauloise.
Il désigne un pont, le lieu de franchissement d'une rivière.
Par ailleurs, près de
Brioude existe la fontaine Saint-Julien, lieu de culte d'origine gauloise.
Signalons aussi la découverte de deux pièces de monnaie gauloise, sur la
commune, malheureusement sans précision de lieu: un statère de type BN 3744 et
un Epad au guerrier. A l'automne 1973, des terrassements importants effectués à
l'Institution Saint-Julien en vue de la construction d'un nouveau bâtiment
scolaire, ont mis au jour, outre un mobilier gallo-romain considérable, de la
céramique gauloise, remontant à la Tène III (v. 120 av. J.C. à la conquête
romaine). En 1982, des fouilles de sauvetage effectuées au Clos des Cordeliers,
sous la direction de Melle Myriam Philibert, ont livré, dans la couche la plus
ancienne (n° 9), un fragment de calotte crânienne et du mobilier datant de la
fin du 1er siècle avant notre ère (céramique non tournée, balustre, cruche
dite de Gergovie,...) mais postérieur de peu à la conquête. Malgré son intérêt
incontestable, cet échantillonnage caractéristique de cette époque n'apporte
pas la preuve de l'existence de Brioude avant la conquête par César.
Il faut reconnaître
aussi que l'occupation gauloise à Brioude est encore mal connue. Attendons
d'autres découvertes.
Cependant, d'après les
données archéologiques actuelles, on peut affirmer de façon certaine, que
l'origine de Brioude remonte au milieu du 1er siècle avant Jésus-Christ.
D'autres découvertes permettront peut-être de remonter plus haut.
"Puis t'accueillera l'aimable Brioude (benigna Briuas) qui vénère le corps (ossa) de saint Julien" (Sidoine Apollinaire, Carmen XXIV, 16-17).
Du jour où les Gaulois
eurent déposé les armes, a noté Strabon, ils se mirent au travail de la terre.
Il a répété aussi, à juste titre, que le développement des centres urbains a
été un des phénomènes de la romanisation. C'est exactement ce que nous
constatons à Briuas . L'agglomération brivadoise, née quelques décennies avant
notre ère, se développe surtout à l'époque gallo-romaine. Les travaux de terrassements,
les fouilles organisées, les sondages méthodiques, et même les écrits
légèrement postérieurs nous le révèlent.
Signalons d'abord au
passage la découverte, vers 1850, au terroir de Chaumaget - à 200-300 m au NW
de la fontaine Saint-Julien-, de deux pièces d'or, l'une à l'effigie de
Constance II Auguste (340-351) et l'autre à celle d'Anastase 1er (491-518).
*
Au courant de l'été
1964, des sondages effectués rue Paul le Blanc, ont révélé l'existence d'une
maison gallo-romaine à hypocauste, et mis au jour de la céramique variée. Le
dallage recouvrant les canalisations du chauffage par le sol était en tuileau.
Rappelons-nous le
mobilier gallo-romain considérable mis au jour dans la cour de l'Institution
Saint-Julien, à l'automne 1973 : poterie très variée allant de la céramique
fine (sigillée, peinture métallisée,...) à l'ordinaire. Dans le secteur près de
la chapelle et du portail, les fragments d'amphores très nombreux semblaient
indiquer l'emplacement d'un magasin. Malheureusement, étant donné que les
terrassements avaient lieu à l'emplacement du cimetière médiéval de l'église
SaintPréjet, donc sur un terrain fortement remanié, aucune substruction n'a
été découverte, à l'exception de quelques fosses ou silos, difficiles à
interpréter. Il était, en outre, vu l'état du terrain, presque impossible de
procéder à une étude stratigraphique.
En 1974, dans la rue
Paul le Blanc, déjà citée, des terrassements pour les fondations d'une maison
ont mis au jour des fragments d'amphores, de tripode, de sigillée et céramiques
diverses.
Les fouilles du 'Clos
des Cordeliers', en 1982, ont révélé deux maisons gallo-romaines superposées.
La première, remontant
au début de notre ère, construite sur un niveau antérieur à notre ère, aux
murs recouverts à l'intérieur d'un enduit peint polychrome, a offert une grande
richesse de vestiges archéologiques, indice d'une zone d'intense activité.
La seconde maison,
édifiée au III e siècle et au même emplacement, mesurant une douzaine de mètres
de long sur six de large, dont les murs étaient aussi recouverts d'un enduit
peint, témoignait d'une certaine richesse et d'un grand souci de confort. Pour
éviter toute humidité, on avait pris la précaution de bien la drainer. Le sol,
très soigné, était constitué par une assise de galets recouverts par une
épaisse couche de gravats (1 m) récupérés dans une autre maison. Parmi ces
gravats, on remarquait des fragments d'enduit peint provenant de fresques
murales aux couleurs d'une fraîcheur remarquable; sur l'ensemble on avait
répandu une couche de mortier.
Ces fragments de
fresques, récupérés dans une maison voisine en ruine d'époque augustéenne, pour
assurer le drainage, représentant notamment des feuillages, témoignent du luxe
de celle-ci. Nous avons là un aspect de l'art de vivre des premiers Brivadois.
Des travaux effectués
aux abords de la basilique Saint-Julien ont livré du matériel gallo-romain
(fragments de poterie essentiellement). Par contre, les sondages de 1987,
réalisés à la place Grégoire de Tours et sous la halle, ont mis au jour des
fosses contenant des débris de construction et de la poterie gallo-romaine.
En somme, l'existence
de l'agglomération brivadoise au début de notre ère n'est plus à démontrer. Il
reste cependant à relever le plan d'occupation, l'emplacement des principaux
monuments et notamment celui du 'grand temple',... travail difficile et de
longue haleine qui nécessitera des décennies, voire même des siècles.
Grégoire de Tours
parle longuement de Brioude en utilisant toujours le terme uicus pour
la qualifier, y compris pour le VIe siècle. Essayons donc de comprendre ce
terme.
