ALMANACH DE BRIOUDE

Numéro spécial An 2000

 

                Sur le site 'Internet" de l'Almanach de Brioude, l'index et la table des matières concernent les années 1920 à 1999 incluses. Une mise à jour est prévue en 2010  pour les années 2000 à 2009. Dans l'intervalle, il a paru intéressant de rendre accessibles les articles essentiels (*) du numéro spécial de l'An 2000, "panorama de l'histoire de Brioude". Pour faciliter l'accès des mots clés par la commande 'rechercher', ces trois articles se font suite en une seule page informatique.

 

Table des Matières du numéro de l'an 2000:

LE COMITE - Vœux du Comité « 80 ans»

J.J. FAUCHER - Préface par Monsieur le Maire de Brioude

M. MEUNIER - Les 100 ans de l'Amicale de la Haute­ Loire

G. HERAUD - Avant l'Almanach, qu'y avait-il?

R. CHANY - Historique de l'Almanach

(*) P. CUBIZOLLES - Brioude, des origines à la Révolution

(*) P. FONTANON - Brioude, de la Révolution à la Restau­ration, 1789-1815

(*) A. RIVET - Quelques aspects de la ville et de l'arrondis­sement de Brioude aux XIXe et XXe siècles

A. MASSEBEUF - Ephémérides 1999

Conseil d'administration de l'Almanach

Liste des membres adhérents

Table des matières

Index

 

 

 

BRIOUDE DES ORIGINES A LA RÉVOLUTION

par Pierre CUBIZOLLES

 

 

PROLOGUE

A l'occasion du 80e anniversaire de l'Almanach de Brioude, M. Gustave Héraud, Président de cette honorable Société, m'a demandé de rédiger, en 150 pages, un résumé de l'histoire de Brioude, des ori­gines à la Révolution, selon le désir de M. Jean-Jacques Faucher, maire de cette ville.

Après avoir refusé, j'ai finalement accepté car j'aime beaucoup ce pays si attachant, ses habitants ouverts et plus particulièrement mes anciens élèves. Mais le travail demandé était bien difficile: c'était même une gageure. Comment résumer en quelques pages l'histoire d'un pays au si riche et prestigieux passé?

Bien que nombre de renseignements historiques soient encore en­fouis dans le sol de la ville - l'archéologie nous les révélera au cours des siècles prochains -; bien que des charretées de précieuses et ir­remplaçables archives aient été brûlées par quelques fanatiques in­conscients au moment de la Révolution; bien que de nombreux docu­ments soient encore de difficile accès parce que non classés,... ce qui a survécu à l'usure du temps, au naufrage d'une mer déchaînée par des passions politiques, est encore considérable.

En conséquence, je ne pouvais que dresser quelques jalons, effec­tuer un choix toujours difficile à réaliser, relever quelques faits ma­jeurs, sans me focaliser uniquement sur la ville, dont l'origine remonte, selon les données actuelles, au premier siècle avant notre ère. Ce que j'ai tenté de faire. Y ai-je réussi? Les lecteurs apprécieront.

*

Autre difficulté de moindre importance celle-là: certains membres du bureau de l'Almanach ont souhaité ne pas voir de notes en bas de page figurer dans ce résumé. J'ai obéi, peut-être trop naïvement car, d'une part, cela me sera reproché notamment par les historiens et, en second lieu, les notes de bas de page ne gênent nullement la lecture : seuls, ceux qui sont intéressés peuvent aisément les consulter. J'ai donc été obligé de mettre des parenthèses dans le texte pour d'éven­tuelles explications nécessaires; or, ces parenthèses constituent bien pour le lecteur des barrières à franchir, ce qui est autrement gênant qu'une note discrète en bas de page.

Malgré toutes ces imperfections, je livre ce texte aux lecteurs de la revue, en comptant sur leur indulgence.

Pierre CUBIZOLLES

13 novembre 1999

 

 

TABLE DES MATIÈRES de l'article de Pierre Cubizolles

 

I - Le Brivadois

La Limagne brivadoise

Formation du relief

 

II - Epoque préhistorique et gauloise

 

III - Epoque gallo-romaine

Le 'uicus' brivadois

Progression du christianisme en Gaule

Arrivée du christianisme en Brivadois

Martyre de saint Julien

Mausolée en l'honneur de saint Julien

Conversion des Brivadois

Un empereur inhumé à Brioude

Vandales et Burgondes

 

IV - Epoque mérovingienne ou Haut Moyen Age

Construction de la première basilique

Eglise-Mère brivadoise ou groupe paroissial

Les Abbés laïcs

Clercs vivant en communauté

Chapitre Saint-Julien

Rôle du Chapitre Saint-Julien

Rôle du curé

Le castrum Victoriacum

La prétendue Milice Saint-Julien

Gouvernement de Chramm

Ateliers monétaires

Faits divers

 

V - Epoque carolingienne

Duché et comté

Vicairie

Uilla

Manse 

Incendie du 'castrum Victoriacum'

Basilique carolingienne Saint-Julien

La comtalia

Hôtel du doyenné

Hôtel abbatial

Hôtel de la prévôté

L'Université Saint-Julien

Le pape Formose vint-il en pèlerinage à Brioude?

