ALMANACH DE BRIOUDE

Numéro spécial An 2000

 

                Sur le site 'Internet" de l'Almanach de Brioude, l'index et la table des matières concernent les années 1920 à 1999 incluses. Une mise à jour est prévue en 2010  pour les années 2000 à 2009. Dans l'intervalle, il a paru intéressant de rendre accessibles les articles essentiels (*) du numéro spécial de l'An 2000, "panorama de l'histoire de Brioude". Pour faciliter l'accès des mots clés par la commande 'rechercher', ces trois articles se font suite en une seule page informatique.

 

Table des Matières du numéro de l'an 2000:

LE COMITE - Vœux du Comité « 80 ans»

J.J. FAUCHER - Préface par Monsieur le Maire de Brioude

M. MEUNIER - Les 100 ans de l'Amicale de la Haute­ Loire

G. HERAUD - Avant l'Almanach, qu'y avait-il?

R. CHANY - Historique de l'Almanach

(*) P. CUBIZOLLES - Brioude, des origines à la Révolution

(*) P. FONTANON - Brioude, de la Révolution à la Restau­ration, 1789-1815

(*) A. RIVET - Quelques aspects de la ville et de l'arrondis­sement de Brioude aux XIXe et XXe siècles

A. MASSEBEUF - Ephémérides 1999

Conseil d'administration de l'Almanach

Liste des membres adhérents

Table des matières

Index

 

 

 

BRIOUDE DES ORIGINES A LA RÉVOLUTION

par Pierre CUBIZOLLES

 

 

PROLOGUE

A l'occasion du 80e anniversaire de l'Almanach de Brioude, M. Gustave Héraud, Président de cette honorable Société, m'a demandé de rédiger, en 150 pages, un résumé de l'histoire de Brioude, des ori­gines à la Révolution, selon le désir de M. Jean-Jacques Faucher, maire de cette ville.

Après avoir refusé, j'ai finalement accepté car j'aime beaucoup ce pays si attachant, ses habitants ouverts et plus particulièrement mes anciens élèves. Mais le travail demandé était bien difficile: c'était même une gageure. Comment résumer en quelques pages l'histoire d'un pays au si riche et prestigieux passé?

Bien que nombre de renseignements historiques soient encore en­fouis dans le sol de la ville - l'archéologie nous les révélera au cours des siècles prochains -; bien que des charretées de précieuses et ir­remplaçables archives aient été brûlées par quelques fanatiques in­conscients au moment de la Révolution; bien que de nombreux docu­ments soient encore de difficile accès parce que non classés,... ce qui a survécu à l'usure du temps, au naufrage d'une mer déchaînée par des passions politiques, est encore considérable.

En conséquence, je ne pouvais que dresser quelques jalons, effec­tuer un choix toujours difficile à réaliser, relever quelques faits ma­jeurs, sans me focaliser uniquement sur la ville, dont l'origine remonte, selon les données actuelles, au premier siècle avant notre ère. Ce que j'ai tenté de faire. Y ai-je réussi? Les lecteurs apprécieront.

*

Autre difficulté de moindre importance celle-là: certains membres du bureau de l'Almanach ont souhaité ne pas voir de notes en bas de page figurer dans ce résumé. J'ai obéi, peut-être trop naïvement car, d'une part, cela me sera reproché notamment par les historiens et, en second lieu, les notes de bas de page ne gênent nullement la lecture : seuls, ceux qui sont intéressés peuvent aisément les consulter. J'ai donc été obligé de mettre des parenthèses dans le texte pour d'éven­tuelles explications nécessaires; or, ces parenthèses constituent bien pour le lecteur des barrières à franchir, ce qui est autrement gênant qu'une note discrète en bas de page.

Malgré toutes ces imperfections, je livre ce texte aux lecteurs de la revue, en comptant sur leur indulgence.

Pierre CUBIZOLLES

13 novembre 1999

 

 

TABLE DES MATIÈRES de l'article de Pierre Cubizolles

 

I - Le Brivadois

La Limagne brivadoise

Formation du relief

 

II - Epoque préhistorique et gauloise

 

III - Epoque gallo-romaine

Le 'uicus' brivadois

Progression du christianisme en Gaule

Arrivée du christianisme en Brivadois

Martyre de saint Julien

Mausolée en l'honneur de saint Julien

Conversion des Brivadois

Un empereur inhumé à Brioude

Vandales et Burgondes

 

IV - Epoque mérovingienne ou Haut Moyen Age

Construction de la première basilique

Eglise-Mère brivadoise ou groupe paroissial

Les Abbés laïcs

Clercs vivant en communauté

Chapitre Saint-Julien

Rôle du Chapitre Saint-Julien

Rôle du curé

Le castrum Victoriacum

La prétendue Milice Saint-Julien

Gouvernement de Chramm

Ateliers monétaires

Faits divers

 

V - Epoque carolingienne

Duché et comté

Vicairie

Uilla

Manse 

Incendie du 'castrum Victoriacum'

Basilique carolingienne Saint-Julien

La comtalia

Hôtel du doyenné

Hôtel abbatial

Hôtel de la prévôté

L'Université Saint-Julien

Le pape Formose vint-il en pèlerinage à Brioude?

Les Normands seraient-ils venus en Brivadois ?

Insécurité au Xe siècle

Incendie de Brioude (milieu Xe s.)

La Paix de Dieu

Le Chapitre Saint-Julien adoucit les rudes mœurs des chevaliers

 

VI - Après l'an mille

Un concile à Brioude (1085-1086)

Urbain II à Brioude

Séjour de Calixte II à Brioude

Construction de la basilique actuelle

Lutte contre la Maison d'Auvergne

Différends au sein de la famille comtale

Schisme

Eglises paroissiales

Eglise Saint-Jean-Baptiste

Eglise Notre-Dame

Eglise Saint-Pierre

Eglise Saint-Laurent

Eglise Saint-Jacques

Eglise Saint - Préjet

Eglise Saint-Ferréol

 

VII - Maisons hospitalières

Hôpital Saint-Robert

Hôpital Sainte-Bonette

Hospice Notre-Dame

Fondation de la léproserie de la Bajasse

Antonins du Viennois à Frugères-les-Mines

Cordeliers (1286)

Chevaliers de l'Ordre du Temple: Chambon, Farreyrolles, Chanteduc

Commanderie Saint-Jean de Brioude

 

VIII - Prévôté, bailliage, élection, présidial en Brivadois

Prévôté du Brivadois

Bailliage

Election

Présidial

IX - Lutte des bourgeois pour obtenir leurs franchises communales

Accord de 1276

Arrêt du Parlement (1280)

Tentatives diverses et arrêts consécutifs

Recel d'armes

Lettres patentes accordées aux habitants

Emprisonnement

Droit de police réservé et protocole des réjouissances publiques

Démarche pour l'installation d'un maire

Siège de la juridiction consulaire

 

X - Brioude change de diocèse

Division du diocèse de Clermont (1317)

Archiprêtré de Brioude

 

XI - Guerre de Cent Ans

Peste

Début des hostilités

Thomas de la Marche en Brivadois

Seguin de Badefol (1363-1364)

Réparations des murailles, forts et fossés

Le Bord de Garland - Aymerigot Marchez

Famine (1374)

Charles VI en pèlerinage à Brioude

Démence du roi

Désarroi des consciences: Grand Schisme d'Occident (1378)

Guerre civile

 

XII - Guerres de religion

Causes

Débuts en Auvergne

Guerre civile

Echec de la politique de tolérance

La Ligue

Peste de 1630

 

XIII - Fondation du Collège

Achat d'une maison pour l'éducation de la jeunesse (1584)

Enseignement confié d'abord aux prêtres séculiers

Agrandissement du Collège

Contrat avec les chanoines réguliers de Saint-Augustin

Contact avec les Jésuites de Billom

Legs du chanoine Saint-Vallier

Collège confié aux Prêtres du Saint-Sacrement

 

XIV - Communautés religieuses

Religieux Minimes (1608)

Ursulines (début XVIIe s.)

Capucins (v. 1619)

Religieuses de Notre-Dame (1639)

Sœurs de Fontevrault (1639)

Dames de la Miséricorde (1644)

Visitandines (1658)

Sœurs de la Croix (1694)

Pères du Saint-Sacrement de Thiers (1760)

 

XV - Famine en Auvergne au XVIIIe siècle

 

 

--OOOOOO--

 

 

 

1       Le Brivadois

 

"Je voudrais une fois voir de mes yeux cette Limagne d'Auvergne qui, dit-on, resplendit d'un si grand charme" (Roi Childebert, in Grégoire de Tours, Hist. Franc., IIIIX).