A l'époque
gallo-romaine, les uici - "à la fois habitats, marchés et
sanctuaires", zones à fonction religieuse, administrative, résidentielle,
commerciale, artisanale, agricole - représentaient des agglomérations
semi-urbaines d'une certaine importance avec une banlieue étendue. Selon
Gabriel Fournier, c'étaient de petites villes ouvertes, sans fortifications,
comme la plupart des villes de la Gaule. "Dans la mesure où il est
possible de s'en faire une idée, ces agglomérations offraient un plan lâche et
distendu, et comprenaient un large faubourg, avec des nécropoles, des
résidences (uillas urbanas), des ateliers ".
Implanté au bord de la
troisième terrasse de l'Allier, dominant de quelques mètres seulement une
plaine alluviale, desservi par la grande voie nord-sud, ce uicus est
remarquable par son temple majestueux (grande delubrum); il est, à
l'époque de saint Julien (milieu IVe s.), un centre religieux important où
s'affairent ruraux, artisans et commerçants. Jusqu'à présent, on n'a situé
qu'une seule nécropole, à l'emplacement de l'actuelle basilique. Deux siècles
plus tard, des ateliers monétaires y seront installés et le uicus
assumera également des fonctions administratives.
Ce lieu résidentiel
était donc un centre commercial important au bord d'une grande voie et au
centre d'une plaine fertile, la Limagne brivadoise. La céramique arétine, la
sigillée de Lezoux, la blanche de l'Allier, les amphores italiques,... nous
renseignent sur ses relations commerciales. Les animaux de boucherie élevés dans
les montagnes environnantes, les produits agricoles provenant des plaines
fertiles voisines y affluaient, les jours de marchés.
Les habitants y
exerçaient l'artisanat en tous genres, qu'il serait fastidieux d'énumérer ici,
et je me contenterai de mentionner un outil en os tourné utilisé en tannerie,
mis au jour dans la Cour de l'Institution Saint-Julien. Mentionnons aussi un
autre artisanat, bien présent en ce uicus.
Le quartier des
OIliers - du latin olla, marmite, urne cinéraire,... avec suffixe aria
-, situé au sud de la ville, désigne le quartier des potiers. Mais, existait-il
à Brioude, des fours à poteries? - Depuis les récentes fouilles de sauvetage
effectuées près de la mairie, entre le doyenné et l'ancienne église Notre-Dame,
on peut répondre oui, sans hésiter. Effectivement, à cet endroit, à
l'emplacement d'une maison abandonnée du bas empire, ont été mis au jour les
vestiges d'un four de potier, datant de l'époque paléochrétienne (fin IVe-VIe
s.). La voûte du four était composée de briques et tegulae de
récupération. On a recueilli notamment une brique avec trace de chaussures à
clous, un fragment de brique décorée, le tout provenant de la couche d'abandon
du four et, dans ce contexte, un fragment de céramique à décor estampé avec
une rouelle. - Dans le même secteur, ont été observées les fondations d'un four
de tuilier arasé, datant du XVIIIe siècle.
Centre religieux, la benigna
Briuas possédait un grand temple dont parle Grégoire de Tours. Dans ce
sanctuaire, selon cet auteur, on vénérait notamment les statues de Mars, dieu
de la guerre, et de Mercure, divinité du commerce, placées sur une haute
colonne. Mais, sous la plume de cet historien, ces mentions, qui ont exacerbé
l'imagination de nombreux auteurs, ne sont pas à prendre au pied de la lettre:
elles désignent simplement des divinités, sans plus. Il ne s'agit pas de tirer
de ces textes plus qu'ils ne veulent dire.
Lors de travaux
effectués à la basilique Saint-Julien pour l'installation du chauffage, un fût
de colonne cannelée de gros diamètre (90 cm), en marbre blanc, a été mis au
jour. Il aurait pu appartenir à ce temple et être ensuite remployé pour la
première basilique? . .
Où était situé ce
temple majestueux? Il est bien difficile de le localiser. Pierre-François et
Gabriel Fournier le situent près de la fontaine Saint-Julien, mais des
terrassements importants, effectués dans le secteur en vue de constructions,
n'ont rien révélé. Selon May Vieillard-Troiekouroff, "ce temple était
proche du tombeau de saint Julien qui aurait primitivement fait partie d'une
nécropole". Donc, selon cet auteur, ce monument était situé à la sortie
de Brioude, au nord de la grande voie, aux environs de la basilique actuelle. -
Faudrait-il songer encore à la place du Postel? Ce n'est pas impossible!
Cependant de profondes tranchées ouvertes en bordure de cette place n'ont rien
révélé. Seules des découvertes archéologiques ultérieures pourront nous
renseigner sur l'emplacement exact.
A la sortie de
l'agglomération brivadoise, au nord et au sud, le long des voies, de
somptueuses uillae urbanae et, entre elles, de riches mausolées, des
monuments funéraires plus modestes avaient été édifiés. Par mesure d'hygiène,
la loi romaine interdisait d'inhumer à l'intérieur d'une ville mais seulement à
la périphérie.
*
Ainsi, très
succinctement décrit, se présentait le uicus brivadois. Mais un événement
important, l'arrivée du christianisme, va modifier les habitudes religieuses
de cette bourgade besogneuse.
La conversion au
christianisme, en Gaule et ailleurs, s'est opérée très lentement. Les Apôtres
s'adressaient à des gens religieux et pieux quoique païens et superstitieux.
C'est la grande différence avec le monde moderne où la prédication de
l'Evangile, tout au moins dans notre vieille Europe, s'adresse à des gens qui
ne croient plus à rien, sans transcendance, sans points de repère, ayant perdu
le vrai sens de l'existence. Saint Paul ne trouve pas une table rase quand il
prêche aux païens. On le voit partout s'appuyer sur les croyances déjà
existantes dans l'esprit de ses auditeurs. Il les félicite d'être si pleins de
foi: "Vous êtes, dit-il aux Athéniens, le plus religieux de tous les
peuples".
Cependant, l'appel à
vivre selon l'enseignement du Christ fut une œuvre de longue haleine. Il
fallait découvrir le sens du péché comme une offense directe à Dieu, abandonner
le polythéisme et les habitudes superstitieuses, pratiquer la charité
fraternelle basée sur un Dieu mort par amour pour les hommes. C'est pourquoi
cette œuvre dura des siècles et n'est peut-être pas terminée, selon la pensée
de Jacques Le Goff et Jean Delumeau.