Les Normands seraient-ils venus en Brivadois ?

Insécurité au Xe siècle

Incendie de Brioude (milieu Xe s.)

La Paix de Dieu

Le Chapitre Saint-Julien adoucit les rudes mœurs des chevaliers

 

VI - Après l'an mille

Un concile à Brioude (1085-1086)

Urbain II à Brioude

Séjour de Calixte II à Brioude

Construction de la basilique actuelle

Lutte contre la Maison d'Auvergne

Différends au sein de la famille comtale

Schisme

Eglises paroissiales

Eglise Saint-Jean-Baptiste

Eglise Notre-Dame

Eglise Saint-Pierre

Eglise Saint-Laurent

Eglise Saint-Jacques

Eglise Saint - Préjet

Eglise Saint-Ferréol

 

VII - Maisons hospitalières

Hôpital Saint-Robert

Hôpital Sainte-Bonette

Hospice Notre-Dame

Fondation de la léproserie de la Bajasse

Antonins du Viennois à Frugères-les-Mines

Cordeliers (1286)

Chevaliers de l'Ordre du Temple: Chambon, Farreyrolles, Chanteduc

Commanderie Saint-Jean de Brioude

 

VIII - Prévôté, bailliage, élection, présidial en Brivadois

Prévôté du Brivadois

Bailliage

Election

Présidial

IX - Lutte des bourgeois pour obtenir leurs franchises communales

Accord de 1276

Arrêt du Parlement (1280)

Tentatives diverses et arrêts consécutifs

Recel d'armes

Lettres patentes accordées aux habitants

Emprisonnement

Droit de police réservé et protocole des réjouissances publiques

Démarche pour l'installation d'un maire

Siège de la juridiction consulaire

 

X - Brioude change de diocèse

Division du diocèse de Clermont (1317)

Archiprêtré de Brioude

 

XI - Guerre de Cent Ans

Peste

Début des hostilités

Thomas de la Marche en Brivadois

Seguin de Badefol (1363-1364)

Réparations des murailles, forts et fossés

Le Bord de Garland - Aymerigot Marchez

Famine (1374)

Charles VI en pèlerinage à Brioude

Démence du roi

Désarroi des consciences: Grand Schisme d'Occident (1378)

Guerre civile

 

XII - Guerres de religion

Causes

Débuts en Auvergne

Guerre civile

Echec de la politique de tolérance

La Ligue

Peste de 1630

 

XIII - Fondation du Collège

Achat d'une maison pour l'éducation de la jeunesse (1584)

Enseignement confié d'abord aux prêtres séculiers

Agrandissement du Collège

Contrat avec les chanoines réguliers de Saint-Augustin

Contact avec les Jésuites de Billom

Legs du chanoine Saint-Vallier

Collège confié aux Prêtres du Saint-Sacrement

 

XIV - Communautés religieuses

Religieux Minimes (1608)

Ursulines (début XVIIe s.)

Capucins (v. 1619)

Religieuses de Notre-Dame (1639)

Sœurs de Fontevrault (1639)

Dames de la Miséricorde (1644)

Visitandines (1658)

Sœurs de la Croix (1694)

Pères du Saint-Sacrement de Thiers (1760)

 

XV - Famine en Auvergne au XVIIIe siècle

 

 

--OOOOOO--

 

 

 

1       Le Brivadois

 

"Je voudrais une fois voir de mes yeux cette Limagne d'Auvergne qui, dit-on, resplendit d'un si grand charme" (Roi Childebert, in Grégoire de Tours, Hist. Franc., IIIIX).

La Limagne brivadoise

Au point de vue géographique, les Limagnes, réputées depuis fort longtemps pour leur fertilité, sont formées d'un ensemble de plaines et de bassins de la vallée de l'Allier, en Auvergne, allant de Saint-Pour­çain-sur-Sioule, au nord, à Brioude et souvent par extension à Lan­geac, au sud.

Différenciées et accidentées, elles comprennent: la Grande Li­magne ou Limagne de Clermont, celle d'Issoire, celle de Brioude et le petit bassin de Langeac.

La Limagne brivadoise ou Brivadois, ainsi nommée parce que Brioude en occupe le centre, s'étend de la barre cristalline du Saut-du-­Loup et de Charbonnier au nord, jusqu'au soulèvement de la Chomette au sud. Ce bassin est limité à l'est par les monts du Livradois tandis qu'à l'ouest, des plateaux, prolongeant morphologiquement les monts de la Margeride, servent de support aux déjections volcaniques du Cé­zalier. Les montagnes qui l'encadrent, formant en quelque sorte les bords de la cuvette, sont essentiellement constituées par des gneiss, tandis que des formations sédimentaires, terrains houillers et tertiaires, occupent le fond.

Le Brivadois a une histoire. Traçons une esquisse géologique très simplifiée.