La Limagne brivadoise

Au point de vue géographique, les Limagnes, réputées depuis fort longtemps pour leur fertilité, sont formées d'un ensemble de plaines et de bassins de la vallée de l'Allier, en Auvergne, allant de Saint-Pour­çain-sur-Sioule, au nord, à Brioude et souvent par extension à Lan­geac, au sud.

Différenciées et accidentées, elles comprennent: la Grande Li­magne ou Limagne de Clermont, celle d'Issoire, celle de Brioude et le petit bassin de Langeac.

La Limagne brivadoise ou Brivadois, ainsi nommée parce que Brioude en occupe le centre, s'étend de la barre cristalline du Saut-du-­Loup et de Charbonnier au nord, jusqu'au soulèvement de la Chomette au sud. Ce bassin est limité à l'est par les monts du Livradois tandis qu'à l'ouest, des plateaux, prolongeant morphologiquement les monts de la Margeride, servent de support aux déjections volcaniques du Cé­zalier. Les montagnes qui l'encadrent, formant en quelque sorte les bords de la cuvette, sont essentiellement constituées par des gneiss, tandis que des formations sédimentaires, terrains houillers et tertiaires, occupent le fond.

Le Brivadois a une histoire. Traçons une esquisse géologique très simplifiée.

Formation du relief

Vers la fin du Carbonifère, il y a plus de 220 millions d'années, cette dépression est recouverte par un lac, long de 25 km environ, de­puis Auzat-sur-Allier au nord jusqu'à Lavaudieu au sud, et large d'une dizaine de kilomètres. Il s'étend même jusqu'au petit bassin houiller de Fressanges, à l'est de Jumeaux

Autour de ce lac, une végétation luxuriante s'est développée: prêles et calamites géantes, lépidodendrons et sigillaires arborescents, fougères herbacées et fougères arborescentes, cordaïtes,... végétaux pouvant atteindre 30 à 40 m de haut. Les rivières ont charrié jusqu'au lac les débris des pentes boisées: minéraux, arbres morts, branches et herbes sèches,... Ainsi, progressivement, au fond de ce lac, s'accumu­lent des conglomérats, des grès, des schistes, tandis que les débris vé­gétaux formeront la houille qui s'élaborera plus tard, grâce aux êtres microscopiques (bactéries, microbes),... Sous l'effet des tremblements de terre, le fond de cette cuvette s'abaisse lentement et d'une façon conti­nue (subsidence) jusqu'à des profondeurs non sondées mais estimées entre 1 500 et 2 000 mètres.

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A l'ère tertiaire, il y a environ 65 millions d'années, le Massif Cen­tral n'est alors qu'une immense pénéplaine, un plateau cristallin, val­lonné par endroits.

Beaucoup plus tard, vers le milieu de cette ère, à l'oligocène, sous la poussée des Alpes, un léger soulèvement se produit et deux failles longitudinales, orientées nord-sud, apparaissent, esquissant le cadre de la Limagne actuelle. Le sol compris entre ces failles s'affaisse lente­ment, formant ainsi un bassin d'effondrement que les eaux remplis­sent.

Un autre grand lac, aux contours incertains et mouvants, recouvre alors les bassins de Paulhaguet, de Brioude, du Lembron et d'Issoire, puis ses eaux envahissent la Limagne de Clermont. Un climat chaud, subtropical - probablement avec des pluies épisodiques et violentes -, comparable à l'actuel climat du sud-ouest de l'Australie, du nord­-est du Brésil ou du sud-ouest de Madagascar, règne alors.

Sous l'action d'une érosion intense et rapide, des argiles bariolées - particulièrement spectaculaires dans la Vallée des Saints près de Boudes, Colorado en miniature -, des sables, des calcaires, des frag­ments de végétaux, des marnes,... se déposent au fond du lac. Selon un sondage fait en 1906 près de Cohade, non loin de Brioude, l'épais­seur maximale de cette couche sédimentaire lacustre atteint 358 m. Les argiles bariolées étaient naguère exploitées près de Saint-Ger­main-Lembron par l'entreprise des 'Couleurs de Paris', tandis que les rouges alimentaient les nombreuses tuileries qui, depuis plusieurs mil­lénaires, existaient dans ce bassin. Des fours à chaux utilisaient les dépôts calcaires.

La végétation, probablement assez rare, qui croit autour de ce lac comprend cependant des plantes gracieuses, à fleurs nombreuses et multicolores, telles celles du magnolia. On y remarque quelques pal­miers épars, les grappes blanches des légumineuses arborescentes (acacias),... Le calme et le silence ne sont rompus que par le bourdon­nement d'insectes multicolores ou par la fuite éperdue de petits ron­geurs (Issiodoromys ), poursuivis par des carnassiers redoutables, du genre Hyaenodon.

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Au miocène, de nouveaux contrecoups du plissement alpin vont modifier profondément l'aspect de notre région. La forte poussée du soulèvement des Alpes provoque des cassures, des failles et un ex­haussement général du sol. Les argiles lacustres sont soulevées à cer­tains endroits jusqu'à 1 000 m. Le horst cristallin de la Chomette sur­git, séparant définitivement le bassin de Paulhaguet de celui de Brioude. Le houiller de Frugères-Les-Mines surélevé verra, plus tard, sa chape oligocène emportée par l'érosion. Le lac, dont le fond s'était affaissé progressivement pendant que les dépôts s'accumulaient, se vide peu à peu.

En même temps, la terre tremble, des grondements souterrains se font entendre, les eaux bouillonnent, des jets de vapeur s'élancent dans les airs. Toute la région ainsi fissurée vomit de petits volcans du type strombolien: celui des Grèzes près de Lamothe, ceux des environs de Blesle, le dyke de la Roche près de Bournoncle Saint ­Pierre,. . .

Déjà, trente millions d'années avant notre ère, des volcans avaient surgi ici et là dans le Cantal. Les coulées basaltiques des côtes de Clermont et de Gergovie, selon une datation par la méthode argon-­potassium, remonteraient à 19 millions d'années. Celui de Senèze, mondialement connu pour ses fossiles, antérieur au dépôt de la faune, remonte vraisemblablement au Pliocène (6 MA).

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Un événement important pour notre région se produit à la fin du tertiaire. Les dernières failles lui ont donné les traits dominants de son aspect actuel. Il y a environ quatre millions d'années, l'Allier com­mence à couler au fond d'une vallée d'effondrement. C'est elle qui est source de vie pour notre région. L'homme peut y apparaître comme dans un nid préparé pour lui dès l'ère primaire. Or, c'est précisément à cette époque qu'il fait son apparition sur terre. Des outils humains (galets aménagés, pebble tools , choppers ), datant de deux millions d'années environ, ont été découverts à Chilhac.

Sous l'influence d'un climat chaud et humide, une végétation luxu­riante recouvre les collines et les versants des vallées. Une foule d'ani­maux peuple les sous-bois et les clairières. Les grands herbivores (éléphant méridional, rhinocéros étrusque,...) apparaissent et, par voie de conséquence, les grands carnivores, parmi lesquels on remarque sur­tout le célèbre machairodus à dents de sabre: les canines supérieures très développées, tranchantes et courbes, font de ces félins de redou­tables prédateurs. Des singes, sautant de branche en branche, donnent au paysage un cachet africain. On retrouve aujourd'hui les ossements fossilisés de ces animaux.

Puis, succède une activité volcanique intense. En Velay, la plupart des basaltes des plateaux s'épanchent et forment de vastes entable­ments recouvrant la topographie antérieure et bouleversant le réseau hydrographique.

Pour des raisons que l'on ignore (volcanisme intense, inversion du paléo­magnétisme,... ?), la température s'abaisse sensiblement. Des glaciers re­couvrent alors les monts du Cantal, le Cézalier, les monts Dore et donnent au relief sa physionomie actuelle. Diverses périodes froides alternent avec des intervalles interglaciaires où la température est plus clémente: la neige et les glaciers fondent, au moins en partie, provo­quant une érosion intense qui lessive les argiles oligocènes et même, par endroits, une partie supérieure de la zone houillère. Récemment, à Monistrol-d'Allier, les terrassements en vue de la construction du nouveau pont sur l'Allier ont mis au jour des résidus périglaciaires (entre 3,5 et 2,5 MA avant J.C.), antérieurs au volcanisme.

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Au cours de l'ère quaternaire, outre le volcanisme qui continue à jouer un rôle important, ce sont surtout l'Allier et ses affluents qui, en creusant leur vallée, donnent à notre région l'aspect que nous lui con­naissons.

Des dépôts d'alluvions fluviatiles, situés à diverses altitudes, mar­quent les étapes successives du creusement de la vallée de l'Allier. Les niveaux où apparaissent ces dépôts sont dénommés 'terrasses alluvia­les' par les géologues. Les plus élevées sont les plus âgées.