En Gaule, l'Evangile a
pénétré par la Méditerranée et la vallée du Rhône. Vers le milieu du lIe
siècle, des communautés chrétiennes existaient à Arles, Vienne, Lyon. La
première Eglise connue en Occident, après Rome, est celle de Lyon, fondée vers
150. Saint Andéol, l'évangélisateur des Helviens (Ardéchois) aurait été
martyrisé sous Septime-Sévère (193-211), le 1er mai 208, date vraisemblable
car l'édit contre les chrétiens fut lancé en 202. En 254, Arles a pour évêque
Marcianus. Saint Privat, premier évêque du Gévaudan subit le martyre à Mende au
cours de la seconde moitié du IIIe siècle. La partie occidentale de la Gaule,
ne connaît le christianisme que tardivement. Hilaire, issu de famille païenne
poitevine, converti à l'âge adulte, nommé évêque de Poitiers vers 350, est le
premier pontife de cette ville. Ne parlons pas des campagnes où la nouvelle
religion est pratiquement inconnue.
Vers la fin du Ille
siècle, saint Austremoine, venu à Clermont(Ferrand) en qualité d'évêque,
organise l'Eglise des Arvernes.
Ses biographies,
tardives et sans grande valeur, évoquent ses compagnons qui se sont répartis
la tâche d'évangélisation. Saint Sirénat aurait reçu la mission d'évangéliser
les peuples habitant dans la partie orientale de l'Auvergne entre Thiers et
Billom et dans la vallée du Livradois. Saint Nectaire aurait eu en partage la
partie méridionale de la Limagne entre Coudes et Brioude. Il aurait été aidé
dans sa tâche pastorale par saint Baudime, dont le buste-reliquaire est
conservé à Saint-Nectaire, et par saint Auditeur ou Adjuteur, car les cultes
païens étaient fortement implantés dans ce secteur. Selon ces légendes, le
Brivadois aurait donc reçu la Bonne Nouvelle par la prédication de ces trois
apôtres.
La Haute Auvergne
aurait été évangélisée par saint Mammet, saint Antonin et surtout saint Mary.
Vers 350, le
Brivadois, traversé par une route de grande communication, a déjà reçu l'appel
évangélique et quelques païens se sont convertis. Il existe déjà une petite
communauté de chrétiens, à Brioude. Parmi eux, figure Julien. Il appartient
vraisemblablement à l'élite du pays et, pour prouver sa foi profonde, il
donnera sa vie pour le Christ.
Dans quelles
circonstances?
Malheureusement, à
cause de la célébrité de ce martyr, des légendes sont venues assez tôt
occulter les événements historiques. En 475, plus d'un siècle après la mort de
saint Julien, Mamert, évêque de Vienne, pour éviter que les reliques de saint
Ferréol, ancien tribun militaire de cette ville, ne soient périodiquement
inondées par les crues du Rhône, fait édifier une nouvelle basilique, au même
endroit, mais à un niveau supérieur. Cette basilique existe toujours près de
Vienne, au bord du Rhône, à Saint-Romain-en-Gal. Procédant ensuite à la
reconnaissance des reliques, il se trouve en présence de plusieurs sarcophages.
Le premier et le second ouverts renferment un squelette. Le troisième, sur
lequel ne figure aucune inscription, contient un squelette entier et un crâne.
Intrigué, il ordonne à l'assistance de prier puis, rempli d'une joie immense,
il s'écrie: "Voici le cadavre de Ferréol et la tête du martyr Julien !"
La notoriété de ce dernier, alors bien établie, était venue au secours de
l'évêque de Vienne.
Il s'agissait en fait
du cas d'inhumations multiples car les sarcophages, comme les caveaux de nos
jours, étaient alors réutilisés pour des inhumations successives. Depuis cette
époque, Ferréol et Julien ont été associés: Julien devenant un soldat sous les
ordres du tribun Ferréol.
Mais comment
reconstituer la vérité?
Les documents
affirment que Julien a subi le martyre à Brioude "près d'un endroit où les
païens adoraient de vaines idoles". Ce détail est à remarquer.
Il existait alors en
ce lieu deux sanctuaires païens: le grand temple que nous connaissons et, à 1
500 m au nord de la ville, la fontaine sacrée, où poussent encore, par
plaques, des algues microscopiques rouges (rhodophytes), fontaine qui, par la
suite, portera le nom du saint martyr.
Julien aurait donc
subi le martyre près de l'un ou l'autre des deux lieux de culte païen. Selon
toute vraisemblance, Julien, en présence d'un rassemblement, lors d'une
cérémonie païenne ici ou là, aurait profité de la circonstance pour dénoncer à
ses compatriotes leurs 'vaines superstitions' et leur annoncer la Bonne
Nouvelle apportée par le Christ, comme avait fait saint Paul à Athènes.
Malheureusement, cette intervention aurait tourné au drame: Julien aurait été
décapité sur le champ. On sait fort bien qu'en Gaule, la réaction païenne en
présence de l'arrivée de la nouvelle religion fut parfois violente.
Deux Brivadois, Arcons
(Arconcius) et Ilpize (Ilpidius) auraient recueilli ses restes pour les
inhumer dans la nécropole située au nord de la ville, au bord de la grande
voie, à l'emplacement présumé de la basilique actuelle.
Six chartes du
Cartulaire, s'étalant entre les années 861 et 1031, affirment nettement que le
corps entier de saint Julien repose à Brioude, en la basilique Saint-Julien (qui
ibi toto corpore requiescit) et non à Vienne. On peut évidemment rétorquer
que la tête de saint Julien a été récupérée ensuite par les Brivadois mais sur
quel texte fiable peut-on s'appuyer? Une simple légende suffit-elle?
Voilà ce qu'on peut
retenir des textes. Les fouilles ultérieures pourront peut-être nous informer
davantage.