La première et la plus ancienne se situe au-dessus de Vieille­-Brioude, près des Chirouzes, à la cote 629, où l'on remarque, près du sommet, des galets de quartz, dispersés dans les bois et dans les champs. La tranchée creusée pour la déviation de Brioude a bien mis en évidence cette assise de galets. On peut observer également les mêmes alluvions fluviatiles en place près de Chamalière (commune d'Azerat), au niveau 540, aux environs de Rigoux (même commune), au nord-ouest d'Auzon, à la cote 475, à droite de la route allant à Bous­sac, et au sud-est, sous le réservoir, non loin de Rizolles.

Les alluvions de la deuxième terrasse, déposées au pléistocène, re­couvrent la plaine qui sépare Brioude de Vieille-Brioude, celle du ter­rain d'aviation, de Rilhac, du Monteil (450 m), de Lugeac, d'Azerat, des Granges... Ces alluvions, visibles en surface dans les champs, sont essentiellement constituées de galets de quartz, de granite, de gneiss, de basalte,... Enfin, la troisième terrasse, la plus récente, si­tuée à une vingtaine de mètres au-dessus du niveau de l'Allier, sup­porte la ville de Brioude (la partie ancienne autour de la splendide basilique Saint-Julien), Largelier, Issoire,... Cette assise, composée de divers ga­lets arrondis, enrobés dans une sorte de ciment, s'observe nettement sur les talus et tranchées.

Signalons encore, la basse et sablonneuse plaine de l'Allier, située entre 5 et 10 mètres au-dessus du niveau de l'eau, datant de quelques milliers d'années seulement, sur laquelle sont installés les terrains de sport de Brioude, Crispiat, Cohade,.. .

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Après avoir esquissé la formation du relief, rapprochons-nous de la ville de Brioude pour chercher son origine.

 

II          Epoques préhistorique et gauloise

 

Nous savons déjà que l'homme a manifesté sa présence en Briva­dois, il y a 1,9 M.A., comme en témoignent les galets aménagés dé­couverts à Chilhac. Mais, il a pu apparaître avant.

De même, la découverte d'une industrie appartenant au paléoli­thique inférieur, réalisée sur des galets de quartz, sur le replat de la terrasse alluviale aux environs de Brioude, permet de démontrer que l'homme est présent dans ce secteur depuis très longtemps: peut-être depuis l'interglaciaire Mindel-Riss, il y a environ 400 000 ans. La dé­couverte de cette industrie est plus concentrée dans la zone au nord de la ville, à la limite des communes de Cohade, Beaumont et Brioude.

La mention d'un menhir à 1 km environ au nord de Brioude dans les fichiers de la Circonscription des Antiquités préhistoriques d'Au­vergne semble témoigner d'une présence humaine durant la période néolithique.

Citons aussi pour mémoire les nombreuses grottes préhistoriques dans la région de Blassac, Lavoûte-Chilhac, Langeac, Chanteuges, Saint-Arcons-d'Allier, Saint-Privat-d' Allier,..., déjà fouillées, parfois partiellement, ou en cours.

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En ce qui concerne Brioude, son nom Briuas, que l'on trouve pour la première fois sous la plume de Sidoine Apollinaire, évêque d'Au­vergne (471), est d'origine gauloise. Il désigne un pont, le lieu de fran­chissement d'une rivière.

Par ailleurs, près de Brioude existe la fontaine Saint-Julien, lieu de culte d'origine gauloise. Signalons aussi la découverte de deux pièces de monnaie gauloise, sur la commune, malheureusement sans précision de lieu: un statère de type BN 3744 et un Epad au guerrier. A l'automne 1973, des terrassements importants effectués à l'Insti­tution Saint-Julien en vue de la construction d'un nouveau bâtiment scolaire, ont mis au jour, outre un mobilier gallo-romain considérable, de la céramique gauloise, remontant à la Tène III (v. 120 av. J.C. à la conquête romaine). En 1982, des fouilles de sauvetage effectuées au Clos des Corde­liers, sous la direction de Melle Myriam Philibert, ont livré, dans la couche la plus ancienne (n° 9), un fragment de calotte crânienne et du mobilier datant de la fin du 1er siècle avant notre ère (céramique non tour­née, balustre, cruche dite de Gergovie,...) mais postérieur de peu à la conquête. Malgré son intérêt incontestable, cet échantillonnage carac­téristique de cette époque n'apporte pas la preuve de l'existence de Brioude avant la conquête par César.

Il faut reconnaître aussi que l'occupation gauloise à Brioude est en­core mal connue. Attendons d'autres découvertes.

Cependant, d'après les données archéologiques actuelles, on peut affirmer de façon certaine, que l'origine de Brioude remonte au milieu du 1er siècle avant Jésus-Christ. D'autres découvertes permettront peut-­être de remonter plus haut.

 

III          Epoque gallo-romaine

 

"Puis t'accueillera l'aimable Brioude (benigna Briuas) qui vénère le corps (ossa) de saint Julien" (Sidoine Apolli­naire, Carmen XXIV, 16-17).

Du jour où les Gaulois eurent déposé les armes, a noté Strabon, ils se mirent au travail de la terre. Il a répété aussi, à juste titre, que le développement des centres urbains a été un des phénomènes de la ro­manisation. C'est exactement ce que nous constatons à Briuas . L'agglomération brivadoise, née quelques décennies avant notre ère, se développe surtout à l'époque gallo-romaine. Les travaux de ter­rassements, les fouilles organisées, les sondages méthodiques, et même les écrits légèrement postérieurs nous le révèlent.

Signalons d'abord au passage la découverte, vers 1850, au terroir de Chaumaget - à 200-300 m au NW de la fontaine Saint-Julien-, de deux pièces d'or, l'une à l'effigie de Constance II Auguste (340-351) et l'autre à celle d'Anastase 1er (491-518).

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Au courant de l'été 1964, des sondages effectués rue Paul le Blanc, ont révélé l'existence d'une maison gallo-romaine à hypocauste, et mis au jour de la céramique variée. Le dallage recouvrant les canalisations du chauffage par le sol était en tuileau.

Rappelons-nous le mobilier gallo-romain considérable mis au jour dans la cour de l'Institution Saint-Julien, à l'automne 1973 : poterie très variée allant de la céramique fine (sigillée, peinture métallisée,...) à l'ordinaire. Dans le secteur près de la chapelle et du portail, les frag­ments d'amphores très nombreux semblaient indiquer l'emplacement d'un magasin. Malheureusement, étant donné que les terrassements avaient lieu à l'emplacement du cimetière médiéval de l'église Saint­Préjet, donc sur un terrain fortement remanié, aucune substruction n'a été découverte, à l'exception de quelques fosses ou silos, difficiles à interpréter. Il était, en outre, vu l'état du terrain, presque impossible de procéder à une étude stratigraphique.

En 1974, dans la rue Paul le Blanc, déjà citée, des terrassements pour les fondations d'une maison ont mis au jour des fragments d'amphores, de tripode, de sigillée et céramiques diverses.

Les fouilles du 'Clos des Cordeliers', en 1982, ont révélé deux maisons gallo-romaines superposées.

La première, remontant au début de notre ère, construite sur un ni­veau antérieur à notre ère, aux murs recouverts à l'intérieur d'un enduit peint polychrome, a offert une grande richesse de vestiges archéolo­giques, indice d'une zone d'intense activité.

La seconde maison, édifiée au III e siècle et au même emplacement, mesurant une douzaine de mètres de long sur six de large, dont les murs étaient aussi recouverts d'un enduit peint, témoignait d'une cer­taine richesse et d'un grand souci de confort. Pour éviter toute humi­dité, on avait pris la précaution de bien la drainer. Le sol, très soigné, était constitué par une assise de galets recouverts par une épaisse couche de gravats (1 m) récupérés dans une autre maison. Parmi ces gravats, on remarquait des fragments d'enduit peint provenant de fresques murales aux couleurs d'une fraîcheur remarquable; sur l'ensemble on avait répandu une couche de mortier.

Ces fragments de fresques, récupérés dans une maison voisine en ruine d'époque augustéenne, pour assurer le drainage, représentant notamment des feuillages, témoignent du luxe de celle-ci. Nous avons là un aspect de l'art de vivre des premiers Brivadois.

Des travaux effectués aux abords de la basilique Saint-Julien ont livré du matériel gallo-romain (fragments de poterie essentiellement). Par contre, les sondages de 1987, réalisés à la place Grégoire de Tours et sous la halle, ont mis au jour des fosses contenant des débris de construction et de la poterie gallo-romaine.