Très vite, la tombe de
saint Julien devient un lieu de pèlerinage. Quelques décennies après, au temps
de l'empereur Maxime (383-388), une dame espagnole vient prier sur la tombe du
martyr pour demander à Dieu, par l'intercession de saint Julien, la délivrance
de son mari détenu prisonnier à Trèves. Afin que sa prière soit plus efficace,
elle promet, si elle est exaucée, de faire édifier un mausolée sur cette
sépulture. Sa demande est exaucée. Pleine de joie et de gratitude, elle
retourne à Brioude pour accomplir son vœu. Elle fait donc ériger un mausolée
qui abritera les restes du saint martyr. Cet épisode est sûr, reconnu même par
les hagiographes hypercritiques.
Malgré la violente
réaction païenne, la petite communauté chrétienne brivadoise, aidée en cela
par le rayonnement spirituel de saint Julien, s'agrandit progressivement. Les
chrétiens venant prier sur la tombe du saint martyr impressionnent le sens
religieux des Brivadois. En outre, cette nouvelle religion, caractérisée par le
monothéisme trinitaire, l'incarnation et la résurrection du Fils de Dieu,
l'amour de Dieu et du prochain, le pardon des injures,... doit les faire
réfléchir profondément. Tout cela additionné les attire insensiblement vers la
Bonne Nouvelle apportée par le Christ. Les conversions se multiplient. "Les
païens, baptisés au nom de la Trinité, brisent les statues qu'ils avaient
adorées et les jettent dans le lac voisin du 'uicus' et du fleuve",
nous apprend Grégoire de Tours.
Parmi les pratiques
païennes alors en usage, figuraient les libations, c'est-à-dire l'offrande
rituelle à leurs idoles de produits liquides (vin, huile) répandus sur le sol
ou sur un autel; le port des amulettes, les incantations, le recours aux
devins,. . .
*
Au Ve siècle, les
conversions sont effectivement nombreuses en Auvergne. Les sanctuaires ruraux
se multiplient. Sidoine Apollinaire, évêque d'Auvergne, passe la belle saison à
les visiter. Le uicus brivadois s'agrandit et se déplace progressivement
vers le nord, autour du mausolée de saint Julien afin de se rapprocher des
restes du saint martyr.
Sa notoriété s'accroît
grâce surtout aux restes de saint Julien. Ainsi, en 456, le corps d'Avitus,
beau-père de Sidoine Apollinaire, riche propriétaire auvergnat, reconnu
empereur en juillet 455 puis assassiné l'année suivante, est inhumé à Brioude
près du tombeau du célèbre martyr. Ce fait, raconté par Grégoire de Tours qui a
vu le tombeau, réputé pour être celui de l'empereur, près de celui du martyr
brivadois, est d'autant plus vraisemblable qu'aucun autre lieu ne revendique
cet honneur.
Dès le début du Ve
siècle, ont commencé les grandes invasions. Le 31 décembre 406, les Barbares
ont franchi le Rhin et se sont déversés sur la Gaule. Les Vandales en
particulier, accompagnés d'Alains, ont suivi la route de Paris, Orléans, Tours,
et sont arrivés à Bordeaux, escaladant les cols pyrénéens d'où ils ont été
chassés par les garnisons romaines, puis ont mis à sac les campagnes environnantes.
En 418, les
Wisigoths se fixent en Aquitaine II, par décision de l'Empire lui-même...
*
Selon l'Histoire
manuscrite, ce sont les Burgondes qui, les premiers, auraient attaqué Brioude,
vers 458. Venant du Vivarais, ils surprennent le uicus, pillent le
mobilier de l'église, retraversent l'Allier et se disposent à passer les
notables au fil de l'épée et à conduire les Brivadois en captivité. Mais
Illidius, chef de la Milice, fond sur les ennemis, "les taille en pièces,
arrache de leurs mains les captifs et le butin, repasse la rivière et rentre
triomphant à Brioude... Seuls, quatre fuyards emportent dans leur pays une
patène et un de ces vases appelés 'anax' (vase en métal précieux). Ils
se partagent la patène et offrent l'anax à Gondebaud, roi de Bourgogne;
mais la reine Caraténès restitue ce vase en argent à l'église de Brioude, en y
ajoutant de riches présents".
Bien que cet
épisode renferme des anachronismes - Gondebaud était mort à Genève, en 516, et
la reine Caraténès, en 506 - et même des erreurs historiques - Illidius, chef
de la Milice, est un personnage bien hypothétique -, il pourrait toutefois
renfermer un fond de vérité.
En effet, les
Burgondes, vaincus par le général romain Aetius, en 436, avaient été
transférés, sept ans après en Spaudia (Savoie) avec Genève pour capitale. Rien
d'étonnant donc qu'ils aient envahi le Brivadois par le Vivarais. En outre, la
toponymie a conservé des traces de leur passage dans cette région: les noms de
lieu, Vergongheon, Vergonge, Vergonzac,... en Brivadois et en Velay, dérivent
de Burgonde.
Depuis la création
de l'Aquitaine, en 27 avant J .C., l'Auvergne, et donc le Brivadois qui en fait
partie, sont inclus dans cette province. Au IVe siècle de notre ère, l'Aquitaine
étant divisée en trois, l'Auvergne est comprise dans l'Aquitaine première dont
la capitale est Bourges.
Après la chute de
l'Empire romain (475), l'Auvergne est incorporée au royaume des Wisigoths. Plus
qu'un changement territorial, cette nouvelle organisation implique la dilution
des structures de la 'république' (res publica), au sens que l'on
donnait alors à ce mot. Cependant, l'Auvergne, restée longtemps fidèle à Rome,
manifestera toujours sa répugnance pour les Wisigoths. "... de toutes les
villes de l'Aquitaine I, la guerre n'a laissé que la ville des Arvernes dans le
parti romain".
La 14e année de son
règne, Euric roi wisigoth (466-484), nomme Victorius, Romain passé au service
de ce roi, gouverneur d'Auvergne; ce dernier administrera cette province
pendant neuf ans (479-488).
En 507, Clovis écrase
les Wisigoths à Vouillé et intègre les trois Aquitaines au royaume franc. Dès
lors, l'Auvergne qui comprend le Brivadois est gouvernée par les Francs, mais
cela n'ira pas sans heurts. L'attitude différente entre l'aristocratie et le
peuple auvergnats durant l'occupation wisigothique est peut-être le facteur
principal de la révolte de l'Auvergne, entre 507 et 533, car l'opposition se
prolongera sous la domination franque.