En somme, l'existence de l'agglomération brivadoise au début de notre ère n'est plus à démontrer. Il reste cependant à relever le plan d'occupation, l'emplacement des principaux monuments et notam­ment celui du 'grand temple',... travail difficile et de longue haleine qui nécessitera des décennies, voire même des siècles.

 

Le 'uicus' brivadois

Grégoire de Tours parle longuement de Brioude en utilisant tou­jours le terme uicus pour la qualifier, y compris pour le VIe siècle. Es­sayons donc de comprendre ce terme.

A l'époque gallo-romaine, les uici - "à la fois habitats, marchés et sanctuaires", zones à fonction religieuse, administrative, résiden­tielle, commerciale, artisanale, agricole - représentaient des agglo­mérations semi-urbaines d'une certaine importance avec une banlieue étendue. Selon Gabriel Fournier, c'étaient de petites villes ouvertes, sans fortifications, comme la plupart des villes de la Gaule. "Dans la mesure où il est possible de s'en faire une idée, ces agglomérations offraient un plan lâche et distendu, et comprenaient un large fau­bourg, avec des nécropoles, des résidences (uillas urbanas), des ate­liers ".

Implanté au bord de la troisième terrasse de l'Allier, dominant de quelques mètres seulement une plaine alluviale, desservi par la grande voie nord-sud, ce uicus est remarquable par son temple majestueux (grande delubrum); il est, à l'époque de saint Julien (milieu IVe s.), un centre religieux important où s'affairent ruraux, artisans et commer­çants. Jusqu'à présent, on n'a situé qu'une seule nécropole, à l'empla­cement de l'actuelle basilique. Deux siècles plus tard, des ateliers mo­nétaires y seront installés et le uicus assumera également des fonc­tions administratives.

Ce lieu résidentiel était donc un centre commercial important au bord d'une grande voie et au centre d'une plaine fertile, la Limagne brivadoise. La céramique arétine, la sigillée de Lezoux, la blanche de l'Allier, les amphores italiques,... nous renseignent sur ses relations commerciales. Les animaux de boucherie élevés dans les montagnes environnantes, les produits agricoles provenant des plaines fertiles voisines y affluaient, les jours de marchés.

Les habitants y exerçaient l'artisanat en tous genres, qu'il serait fastidieux d'énumérer ici, et je me contenterai de mentionner un outil en os tourné utilisé en tannerie, mis au jour dans la Cour de l'Institution Saint-Julien. Mentionnons aussi un autre artisanat, bien présent en ce uicus.

Le quartier des OIliers - du latin olla, marmite, urne cinéraire,... avec suffixe aria -, situé au sud de la ville, désigne le quartier des potiers. Mais, existait-il à Brioude, des fours à poteries? - Depuis les récentes fouilles de sauvetage effectuées près de la mairie, entre le doyenné et l'ancienne église Notre-Dame, on peut répondre oui, sans hésiter. Effectivement, à cet endroit, à l'emplacement d'une maison abandonnée du bas empire, ont été mis au jour les vestiges d'un four de potier, datant de l'époque paléochrétienne (fin IVe-VIe s.). La voûte du four était composée de briques et tegulae de récupération. On a re­cueilli notamment une brique avec trace de chaussures à clous, un fragment de brique décorée, le tout provenant de la couche d'abandon du four et, dans ce contexte, un fragment de céramique à décor es­tampé avec une rouelle. - Dans le même secteur, ont été observées les fondations d'un four de tuilier arasé, datant du XVIIIe siècle.

Centre religieux, la benigna Briuas possédait un grand temple dont parle Grégoire de Tours. Dans ce sanctuaire, selon cet auteur, on vénérait notamment les statues de Mars, dieu de la guerre, et de Mer­cure, divinité du commerce, placées sur une haute colonne. Mais, sous la plume de cet historien, ces mentions, qui ont exacerbé l'imagination de nombreux auteurs, ne sont pas à prendre au pied de la lettre: elles désignent simplement des divinités, sans plus. Il ne s'agit pas de tirer de ces textes plus qu'ils ne veulent dire.

Lors de travaux effectués à la basilique Saint-Julien pour l'instal­lation du chauffage, un fût de colonne cannelée de gros diamètre (90 cm), en marbre blanc, a été mis au jour. Il aurait pu appartenir à ce temple et être ensuite remployé pour la première basilique? . .

Où était situé ce temple majestueux? Il est bien difficile de le loca­liser. Pierre-François et Gabriel Fournier le situent près de la fontaine Saint-Julien, mais des terrassements importants, effectués dans le sec­teur en vue de constructions, n'ont rien révélé. Selon May Vieillard­-Troiekouroff, "ce temple était proche du tombeau de saint Julien qui aurait primitivement fait partie d'une nécropole". Donc, selon cet au­teur, ce monument était situé à la sortie de Brioude, au nord de la grande voie, aux environs de la basilique actuelle. - Faudrait-il son­ger encore à la place du Postel? Ce n'est pas impossible! Cependant de profondes tranchées ouvertes en bordure de cette place n'ont rien révélé. Seules des découvertes archéologiques ultérieures pourront nous renseigner sur l'emplacement exact.

A la sortie de l'agglomération brivadoise, au nord et au sud, le long des voies, de somptueuses uillae urbanae et, entre elles, de riches mausolées, des monuments funéraires plus modestes avaient été édi­fiés. Par mesure d'hygiène, la loi romaine interdisait d'inhumer à l'intérieur d'une ville mais seulement à la périphérie.

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Ainsi, très succinctement décrit, se présentait le uicus brivadois. Mais un événement important, l'arrivée du christianisme, va mo­difier les habitudes religieuses de cette bourgade besogneuse.

 

Progression du christianisme en Gaule

La conversion au christianisme, en Gaule et ailleurs, s'est opérée très lentement. Les Apôtres s'adressaient à des gens religieux et pieux quoique païens et superstitieux. C'est la grande différence avec le monde mo­derne où la prédication de l'Evangile, tout au moins dans notre vieille Europe, s'adresse à des gens qui ne croient plus à rien, sans transcen­dance, sans points de repère, ayant perdu le vrai sens de l'existence. Saint Paul ne trouve pas une table rase quand il prêche aux païens. On le voit partout s'appuyer sur les croyances déjà existantes dans l'esprit de ses auditeurs. Il les félicite d'être si pleins de foi: "Vous êtes, dit-il aux Athéniens, le plus religieux de tous les peuples".

Cependant, l'appel à vivre selon l'enseignement du Christ fut une œuvre de longue haleine. Il fallait découvrir le sens du péché comme une offense directe à Dieu, abandonner le polythéisme et les habitudes superstitieuses, pratiquer la charité fraternelle basée sur un Dieu mort par amour pour les hommes. C'est pourquoi cette œuvre dura des siècles et n'est peut-être pas terminée, selon la pensée de Jacques Le Goff et Jean Delumeau.

En Gaule, l'Evangile a pénétré par la Méditerranée et la vallée du Rhône. Vers le milieu du lIe siècle, des communautés chrétiennes ex­istaient à Arles, Vienne, Lyon. La première Eglise connue en Occi­dent, après Rome, est celle de Lyon, fondée vers 150. Saint Andéol, l'évangélisateur des Helviens (Ardéchois) aurait été martyrisé sous Sep­time-Sévère (193-211), le 1er mai 208, date vraisemblable car l'édit contre les chrétiens fut lancé en 202. En 254, Arles a pour évêque Marcianus. Saint Privat, premier évêque du Gévaudan subit le martyre à Mende au cours de la seconde moitié du IIIe siècle. La partie occi­dentale de la Gaule, ne connaît le christianisme que tardivement. Hi­laire, issu de famille païenne poitevine, converti à l'âge adulte, nommé évêque de Poitiers vers 350, est le premier pontife de cette ville. Ne parlons pas des campagnes où la nouvelle religion est pratiquement inconnue.

 

Arrivée du christianisme en Brivadois

Vers la fin du Ille siècle, saint Austremoine, venu à Clermont(­Ferrand) en qualité d'évêque, organise l'Eglise des Arvernes.

Ses biographies, tardives et sans grande valeur, évoquent ses com­pagnons qui se sont répartis la tâche d'évangélisation. Saint Sirénat aurait reçu la mission d'évangéliser les peuples habitant dans la partie orientale de l'Auvergne entre Thiers et Billom et dans la vallée du Li­vradois. Saint Nectaire aurait eu en partage la partie méridionale de la Limagne entre Coudes et Brioude. Il aurait été aidé dans sa tâche pas­torale par saint Baudime, dont le buste-reliquaire est conservé à Saint­-Nectaire, et par saint Auditeur ou Adjuteur, car les cultes païens étaient fortement implantés dans ce secteur. Selon ces légendes, le Brivadois aurait donc reçu la Bonne Nouvelle par la prédication de ces trois apôtres.