Si le clergé et le
peuple auvergnats se sont montrés hostiles aux Wisigoths, l'aristocratie, par
contre, semble s'être ralliée plus facilement. A la bataille de Vouillé,
"un très grand nombre d'Arvernes, venus avec Sidoine Apollinaire, leur
évêque, et qui étaient les premiers sénateurs, périssent" avec Alaric.
Dès lors, l'Auvergne
est gouvernée par les Francs, mais l'opposition se prolongera sous la nouvelle
domination.
*
A la mort de Clovis
(511), le partage du royaume, facile à réaliser au nord, s'avère compliqué au
sud de la Loire. Thierry obtient Albi, Rodez, Le Puy, Clermont ainsi que Cahors
et Limoges. Pour conserver l'Auvergne, ce roi doit entreprendre plusieurs
expéditions racontées par Grégoire de Tours. Voici la première.
Plusieurs chefs
arvernes ayant intrigué avec Childebert, roi de Paris, et s'étant révoltés sous
la conduite d'Arcadius, petit-fils de Sidoine Apollinaire, Thierry organise une
expédition de représailles, "dévastant et ravageant tout sur son
passage".
Il s'empare des
faubourgs de Clermont, mais n'ose attaquer la citadelle englobant le groupe
épiscopal, défendue par l'évêque Quintien. Il établit donc son camp.
"Pendant ce temps, l'armée parcourt toute la région, détruit tout,
s'attaque à tout".
Diverses opérations
sont tentées contre les forteresses de Thiers, de Vollore, de Chastel-Marlhac.
Un raid est poussé jusqu'à celle de Brioude qui est prise. "Quelques
soldats parviennent jusqu'à la basilique Saint-Julien, brisent les portes,
enlèvent les serrures, pillent les biens des pauvres qui avaient été
recueillis, et commettent beaucoup d'autres méfaits en ce saint lieu".
Au cours de cette
expédition, "les excès sont tels, que le roi sent qu'il faut mettre des
bornes à la razzia, s'il veut que le pays lui reste acquis moralement: Clermont
est épargnée, avec interdiction de s'attaquer à qui que ce soit dans un rayon
de huit milles (12 km) autour de la ville. Cette grâce royale s'étend aussi à
Brioude à partir du 7e milliaire (10 km)". Mais l'Auvergne est vidée de
"ses richesses, de son or et de ses hommes".
Puis Thierry confie
cette province à Sigivald qui se signale par ses excès. Il "s'empare
notamment avec avidité d'un domaine que Tétradius, évêque de Bourges, avait
légué à la basilique Saint-Julien". Il s'agit de la villa de Boudes,
aujourd'hui chef-lieu de commune du canton de Saint-Germain-Lembron.
Ce duc a sous ses
ordres un autre Franc, Beccon, comte de Clermont, qui abuse également du
pouvoir. Mais la véritable pacification de l'Auvergne va s'opérer grâce à
Théodebert, fils de Thierry, à qui son père a confié l'occupation des provinces
méridionales de l'Aquitaine. Il cherche à satisfaire les aspirations de ses
subordonnés en pratiquant une politique romanisante. Parthenius, son principal
conseiller, descend d'Avitus. Ce diplomate le pousse à remettre en ordre le
système fiscal romain et semble être à l'origine des remises "de tout
tribut dû au fisc par les églises situées en Auvergne".
Cette politique
conciliante est encore accentuée par un synode local à Clermont, le 8 novembre
535. Dans cette assemblée régionale, composée de quinze évêques, se manifeste
un idéal à atteindre: l'indépendance totale du domaine politique dans le choix
des évêques.
Telles sont les
nouvelles structures politiques: l'Auvergne suivra toujours le sort de
l'Aquitaine première.
Au point de vue
chrétien, le Ve siècle a été indiscutablement une époque de progrès, tant
quantitatif avec l'évangélisation des campagnes, que qualitatif avec le
phénomène d'approfondissement religieux dans les milieux déjà christianisés,
ce qui permettra de résister sans difficulté marquée à la domination arienne
des Wisigoths.
A Brioude, selon la
coutume de l'époque, des messes sont régulièrement célébrées sur les restes de
saint Julien. Mais à cause du nombre important de conversions et de pèlerins,
le mausolée ou oratoire primitif (cellula) devient trop petit. Il faut
songer à édifier une basilique plus
vaste, mieux adaptée aux besoins du culte, plus digne de la majesté divine.
.Selon l' Histoire
manuscrite, les matériaux du grand temple dédié à Mars et à Mercure, en partie
détruit par la foudre, sont employés à construire une splendide basilique à la
gloire du saint martyr. Le duc wisigoth Victorius, administrateur des sept provinces
d'Aquitaine, y contribue pour une
grande part: il fait donner au nouvel édifice, écrit Grégoire de Tours, les
colonnes qui l'orneront. Il fondera aussi la basilique des saints Laurent et
Germain à Liziniat (Saint-Germain-Lembron).
Clermont avait aussi
bénéficié de ses largesses.
Mais, Frédégaire
attribue à Euric, roi des Wisigoths (466-484), la construction de la basilique
Saint-Julien de Brioude, ornée de colonnes, la 14e année de son règne,
c'est-à-dire vers l'an 480 (Histor. epitom., ch. 13). Retenons cette date.
Le nouveau
sanctuaire est construit selon le plan basilical et le style antique. Il se
présente sous la forme d'un grand bâtiment rectangulaire trois fois plus long
que large. Il est précédé d'un atrium ou vestibule composé d'une cour carrée,
entièrement découverte et entourée d'un péristyle ou colonnade. Au centre de
l'atrium, on voit une fontaine de forme circulaire ou polygonale.
Après avoir franchi
l'atrium, on pénètre dans la basilique par un porticus ou narthex
intérieur. On aperçoit alors deux rangées de colonnes divisant l'édifice en
trois nefs, dans le sens de la longueur; celle du milieu ou nef principale est
au moins deux fois plus large que les deux autres. Au-delà d'une balustrade à
claire-voie se situe le transept, occupé, dans les basiliques païennes, par les
hommes de loi: avocats, greffiers, huissiers et, dans les basiliques
chrétiennes par l'autel et le clergé. Enfin, à l'extrémité de la nef
principale, se trouve l'abside, ainsi nommée parce qu'elle était formée d'un enfoncement
semi-circulaire, voûtée en forme de coquille. L'ensemble de l'édifice est
couvert par une toiture à charpente apparente.