La Haute Auvergne aurait été évangélisée par saint Mammet, saint Antonin et surtout saint Mary.

Vers 350, le Brivadois, traversé par une route de grande communi­cation, a déjà reçu l'appel évangélique et quelques païens se sont convertis. Il existe déjà une petite communauté de chrétiens, à Brioude. Parmi eux, figure Julien. Il appartient vraisemblablement à l'élite du pays et, pour prouver sa foi profonde, il donnera sa vie pour le Christ.

Dans quelles circonstances?

 

Martyre de saint Julien

Malheureusement, à cause de la célébrité de ce martyr, des lé­gendes sont venues assez tôt occulter les événements historiques. En 475, plus d'un siècle après la mort de saint Julien, Mamert, évêque de Vienne, pour éviter que les reliques de saint Ferréol, ancien tribun militaire de cette ville, ne soient périodiquement inondées par les crues du Rhône, fait édifier une nouvelle basilique, au même endroit, mais à un niveau supérieur. Cette basilique existe toujours près de Vienne, au bord du Rhône, à Saint-Romain-en-Gal. Procédant ensuite à la reconnaissance des reliques, il se trouve en présence de plusieurs sarcophages. Le premier et le second ouverts renferment un squelette. Le troisième, sur lequel ne figure aucune inscription, contient un squelette entier et un crâne. Intrigué, il ordonne à l'assistance de prier puis, rempli d'une joie immense, il s'écrie: "Voici le cadavre de Fer­réol et la tête du martyr Julien !" La notoriété de ce dernier, alors bien établie, était venue au secours de l'évêque de Vienne.

Il s'agissait en fait du cas d'inhumations multiples car les sarco­phages, comme les caveaux de nos jours, étaient alors réutilisés pour des inhumations successives. Depuis cette époque, Ferréol et Julien ont été associés: Julien devenant un soldat sous les ordres du tribun Ferréol.

Mais comment reconstituer la vérité?

Les documents affirment que Julien a subi le martyre à Brioude "près d'un endroit où les païens adoraient de vaines idoles". Ce détail est à remarquer.

Il existait alors en ce lieu deux sanctuaires païens: le grand temple que nous connaissons et, à 1 500 m au nord de la ville, la fontaine sa­crée, où poussent encore, par plaques, des algues microscopiques rouges (rhodophytes), fontaine qui, par la suite, portera le nom du saint martyr.

Julien aurait donc subi le martyre près de l'un ou l'autre des deux lieux de culte païen. Selon toute vraisemblance, Julien, en présence d'un rassemblement, lors d'une cérémonie païenne ici ou là, aurait pro­fité de la circonstance pour dénoncer à ses compatriotes leurs 'vaines superstitions' et leur annoncer la Bonne Nouvelle apportée par le Christ, comme avait fait saint Paul à Athènes. Malheureusement, cette intervention aurait tourné au drame: Julien aurait été décapité sur le champ. On sait fort bien qu'en Gaule, la réaction païenne en présence de l'arrivée de la nouvelle religion fut parfois violente.

Deux Brivadois, Arcons (Arconcius) et Ilpize (Ilpidius) auraient re­cueilli ses restes pour les inhumer dans la nécropole située au nord de la ville, au bord de la grande voie, à l'emplacement présumé de la ba­silique actuelle.

Six chartes du Cartulaire, s'étalant entre les années 861 et 1031, af­firment nettement que le corps entier de saint Julien repose à Brioude, en la basilique Saint-Julien (qui ibi toto corpore requiescit) et non à Vienne. On peut évidemment rétorquer que la tête de saint Julien a été récupérée ensuite par les Brivadois mais sur quel texte fiable peut-on s'appuyer? Une simple légende suffit-elle?

Voilà ce qu'on peut retenir des textes. Les fouilles ultérieures pour­ront peut-être nous informer davantage.

 

Mausolée en l'honneur de saint Julien

Très vite, la tombe de saint Julien devient un lieu de pèlerinage. Quelques décennies après, au temps de l'empereur Maxime (383-388), une dame espagnole vient prier sur la tombe du martyr pour demander à Dieu, par l'intercession de saint Julien, la délivrance de son mari détenu prisonnier à Trèves. Afin que sa prière soit plus efficace, elle promet, si elle est exaucée, de faire édifier un mausolée sur cette sépulture. Sa demande est exaucée. Pleine de joie et de gratitude, elle retourne à Brioude pour accomplir son vœu. Elle fait donc ériger un mausolée qui abritera les restes du saint martyr. Cet épisode est sûr, reconnu même par les hagiographes hypercritiques.

 

Conversion des Brivadois

Malgré la violente réaction païenne, la petite communauté chré­tienne brivadoise, aidée en cela par le rayonnement spirituel de saint Julien, s'agrandit progressivement. Les chrétiens venant prier sur la tombe du saint martyr impressionnent le sens religieux des Brivadois. En outre, cette nouvelle religion, caractérisée par le monothéisme trinitaire, l'incarnation et la résurrection du Fils de Dieu, l'amour de Dieu et du prochain, le pardon des injures,... doit les faire réfléchir profondément. Tout cela additionné les attire insensiblement vers la Bonne Nouvelle apportée par le Christ. Les conversions se multiplient. "Les païens, baptisés au nom de la Trinité, brisent les sta­tues qu'ils avaient adorées et les jettent dans le lac voisin du 'uicus' et du fleuve", nous apprend Grégoire de Tours.

Parmi les pratiques païennes alors en usage, figuraient les libations, c'est-à-dire l'offrande rituelle à leurs idoles de produits liquides (vin, huile) répandus sur le sol ou sur un autel; le port des amulettes, les incantations, le recours aux devins,. . .

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Au Ve siècle, les conversions sont effectivement nombreuses en Auvergne. Les sanctuaires ruraux se multiplient. Sidoine Apollinaire, évêque d'Auvergne, passe la belle saison à les visiter. Le uicus brivadois s'agrandit et se déplace progressivement vers le nord, autour du mausolée de saint Julien afin de se rapprocher des restes du saint martyr.

 

Un empereur inhumé à Brioude

Sa notoriété s'accroît grâce surtout aux restes de saint Julien. Ainsi, en 456, le corps d'Avitus, beau-père de Sidoine Apollinaire, riche propriétaire auvergnat, reconnu empereur en juillet 455 puis assassiné l'année suivante, est inhumé à Brioude près du tombeau du célèbre martyr. Ce fait, raconté par Grégoire de Tours qui a vu le tombeau, réputé pour être celui de l'empereur, près de celui du martyr brivadois, est d'autant plus vraisemblable qu'aucun autre lieu ne revendique cet honneur.

 

Vandales et Burgondes

Dès le début du Ve siècle, ont commencé les grandes invasions. Le 31 décembre 406, les Barbares ont franchi le Rhin et se sont déversés sur la Gaule. Les Vandales en particulier, accompagnés d'Alains, ont suivi la route de Paris, Orléans, Tours, et sont arrivés à Bordeaux, es­caladant les cols pyrénéens d'où ils ont été chassés par les garnisons romaines, puis ont mis à sac les campagnes environnantes.

En 418, les Wisigoths se fixent en Aquitaine II, par décision de l'Empire lui-même...

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Selon l'Histoire manuscrite, ce sont les Burgondes qui, les pre­miers, auraient attaqué Brioude, vers 458. Venant du Vivarais, ils sur­prennent le uicus, pillent le mobilier de l'église, retraversent l'Allier et se disposent à passer les notables au fil de l'épée et à conduire les Brivadois en captivité. Mais Illidius, chef de la Milice, fond sur les ennemis, "les taille en pièces, arrache de leurs mains les captifs et le butin, repasse la rivière et rentre triomphant à Brioude... Seuls, quatre fuyards emportent dans leur pays une patène et un de ces vases appelés 'anax' (vase en métal précieux). Ils se partagent la patène et offrent l'anax à Gondebaud, roi de Bourgogne; mais la reine Caraténès restitue ce vase en argent à l'église de Brioude, en y ajoutant de riches présents".

Bien que cet épisode renferme des anachronismes - Gondebaud était mort à Genève, en 516, et la reine Caraténès, en 506 - et même des erreurs historiques - Illidius, chef de la Milice, est un personnage bien hypothétique -, il pourrait toutefois renfermer un fond de vérité.

En effet, les Burgondes, vaincus par le général romain Aetius, en 436, avaient été transférés, sept ans après en Spaudia (Savoie) avec Genève pour capitale. Rien d'étonnant donc qu'ils aient envahi le Bri­vadois par le Vivarais. En outre, la toponymie a conservé des traces de leur passage dans cette région: les noms de lieu, Vergongheon, Ver­gonge, Vergonzac,... en Brivadois et en Velay, dérivent de Burgonde.

 

IV          Époque mérovingienne ou Haut Moyen Age

 

Depuis la création de l'Aquitaine, en 27 avant J .C., l'Auvergne, et donc le Brivadois qui en fait partie, sont inclus dans cette province. Au IVe siècle de notre ère, l'Aquitaine étant divisée en trois, l'Au­vergne est comprise dans l'Aquitaine première dont la capitale est Bourges.

Après la chute de l'Empire romain (475), l'Auvergne est incorporée au royaume des Wisigoths. Plus qu'un changement territorial, cette nouvelle organisation implique la dilution des structures de la 'république' (res publica), au sens que l'on donnait alors à ce mot. Ce­pendant, l'Auvergne, restée longtemps fidèle à Rome, manifestera toujours sa répugnance pour les Wisigoths. "... de toutes les villes de l'Aquitaine I, la guerre n'a laissé que la ville des Arvernes dans le parti romain".

La 14e année de son règne, Euric roi wisigoth (466-484), nomme Victorius, Romain passé au service de ce roi, gouverneur d'Auvergne; ce dernier administrera cette province pendant neuf ans (479-488).

En 507, Clovis écrase les Wisigoths à Vouillé et intègre les trois Aquitaines au royaume franc. Dès lors, l'Auvergne qui comprend le Brivadois est gouvernée par les Francs, mais cela n'ira pas sans heurts. L'attitude différente entre l'aristocratie et le peuple auvergnats du­rant l'occupation wisigothique est peut-être le facteur principal de la révolte de l'Auvergne, entre 507 et 533, car l'opposition se prolongera sous la domination franque.

Si le clergé et le peuple auvergnats se sont montrés hostiles aux Wisigoths, l'aristocratie, par contre, semble s'être ralliée plus facile­ment. A la bataille de Vouillé, "un très grand nombre d'Arvernes, ve­nus avec Sidoine Apollinaire, leur évêque, et qui étaient les premiers sénateurs, périssent" avec Alaric.

Dès lors, l'Auvergne est gouvernée par les Francs, mais l'opposition se prolongera sous la nouvelle domination.

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A la mort de Clovis (511), le partage du royaume, facile à réaliser au nord, s'avère compliqué au sud de la Loire. Thierry obtient Albi, Rodez, Le Puy, Clermont ainsi que Cahors et Limoges. Pour conserver l'Auvergne, ce roi doit entreprendre plusieurs expéditions racontées par Grégoire de Tours. Voici la première.

Plusieurs chefs arvernes ayant intrigué avec Childebert, roi de Paris, et s'étant révoltés sous la conduite d'Arcadius, petit-fils de Sidoine Apollinaire, Thierry organise une expédition de représailles, "dévastant et ravageant tout sur son passage".

Il s'empare des faubourgs de Clermont, mais n'ose attaquer la cita­delle englobant le groupe épiscopal, défendue par l'évêque Quintien. Il établit donc son camp. "Pendant ce temps, l'armée parcourt toute la région, détruit tout, s'attaque à tout".

Diverses opérations sont tentées contre les forteresses de Thiers, de Vollore, de Chastel-Marlhac. Un raid est poussé jusqu'à celle de Brioude qui est prise. "Quelques soldats parviennent jusqu'à la basi­lique Saint-Julien, brisent les portes, enlèvent les serrures, pillent les biens des pauvres qui avaient été recueillis, et commettent beaucoup d'autres méfaits en ce saint lieu".

Au cours de cette expédition, "les excès sont tels, que le roi sent qu'il faut mettre des bornes à la razzia, s'il veut que le pays lui reste acquis moralement: Clermont est épargnée, avec interdiction de s'attaquer à qui que ce soit dans un rayon de huit milles (12 km) autour de la ville. Cette grâce royale s'étend aussi à Brioude à partir du 7e milliaire (10 km)". Mais l'Auvergne est vidée de "ses richesses, de son or et de ses hommes".

Puis Thierry confie cette province à Sigivald qui se signale par ses excès. Il "s'empare notamment avec avidité d'un domaine que Tétradius, évêque de Bourges, avait légué à la basilique Saint-Julien". Il s'agit de la villa de Boudes, aujourd'hui chef-lieu de commune du canton de Saint-Germain-Lembron.

Ce duc a sous ses ordres un autre Franc, Beccon, comte de Cler­mont, qui abuse également du pouvoir. Mais la véritable pacification de l'Auvergne va s'opérer grâce à Théodebert, fils de Thierry, à qui son père a confié l'occupation des provinces méridionales de l'Aquitaine. Il cherche à satisfaire les aspi­rations de ses subordonnés en pratiquant une politique romanisante. Parthenius, son principal conseiller, descend d'Avitus. Ce diplomate le pousse à remettre en ordre le système fiscal romain et semble être à l'origine des remises "de tout tribut dû au fisc par les églises situées en Auvergne".

Cette politique conciliante est encore accentuée par un synode local à Clermont, le 8 novembre 535. Dans cette assemblée régionale, com­posée de quinze évêques, se manifeste un idéal à atteindre: l'indépen­dance totale du domaine politique dans le choix des évêques.

Telles sont les nouvelles structures politiques: l'Auvergne suivra toujours le sort de l'Aquitaine première.

Au point de vue chrétien, le Ve siècle a été indiscutablement une époque de progrès, tant quantitatif avec l'évangélisation des cam­pagnes, que qualitatif avec le phénomène d'approfondissement reli­gieux dans les milieux déjà christianisés, ce qui permettra de résister sans difficulté marquée à la domination arienne des Wisigoths.

 

Construction de la première basilique

A Brioude, selon la coutume de l'époque, des messes sont réguliè­rement célébrées sur les restes de saint Julien. Mais à cause du nombre important de conversions et de pèlerins, le mausolée ou oratoire pri­mitif (cellula) devient trop petit. Il faut songer à édifier une basilique  plus vaste, mieux adaptée aux besoins du culte, plus digne de la ma­jesté divine.

.Selon l' Histoire manuscrite, les matériaux du grand temple dédié à Mars et à Mercure, en partie détruit par la foudre, sont employés à construire une splendide basilique à la gloire du saint martyr. Le duc wisigoth Victorius, administrateur des sept provinces d'Aquitaine, y  contribue pour une grande part: il fait donner au nouvel édifice, écrit Grégoire de Tours, les colonnes qui l'orneront. Il fondera aussi la ba­silique des saints Laurent et Germain à Liziniat (Saint-Germain-Lembron).

Clermont avait aussi bénéficié de ses largesses.

Mais, Frédégaire attribue à Euric, roi des Wisigoths (466-484), la construction de la basilique Saint-Julien de Brioude, ornée de co­lonnes, la 14e année de son règne, c'est-à-dire vers l'an 480 (Histor. epi­tom., ch. 13). Retenons cette date.

Le nouveau sanctuaire est construit selon le plan basilical et le style antique. Il se présente sous la forme d'un grand bâtiment rectangulaire trois fois plus long que large. Il est précédé d'un atrium ou vestibule composé d'une cour carrée, entièrement découverte et entourée d'un péristyle ou colonnade. Au centre de l'atrium, on voit une fontaine de forme circulaire ou polygonale.

Après avoir franchi l'atrium, on pénètre dans la basilique par un porticus ou narthex intérieur. On aperçoit alors deux rangées de co­lonnes divisant l'édifice en trois nefs, dans le sens de la longueur; celle du milieu ou nef principale est au moins deux fois plus large que les deux autres. Au-delà d'une balustrade à claire-voie se situe le transept, occupé, dans les basiliques païennes, par les hommes de loi: avocats, greffiers, huissiers et, dans les basiliques chrétiennes par l'autel et le clergé. Enfin, à l'extrémité de la nef principale, se trouve l'abside, ainsi nommée parce qu'elle était formée d'un enfoncement semi-circulaire, voûtée en forme de coquille. L'ensemble de l'édifice est couvert par une toiture à charpente apparente.

Selon Grégoire de Tours, au fond de l'abside, les reliques de saint Julien, placées dans une châsse, reposent dans un sarcophage couvert d'une table d'autel (sanctum altare uel ipsum tumulum, cf. Vie de s. Julien, ch. 28). Cet autel-tombeau est surmonté d'un ciborium, d'où pendent des tentures, et couronné par une croix dorée, incrustée de pierres pré­cieuses. Il est entouré par une grille ciselée. Les fidèles déposent des fleurs sur le tombeau.