Selon Grégoire de
Tours, au fond de l'abside, les reliques de saint Julien, placées dans une
châsse, reposent dans un sarcophage couvert d'une table d'autel (sanctum
altare uel ipsum tumulum, cf. Vie de s. Julien, ch. 28). Cet autel-tombeau
est surmonté d'un ciborium, d'où pendent des tentures, et couronné par une
croix dorée, incrustée de pierres précieuses. Il est entouré par une grille
ciselée. Les fidèles déposent des fleurs sur le tombeau.
Le sol est revêtu d'un
pavement, peut-être de briques ou même de marbre, selon la coutume d'époque.
Des fenêtres vitrées éclairent l'intérieur. Une cloche, placée
vraisemblablement dans une tour lanterne, appelle les fidèles à la prière. Lors
d'un orage, rapporte Grégoire de Tours, une boule de feu pénètre dans la
basilique par le trou où passe la corde de la cloche, frappe les colonnes et
ressort par la fenêtre au dessus de la tombe de saint Julien, donc dans
l'abside. Le fait est vraisemblable puisque j'ai trouvé dans certains
registres paroissiaux la mention de personnes foudroyées à l'intérieur de
l'église car elles se trouvaient près de la corde ou câble de la cloche.
Sous le portique,
séjournent les malades, paralytiques, boiteux, aveugles et autres infirmes
implorant Dieu par l'intercession de saint Julien, afin d'obtenir leur
guérison. Ainsi Fédamie, paralysée depuis . dix-huit ans, couchée sur un petit
lit, passe la nuit précédant le dimanche sous le portique, la nuit étant
longue, elle s'endort. A son réveil, elle s'aperçoit qu'elle est guérie.
Anagilde, sourd-muet,
aveugle et de surcroît perclus, ayant passé " une année entière, couché
devant la basilique, est enfin guéri par l'intercession du martyr brivadois.
De cette première
basilique, on peut voir encore quelques pierres taillées où sont gravées
d'intéressantes sculptures mérovingiennes, réutilisées dans les murs de la
crypte actuelle.
*
C'est désormais dans
ce splendide édifice que vont se dérouler les principaux événements religieux
du uicus et des environs. Lors des vigiles du dimanche et des grandes
fêtes (Noël, Pâques,... celle de saint Julien), clercs et fidèles passent la
nuit en prière, chantant des psaumes et des hymnes, écoutant des lectures
tirées des saintes Ecritures et leurs commentaires ou homélies. Le jour venu,
alors que la basilique resplendit de nombreuses et splendides tentures, les
fidèles assistent à la messe, au cours de laquelle est lue la Passion du saint
martyr. La fête se termine par les secondes vêpres ou prière du soir. Ce
jour-là, l'affluence est si grande que la basilique ne peut contenir tout le
monde
Grégoire de Tours nous
fait aussi connaître certains détails de la piété des fidèles: prostration
devant le ciborium, morceaux de cire provenant des cierges ou de poussière
recueillis sur le tombeau du martyr et emportés en guise de reliques. Sur des
fragments importants en marbre blanc de l'autel-tombeau, mis au jour lors de la
réfection du pavement, on peut constater des creux provenant de l'usure
provoquée par cette forme de piété populaire. Les fidèles vouent des animaux à
la basilique à l'exemple des Germains qui avaient leurs animaux sacrés.
Ce sanctuaire
jouira également du droit d'asile - l'autorité civile n'a pas le droit
d'intervenir dans le saint lieu, même pour arrêter un coupable -, droit dont
jouissent encore les églises de nos jours. Vers 525, le roi Thierry organise
une expédition de représailles contre les notables arvernes qui ont intrigué
avec Childebert, roi de Paris. L'armée royale attaque les forteresses de
Thiers, Vollore, Chastel-Marlhac et pousse un raid jusqu'à Brioude. Les
habitants s'enferment alors dans la basilique. A leur arrivée, les soldats
trouvent portes closes. Mais un soldat - ou plutôt un voleur, juge Grégoire de
Tours, "car le larron n'entre pas par la porte" -, brise le vitrage
d'une fenêtre du sanctuaire, pénètre à l'intérieur, se dirige vers les portes
pour les ouvrir. L'armée, violant le droit d'asile, s'engouffre alors à
l'intérieur et se livre au pillage. Quand le roi apprend cette grave violation,
il condamne à mort les principaux coupables.
A mesure que le
nombre de pèlerins isolés augmente, des pèlerinages s'organisent et se
renouvellent à époque régulière. Ainsi, saint GaI, évêque de Clermont
(527-554), oncle de Grégoire de Tours, institue, à l'occasion de la peste qui
sévit en diverses régions de son diocèse et qui menace toute l'Auvergne, une
procession annuelle de Clermont à Brioude. A la mi-carême, les Clermontois
iront donc à pied au tombeau de saint Julien, en chantant et en priant tout au
long des 360 stades (68 km).
Selon l'habitude de
l'époque, la nouvelle Eglise brivadoise va s'organiser sur le modèle de
l'Eglise épiscopale, véritable Eglise-Mère au sens propre (Ecclesia Mater,
Ecclesia senior, Domus major), les autres ne l'étant que par analogie. Or,
l'Eglise épiscopale comporte au moins trois édifices religieux: le baptistère
toujours dédié à saint Jean-Baptiste, où les âmes sont engendrées à la vie
divine; la cathédrale où l'évêque préside les cérémonies liturgiques, assis
sur son siège (cathedra), la basilique ou reliquaire monumental,
renfermant les restes d'un martyr ou d'un saint ou encore des linges (brandea)
ayant touché un corps saint.