Le sol est revêtu d'un pavement, peut-être de briques ou même de marbre, selon la coutume d'époque. Des fenêtres vitrées éclairent l'in­térieur. Une cloche, placée vraisemblablement dans une tour lanterne, appelle les fidèles à la prière. Lors d'un orage, rapporte Grégoire de Tours, une boule de feu pénètre dans la basilique par le trou où passe la corde de la cloche, frappe les colonnes et ressort par la fenêtre au­ dessus de la tombe de saint Julien, donc dans l'abside. Le fait est vrai­semblable puisque j'ai trouvé dans certains registres paroissiaux la mention de personnes foudroyées à l'intérieur de l'église car elles se trouvaient près de la corde ou câble de la cloche.

Sous le portique, séjournent les malades, paralytiques, boiteux, aveugles et autres infirmes implorant Dieu par l'intercession de saint Julien, afin d'obtenir leur guérison. Ainsi Fédamie, paralysée depuis . dix-huit ans, couchée sur un petit lit, passe la nuit précédant le di­manche sous le portique, la nuit étant longue, elle s'endort. A son ré­veil, elle s'aperçoit qu'elle est guérie.

Anagilde, sourd-muet, aveugle et de surcroît perclus, ayant passé " une année entière, couché devant la basilique, est enfin guéri par l'intercession du martyr brivadois.

De cette première basilique, on peut voir encore quelques pierres taillées où sont gravées d'intéressantes sculptures mérovingiennes, ré­utilisées dans les murs de la crypte actuelle.

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C'est désormais dans ce splendide édifice que vont se dérouler les principaux événements religieux du uicus et des environs. Lors des vigiles du dimanche et des grandes fêtes (Noël, Pâques,... celle de saint Ju­lien), clercs et fidèles passent la nuit en prière, chantant des psaumes et des hymnes, écoutant des lectures tirées des saintes Ecritures et leurs commentaires ou homélies. Le jour venu, alors que la basilique res­plendit de nombreuses et splendides tentures, les fidèles assistent à la messe, au cours de laquelle est lue la Passion du saint martyr. La fête se termine par les secondes vêpres ou prière du soir. Ce jour-là, l'af­fluence est si grande que la basilique ne peut contenir tout le monde

Grégoire de Tours nous fait aussi connaître certains détails de la piété des fidèles: prostration devant le ciborium, morceaux de cire provenant des cierges ou de poussière recueillis sur le tombeau du martyr et emportés en guise de reliques. Sur des fragments importants en marbre blanc de l'autel-tombeau, mis au jour lors de la réfection du pavement, on peut constater des creux provenant de l'usure provoquée par cette forme de piété populaire. Les fidèles vouent des animaux à la basilique à l'exemple des Germains qui avaient leurs animaux sacrés.

Ce sanctuaire jouira également du droit d'asile - l'autorité civile n'a pas le droit d'intervenir dans le saint lieu, même pour arrêter un coupable -, droit dont jouissent encore les églises de nos jours. Vers 525, le roi Thierry organise une expédition de représailles contre les notables arvernes qui ont intrigué avec Childebert, roi de Paris. L'ar­mée royale attaque les forteresses de Thiers, Vollore, Chastel-Marlhac et pousse un raid jusqu'à Brioude. Les habitants s'enferment alors dans la basilique. A leur arrivée, les soldats trouvent portes closes. Mais un soldat - ou plutôt un voleur, juge Grégoire de Tours, "car le larron n'entre pas par la porte" -, brise le vitrage d'une fenêtre du sanc­tuaire, pénètre à l'intérieur, se dirige vers les portes pour les ouvrir. L'armée, violant le droit d'asile, s'engouffre alors à l'intérieur et se livre au pillage. Quand le roi apprend cette grave violation, il condamne à mort les principaux coupables.

A mesure que le nombre de pèlerins isolés augmente, des pèleri­nages s'organisent et se renouvellent à époque régulière. Ainsi, saint GaI, évêque de Clermont (527-554), oncle de Grégoire de Tours, insti­tue, à l'occasion de la peste qui sévit en diverses régions de son dio­cèse et qui menace toute l'Auvergne, une procession annuelle de Cler­mont à Brioude. A la mi-carême, les Clermontois iront donc à pied au tombeau de saint Julien, en chantant et en priant tout au long des 360 stades (68 km).

 

Eglise-Mère brivadoise ou groupe paroissial

Selon l'habitude de l'époque, la nouvelle Eglise brivadoise va s'or­ganiser sur le modèle de l'Eglise épiscopale, véritable Eglise-Mère au sens propre (Ecclesia Mater, Ecclesia senior, Domus major), les autres ne l'étant que par analogie. Or, l'Eglise épiscopale comporte au moins trois édifices religieux: le baptistère toujours dédié à saint Jean-Bap­tiste, où les âmes sont engendrées à la vie divine; la cathédrale où l'é­vêque préside les cérémonies liturgiques, assis sur son siège (cathedra), la basilique ou reliquaire monumental, renfermant les restes d'un mar­tyr ou d'un saint ou encore des linges (brandea) ayant touché un corps saint.

Ainsi, au Puy-en-Velay, l'Eglise-Mère proprement dite ou groupe épiscopal comportait au VIe s. : le baptistère Saint-Jean-Baptiste près de la cathédrale, la cathédrale elle-même, déjà dédiée (ou qui le sera) à Notre-Dame; la basilique Saint-Pierre abritant des linges ayant touché le corps de l'Apôtre, sanctuaire appelé de nos jours 'Saint-Pierre-le­Vieux' à cause de son ancienneté; la basilique Saint-Vosy, aujourd'hui détruite, conservant les restes du premier évêque du diocèse; la basi­lique Saint-Georges et, tout près, celle de Saint-Agrève, sanctuaires où reposaient le corps de deux saints évêque du Velay.

A Brioude, l'Eglise-Mère brivadoise comprenait: le baptistère Saint-Jean-Baptiste dont la place Saint-Jean et la statue du Précurseur du Christ rappellent encore l'emplacement, l'église Notre-Dame dont on a découvert récemment le chevet de l'édifice du XIIe, et la basilique Saint-Julien, reliquaire monumental conservant les restes de l'apôtre du Brivadois. Très tôt, d'autres basiliques vont s'édifier autour de ce noyau chrétien primitif, et en tout premier lieu, l'église Saint-Pierre, abritant des reliques (brandea) du chef des Apôtres.

 

Les Abbés laïcs

Contrairement à ce que l'on a cru souvent, l'aristocratie, loin d'être le refuge des traditions ancestrales dans le domaine de la foi, s'adapta assez vite à la nouvelle religion et cela par l'intermédiaire des épouses devenues chrétiennes qui convertissaient leur mari. La conversion de  Clovis par Clotilde est un exemple typique. Selon toute vraisem­blance, la haute aristocratie des royaumes francs du VIe siècle était presque exclusivement chrétienne dans le sens de l'acceptation du Dieu des chrétiens comme seul Seigneur dans les cieux.

A mesure que progresse le christianisme, les grands propriétaires terriens édifient des oratoires au centre de leur uilla, oratoires qui se­ront à l'origine des paroisses dès le Ve siècle.

Déjà, à la fin du IVe siècle, saint Jean Chrysostome exhortait les grands propriétaires à construire des églises dans leur domaine, à les doter "de la somme nécessaire à l'entretien d'un prêtre, d'un diacre, de toute la hiérarchie indispensable".

A partir du IVe siècle, ces sanctuaires commencent à se multiplier en Gaule, non seulement dans les uici mais aussi dans les grands do­maines aristocratiques (uillœ). Saint Martin et ses missionnaires contri­bueront à la christianisation des campagnes.

Le concile de Clermont (541) mentionne expressément des églises établies dans des domaines de riches propriétaires (potentes) et il est probable que plusieurs des plus anciennes églises ont cette origine". Nous savons fort bien que le duc Victorius contribua pour une grande part à l'édification de la première basilique Saint-Julien, appe­lée pour ce motif' basilique de Victorius'.

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Une telle fondation comporte des avantages, car les fondateurs se considèrent comme propriétaires des édifices sacrés bâtis sur leurs terres et à leurs frais. Parmi ces avantages, que les évêques peuvent difficilement refuser, figure le droit de sépulture ou droit d'être inhu­mé tout près du sanctuaire et même à l'intérieur, 'ad sanctos', y compris dans le chœur; les seigneurs justiciers possèdent aussi cet avantage. Ce droit s'étendra même aux membres de leur famille et à leurs successeurs. Les ducs d'Aquitaine et les comtes d'Auvergne, successeurs de Victorius posséderont donc ce privilège.

Pour ce motif, Guillaume le Pieux sera inhumé en la basilique Saint-Julien.

D'autres avantages sont encore réservés aux fondateurs et notam­ment celui de présentation et de nomination, consistant en la faculté de désigner ou de présenter un ecclésiastique (chapelain, curé, prieur, abbé,...) à la tête du clergé desservant; l'institution canonique ou appro­bation, après vérification de la capacité du candidat, étant toutefois ré­servée à l'évêque du diocèse.

Bien intentionnée à l'origine, cette institution va devenir source de nombreux abus. Le laïc possédant le droit de nomination ne choisit pas toujours son candidat, hélas! en fonction de sa vertu et de ses ap­titudes pastorales. Assez souvent, il profite de son privilège pour dé­signer un membre de sa famille, un protégé, un ami,... Parfois même, il vend ce droit au plus offrant. C'est pourquoi les papes lutteront énergiquement pour tenter de réserver à l'évêque les nominations ec­clésiastiques mais, sans y parvenir. La hiérarchie encouragera les fon­dateurs à céder leur droit aux évêques, aux abbayes, aux prieurés.

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A Brioude, les ducs d'Aquitaine et comtes d'Auvergne, vraisem­blablement par suite de leurs hautes fonctions civiles, posséderont longtemps ce droit de collation. Pour ce motif, ils porteront même le titre purement honorifique d'abbés de Brioude.

Ce sera seulement, en 1342, que le pape Clément VI supprimera définitivement l'abbatiat. Ainsi se terminera l'emprise séculière sur le clergé brivadois.

 

Clercs vivant en communauté

Dès l'origine du christianisme, la vie commune est vécue par le col­lège apostolique: le Christ a, durant toute sa vie publique, pratiqué la vie commune avec ses apôtres. Ceux-ci, du vivant même de leur Maître, sont envoyés en mission deux par deux.

Dans la communauté de Jérusalem, où les premiers chrétiens met­taient tout en commun, les Apôtres, qui ont manifestement inspiré cette pratique, doivent donner l'exemple de la vie commune.

En Egypte, les clercs de l'évêché de Rhinocolure, "ont maison et table commune, tout en commun". Eusèbe de Verceil (340-370) vit en communauté avec le clergé de son église cathédrale. A Hippone, dans sa maison épiscopale, saint Augustin (354-430) organise avec ses clercs une communauté fraternelle et leur donne un règlement de vie. Il trouve des imitateurs non seulement parmi les évêques d'Afrique mais au-delà.

Ordonné évêque de Tours, saint Martin (372-397) ne change pas son genre de vie. Il groupe autour de lui, près de son église cathédrale, comme il avait fait auparavant à Ligugé, des compagnons désireux de vivre en hommes de prière, puis fonde, non loin de sa ville épiscopale le monastère de Marmoutier, dans l'intention de faire de ses moines des missionnaires capables d'évangéliser la Gaule. Point de règle en forme, sinon quelque règlement de vie commune. Ses tournées mis­sionnaires aboutissent à l'organisation des premières paroisses rurales et à la création de nombreux monastères.

Le concile de Tolède (531) nous apprend, que dans une partie au moins de l'Espagne, l'évêque mène la vie commune avec ses clercs. En juillet 60l, le pape saint Grégoire le Grand recommande la vie commune à saint Augustin de Cantorbéry: "Parce que votre frater­nité est instruite des règles monastiques, lui écrit-il, elle ne doit pas vivre séparée de ses clercs. Dans cette Eglise d'Angleterre que Dieu vient d'appeler à la foi, il vous faut établir ce genre de vie qui fut celui de nos pères dans les communautés de l'Eglise naissante: aucun d'eux n'appelait sien ce qu'il possédait; mais tout leur était commun";

La vie commune que recommande le pape Grégoire se pratique couramment en Gaule, au VIle siècle, parmi les clercs des églises cathédrales: "La plupart des prêtres et des diacres, voire certains clercs inférieurs demeurent habituellement dans la même maison que l'évêque. C'est la 'maison ecclésiastique' attenant à la cathédrale". Ainsi voit-on, Aymeric, évêque de Clermont, résider dans la maison capitulaire, l'année même où il donne l'Eglise d'Auzon à l'abbaye de La Chaise-Dieu (1117) .Cette habitude de vie commune, pratiquée d'abord par le clergé des cathédrales, va se communiquer à celui de nombreuses paroisses qui comptent un certain nombre de clercs, qu'elles soient urbaines ou ru­rales. Dès lors, on distinguera le Chapitre cathédral du Chapitre collé­gial, l'un et l'autre composés de clercs appelés chanoines, qui ne sont pas des moines, même s'ils sont dirigés par un abbé. Tel semble être le cas pour le clergé desservant les divers sanctuaires brivadois et chargé également du soin des âmes (cura animarum). Ici, l'habitude de la vie commune, associée au souci pastoral et à la louange divine aboutira à la constitution du Chapitre Saint-Julien à Brioude, du Chapitre Saint­-Laurent à Auzon, du Chapitre Saint-Germain à Saint-Germain-Lem­bron,...

Grégoire de Tours parle explicitement du 'monastère' (monasterium) brivadois, d'un moine (monachus) du lieu. Ces termes nous indiquent donc que les clercs brivadois mènent la vie commune, mais il n'est pas possible de préciser davantage. Les clercs de Saint-Julien suivent-ils la règle des moines - celle de saint Martin ou celle de saint Augus­tin ?.. - ou alors celle des chanoines? Dom Mabillon reconnaît humblement ne pas pouvoir l'indiquer de façon certaine. Per­sonnellement, étant donné que les documents ne mentionnent aucun sanctuaire en ce lieu dédié à saint Martin ou à saint Augustin, je pen­cherais plutôt vers une communauté canoniale et cela, d'autant plus, que le Cartulaire en parle dès le IXe siècle.

 

Chapitre Saint-Julien

Arrêtons-nous un instant sur le terme 'chanoine'.

Au sens étymologique, ce mot désigne le clerc qui est inscrit au ca­non, c'est-à-dire sur la liste, le catalogue, le registre ou la matricule d'une Eglise. Ce terme est utilisé au moins dès le concile d'Antioche (332).

Vers la fin du VIe siècle, le chanoine (canonicus) est celui qui mène une vie commune avec l'évêque dans la cité épiscopale ou avec le curé dans la paroisse. Bien que les chanoines se distinguent des moines, la maison où ils vivent prend même l'appellation de 'monastère' (monasterium). Les toponymes Monistrol, en France ou en Espagne, pourraient rappeler cette ancienne institution.

Au milieu du VIlle siècle, saint Chrodegang, évêque de Metz, ré­dige une règle pour ses chanoines afin de parer au relâchement qui règne dans son clergé. Cette règle est bientôt adoptée par beaucoup d'Eglises.

Les chanoines vivent en commun, et la clôture de leur résidence est presque aussi stricte que celle des moines; ils ont réfectoire et dortoir communs; leur office est sensiblement celui des moines.

En 816, le concile d'Aix-Ia-Chapelle promulgue une nouvelle règle développant celle de Chrodegang, dans le but de rendre uniformes des lois pour tout l'Empire.

Mais d'aucuns trouvent difficile de concilier ce nouveau règlement avec les exigences du ministère pastoral. Un relâchement général s'en­suit. Les chanoines qui, malgré tout, restent fidèles à la règle de 816, sont alors appelés chanoines réguliers, pour les distinguer des autres, les chanoines séculiers.

Pour éviter tout abus dans la conduite des gens d'Eglise, un capitu­laire de 802 prescrit une enquête sur leur science, la manière d'admi­nistrer les sacrements et célébrer l'office divin, mais "avant tout sur leur manière de vivre, [d'observer) leur chasteté, et sur la façon dont ils donnent l'exemple au peuple chrétien". Nombreux sont les textes relatifs à la bonne conduite du clergé. La vie commune serait d'un grand secours pour le maintien d'une discipline exacte. Il faudrait, es­time l'empereur Charlemagne, que la pratique de la vie commune se généralise et s'étende même aux paroisses rurales, afin que les prêtres mènent la "vie canonique" avec les clercs inférieurs.

 

Rôle du Chapitre Saint-Julien

L'une des premières fonctions du Chapitre Saint-Julien est la louange divine: rendre à Dieu un culte plus solennel, notamment par le chant de l'office à heures régulières ou heures canoniales - matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres et complies - et la célébration quotidienne de la messe.

Parmi ses autres devoirs, il doit garder le saint sacrement dont il possède une clef, tout en remettant une autre au curé; veiller à l'obser­vation des lois liturgiques au cours des cérémonies accomplies par le curé ou ses vicaires; avoir soin de l'église, gérer ses biens et faire un bon usage des legs pieux.

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Un autre rôle très important du Chapitre est de s'occuper de l'ensei­gnement.