Ainsi, au
Puy-en-Velay, l'Eglise-Mère proprement dite ou groupe épiscopal comportait au
VIe s. : le baptistère Saint-Jean-Baptiste près de la cathédrale, la cathédrale
elle-même, déjà dédiée (ou qui le sera) à Notre-Dame; la basilique Saint-Pierre
abritant des linges ayant touché le corps de l'Apôtre, sanctuaire appelé de nos
jours 'Saint-Pierre-leVieux' à cause de son ancienneté; la basilique
Saint-Vosy, aujourd'hui détruite, conservant les restes du premier évêque du
diocèse; la basilique Saint-Georges et, tout près, celle de Saint-Agrève,
sanctuaires où reposaient le corps de deux saints évêque du Velay.
A Brioude,
l'Eglise-Mère brivadoise comprenait: le baptistère Saint-Jean-Baptiste dont la
place Saint-Jean et la statue du Précurseur du Christ rappellent encore
l'emplacement, l'église Notre-Dame dont on a découvert récemment le chevet de
l'édifice du XIIe, et la basilique Saint-Julien, reliquaire
monumental conservant les restes de l'apôtre du Brivadois. Très tôt, d'autres
basiliques vont s'édifier autour de ce noyau chrétien primitif, et en tout
premier lieu, l'église Saint-Pierre, abritant des reliques (brandea) du
chef des Apôtres.
Contrairement à ce que
l'on a cru souvent, l'aristocratie, loin d'être le refuge des traditions
ancestrales dans le domaine de la foi, s'adapta assez vite à la nouvelle
religion et cela par l'intermédiaire des épouses devenues chrétiennes qui
convertissaient leur mari. La conversion de
Clovis par Clotilde est un exemple typique. Selon toute vraisemblance,
la haute aristocratie des royaumes francs du VIe siècle était presque
exclusivement chrétienne dans le sens de l'acceptation du Dieu des chrétiens
comme seul Seigneur dans les cieux.
A mesure que progresse
le christianisme, les grands propriétaires terriens édifient des oratoires au
centre de leur uilla, oratoires qui seront à l'origine des paroisses
dès le Ve siècle.
Déjà, à la fin du
IVe siècle, saint Jean Chrysostome exhortait les grands propriétaires à
construire des églises dans leur domaine, à les doter "de la somme
nécessaire à l'entretien d'un prêtre, d'un diacre, de toute la hiérarchie
indispensable".
A partir du IVe
siècle, ces sanctuaires commencent à se multiplier en Gaule, non seulement dans
les uici mais aussi dans les grands domaines aristocratiques (uillœ).
Saint Martin et ses missionnaires contribueront à la christianisation des
campagnes.
Le concile de Clermont
(541) mentionne expressément des églises établies dans des domaines de riches
propriétaires (potentes) et il est probable que plusieurs des plus
anciennes églises ont cette origine". Nous savons fort bien que le duc
Victorius contribua pour une grande part à l'édification de la première
basilique Saint-Julien, appelée pour ce motif' basilique de Victorius'.
*
Une telle fondation
comporte des avantages, car les fondateurs se considèrent comme propriétaires
des édifices sacrés bâtis sur leurs terres et à leurs frais. Parmi ces
avantages, que les évêques peuvent difficilement refuser, figure le droit de
sépulture ou droit d'être inhumé tout près du sanctuaire et même à
l'intérieur, 'ad sanctos', y compris dans le chœur; les seigneurs
justiciers possèdent aussi cet avantage. Ce droit s'étendra même aux membres de
leur famille et à leurs successeurs. Les ducs d'Aquitaine et les comtes
d'Auvergne, successeurs de Victorius posséderont donc ce privilège.
Pour ce motif,
Guillaume le Pieux sera inhumé en la basilique Saint-Julien.
D'autres avantages
sont encore réservés aux fondateurs et notamment celui de présentation et de
nomination, consistant en la faculté de désigner ou de présenter un
ecclésiastique (chapelain, curé, prieur, abbé,...) à la tête du clergé
desservant; l'institution canonique ou approbation, après vérification de la
capacité du candidat, étant toutefois réservée à l'évêque du diocèse.
Bien intentionnée à
l'origine, cette institution va devenir source de nombreux abus. Le laïc
possédant le droit de nomination ne choisit pas toujours son candidat, hélas! en
fonction de sa vertu et de ses aptitudes pastorales. Assez souvent, il profite
de son privilège pour désigner un membre de sa famille, un protégé, un ami,...
Parfois même, il vend ce droit au plus offrant. C'est pourquoi les papes
lutteront énergiquement pour tenter de réserver à l'évêque les nominations ecclésiastiques
mais, sans y parvenir. La hiérarchie encouragera les fondateurs à céder leur
droit aux évêques, aux abbayes, aux prieurés.
*
A Brioude, les ducs
d'Aquitaine et comtes d'Auvergne, vraisemblablement par suite de leurs hautes
fonctions civiles, posséderont longtemps ce droit de collation. Pour ce motif,
ils porteront même le titre purement honorifique d'abbés de Brioude.
Ce sera seulement, en
1342, que le pape Clément VI supprimera définitivement l'abbatiat. Ainsi se
terminera l'emprise séculière sur le clergé brivadois.
Dès l'origine du
christianisme, la vie commune est vécue par le collège apostolique: le Christ
a, durant toute sa vie publique, pratiqué la vie commune avec ses apôtres.
Ceux-ci, du vivant même de leur Maître, sont envoyés en mission deux par deux.
Dans la communauté de
Jérusalem, où les premiers chrétiens mettaient tout en commun, les Apôtres,
qui ont manifestement inspiré cette pratique, doivent donner l'exemple de la
vie commune.
En Egypte, les clercs
de l'évêché de Rhinocolure, "ont maison et table commune, tout en
commun". Eusèbe de Verceil (340-370) vit en communauté avec le clergé de
son église cathédrale. A Hippone, dans sa maison épiscopale, saint Augustin
(354-430) organise avec ses clercs une communauté fraternelle et leur donne un
règlement de vie. Il trouve des imitateurs non seulement parmi les évêques
d'Afrique mais au-delà.
Ordonné évêque de
Tours, saint Martin (372-397) ne change pas son genre de vie. Il groupe autour
de lui, près de son église cathédrale, comme il avait fait auparavant à Ligugé,
des compagnons désireux de vivre en hommes de prière, puis fonde, non loin de
sa ville épiscopale le monastère de Marmoutier, dans l'intention de faire de
ses moines des missionnaires capables d'évangéliser la Gaule. Point de règle en
forme, sinon quelque règlement de vie commune. Ses tournées missionnaires
aboutissent à l'organisation des premières paroisses rurales et à la création
de nombreux monastères.
Le concile de Tolède
(531) nous apprend, que dans une partie au moins de l'Espagne, l'évêque mène la
vie commune avec ses clercs. En juillet 60l, le pape saint Grégoire le Grand
recommande la vie commune à saint Augustin de Cantorbéry: "Parce que votre
fraternité est instruite des règles monastiques, lui écrit-il, elle ne doit
pas vivre séparée de ses clercs. Dans cette Eglise d'Angleterre que Dieu vient
d'appeler à la foi, il vous faut établir ce genre de vie qui fut celui de nos
pères dans les communautés de l'Eglise naissante: aucun d'eux n'appelait sien
ce qu'il possédait; mais tout leur était commun";
La vie commune que
recommande le pape Grégoire se pratique couramment en Gaule, au VIle siècle,
parmi les clercs des églises cathédrales: "La plupart des prêtres et des
diacres, voire certains clercs inférieurs demeurent habituellement dans la même
maison que l'évêque. C'est la 'maison ecclésiastique' attenant à la
cathédrale". Ainsi voit-on, Aymeric, évêque de Clermont, résider dans la
maison capitulaire, l'année même où il donne l'Eglise d'Auzon à l'abbaye de La
Chaise-Dieu (1117) .Cette habitude de vie commune, pratiquée d'abord par le
clergé des cathédrales, va se communiquer à celui de nombreuses paroisses qui
comptent un certain nombre de clercs, qu'elles soient urbaines ou rurales. Dès
lors, on distinguera le Chapitre cathédral du Chapitre collégial, l'un et
l'autre composés de clercs appelés chanoines, qui ne sont pas des moines, même
s'ils sont dirigés par un abbé. Tel semble être le cas pour le clergé
desservant les divers sanctuaires brivadois et chargé également du soin des
âmes (cura animarum). Ici, l'habitude de la vie commune, associée au
souci pastoral et à la louange divine aboutira à la constitution du Chapitre
Saint-Julien à Brioude, du Chapitre Saint-Laurent à Auzon, du Chapitre
Saint-Germain à Saint-Germain-Lembron,...
Grégoire de Tours
parle explicitement du 'monastère' (monasterium) brivadois, d'un moine (monachus)
du lieu. Ces termes nous indiquent donc que les clercs brivadois mènent la vie
commune, mais il n'est pas possible de préciser davantage. Les clercs de
Saint-Julien suivent-ils la règle des moines - celle de saint Martin ou celle
de saint Augustin ?.. - ou alors celle des chanoines? Dom Mabillon reconnaît
humblement ne pas pouvoir l'indiquer de façon certaine. Personnellement, étant
donné que les documents ne mentionnent aucun sanctuaire en ce lieu dédié à
saint Martin ou à saint Augustin, je pencherais plutôt vers une communauté
canoniale et cela, d'autant plus, que le Cartulaire en parle dès le IXe siècle.
Arrêtons-nous un
instant sur le terme 'chanoine'.
Au sens étymologique,
ce mot désigne le clerc qui est inscrit au canon, c'est-à-dire sur la liste,
le catalogue, le registre ou la matricule d'une Eglise. Ce terme est utilisé au
moins dès le concile d'Antioche (332).
Vers la fin du VIe
siècle, le chanoine (canonicus) est celui qui mène une vie commune avec
l'évêque dans la cité épiscopale ou avec le curé dans la paroisse. Bien que les
chanoines se distinguent des moines, la maison où ils vivent prend même
l'appellation de 'monastère' (monasterium). Les toponymes Monistrol, en
France ou en Espagne, pourraient rappeler cette ancienne institution.
Au milieu du VIlle
siècle, saint Chrodegang, évêque de Metz, rédige une règle pour ses chanoines
afin de parer au relâchement qui règne dans son clergé. Cette règle est bientôt
adoptée par beaucoup d'Eglises.
Les chanoines vivent
en commun, et la clôture de leur résidence est presque aussi stricte que celle
des moines; ils ont réfectoire et dortoir communs; leur office est sensiblement
celui des moines.
En 816, le concile
d'Aix-Ia-Chapelle promulgue une nouvelle règle développant celle de Chrodegang,
dans le but de rendre uniformes des lois pour tout l'Empire.
Mais d'aucuns trouvent
difficile de concilier ce nouveau règlement avec les exigences du ministère
pastoral. Un relâchement général s'ensuit. Les chanoines qui, malgré tout,
restent fidèles à la règle de 816, sont alors appelés chanoines réguliers, pour
les distinguer des autres, les chanoines séculiers.
Pour éviter tout abus
dans la conduite des gens d'Eglise, un capitulaire de 802 prescrit une enquête
sur leur science, la manière d'administrer les sacrements et célébrer l'office
divin, mais "avant tout sur leur manière de vivre, [d'observer) leur
chasteté, et sur la façon dont ils donnent l'exemple au peuple chrétien".
Nombreux sont les textes relatifs à la bonne conduite du clergé. La vie commune
serait d'un grand secours pour le maintien d'une discipline exacte. Il
faudrait, estime l'empereur Charlemagne, que la pratique de la vie commune se
généralise et s'étende même aux paroisses rurales, afin que les prêtres mènent
la "vie canonique" avec les clercs inférieurs.
L'une des premières
fonctions du Chapitre Saint-Julien est la louange divine: rendre à Dieu un
culte plus solennel, notamment par le chant de l'office à heures régulières ou
heures canoniales - matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres et
complies - et la célébration quotidienne de la messe.
Parmi ses autres
devoirs, il doit garder le saint sacrement dont il possède une clef, tout en
remettant une autre au curé; veiller à l'observation des lois liturgiques au
cours des cérémonies accomplies par le curé ou ses vicaires; avoir soin de
l'église, gérer ses biens et faire un bon usage des legs pieux.
*
Un autre rôle très
important du Chapitre est de s'occuper de l'enseignement.