Formation du relief

Vers la fin du Carbonifère, il y a plus de 220 millions d'années, cette dépression est recouverte par un lac, long de 25 km environ, de­puis Auzat-sur-Allier au nord jusqu'à Lavaudieu au sud, et large d'une dizaine de kilomètres. Il s'étend même jusqu'au petit bassin houiller de Fressanges, à l'est de Jumeaux

Autour de ce lac, une végétation luxuriante s'est développée: prêles et calamites géantes, lépidodendrons et sigillaires arborescents, fougères herbacées et fougères arborescentes, cordaïtes,... végétaux pouvant atteindre 30 à 40 m de haut. Les rivières ont charrié jusqu'au lac les débris des pentes boisées: minéraux, arbres morts, branches et herbes sèches,... Ainsi, progressivement, au fond de ce lac, s'accumu­lent des conglomérats, des grès, des schistes, tandis que les débris vé­gétaux formeront la houille qui s'élaborera plus tard, grâce aux êtres microscopiques (bactéries, microbes),... Sous l'effet des tremblements de terre, le fond de cette cuvette s'abaisse lentement et d'une façon conti­nue (subsidence) jusqu'à des profondeurs non sondées mais estimées entre 1 500 et 2 000 mètres.

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A l'ère tertiaire, il y a environ 65 millions d'années, le Massif Cen­tral n'est alors qu'une immense pénéplaine, un plateau cristallin, val­lonné par endroits.

Beaucoup plus tard, vers le milieu de cette ère, à l'oligocène, sous la poussée des Alpes, un léger soulèvement se produit et deux failles longitudinales, orientées nord-sud, apparaissent, esquissant le cadre de la Limagne actuelle. Le sol compris entre ces failles s'affaisse lente­ment, formant ainsi un bassin d'effondrement que les eaux remplis­sent.

Un autre grand lac, aux contours incertains et mouvants, recouvre alors les bassins de Paulhaguet, de Brioude, du Lembron et d'Issoire, puis ses eaux envahissent la Limagne de Clermont. Un climat chaud, subtropical - probablement avec des pluies épisodiques et violentes -, comparable à l'actuel climat du sud-ouest de l'Australie, du nord­-est du Brésil ou du sud-ouest de Madagascar, règne alors.

Sous l'action d'une érosion intense et rapide, des argiles bariolées - particulièrement spectaculaires dans la Vallée des Saints près de Boudes, Colorado en miniature -, des sables, des calcaires, des frag­ments de végétaux, des marnes,... se déposent au fond du lac. Selon un sondage fait en 1906 près de Cohade, non loin de Brioude, l'épais­seur maximale de cette couche sédimentaire lacustre atteint 358 m. Les argiles bariolées étaient naguère exploitées près de Saint-Ger­main-Lembron par l'entreprise des 'Couleurs de Paris', tandis que les rouges alimentaient les nombreuses tuileries qui, depuis plusieurs mil­lénaires, existaient dans ce bassin. Des fours à chaux utilisaient les dépôts calcaires.

La végétation, probablement assez rare, qui croit autour de ce lac comprend cependant des plantes gracieuses, à fleurs nombreuses et multicolores, telles celles du magnolia. On y remarque quelques pal­miers épars, les grappes blanches des légumineuses arborescentes (acacias),... Le calme et le silence ne sont rompus que par le bourdon­nement d'insectes multicolores ou par la fuite éperdue de petits ron­geurs (Issiodoromys ), poursuivis par des carnassiers redoutables, du genre Hyaenodon.

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Au miocène, de nouveaux contrecoups du plissement alpin vont modifier profondément l'aspect de notre région. La forte poussée du soulèvement des Alpes provoque des cassures, des failles et un ex­haussement général du sol. Les argiles lacustres sont soulevées à cer­tains endroits jusqu'à 1 000 m. Le horst cristallin de la Chomette sur­git, séparant définitivement le bassin de Paulhaguet de celui de Brioude. Le houiller de Frugères-Les-Mines surélevé verra, plus tard, sa chape oligocène emportée par l'érosion. Le lac, dont le fond s'était affaissé progressivement pendant que les dépôts s'accumulaient, se vide peu à peu.

En même temps, la terre tremble, des grondements souterrains se font entendre, les eaux bouillonnent, des jets de vapeur s'élancent dans les airs. Toute la région ainsi fissurée vomit de petits volcans du type strombolien: celui des Grèzes près de Lamothe, ceux des environs de Blesle, le dyke de la Roche près de Bournoncle Saint ­Pierre,. . .

Déjà, trente millions d'années avant notre ère, des volcans avaient surgi ici et là dans le Cantal. Les coulées basaltiques des côtes de Clermont et de Gergovie, selon une datation par la méthode argon-­potassium, remonteraient à 19 millions d'années. Celui de Senèze, mondialement connu pour ses fossiles, antérieur au dépôt de la faune, remonte vraisemblablement au Pliocène (6 MA).

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Un événement important pour notre région se produit à la fin du tertiaire. Les dernières failles lui ont donné les traits dominants de son aspect actuel. Il y a environ quatre millions d'années, l'Allier com­mence à couler au fond d'une vallée d'effondrement. C'est elle qui est source de vie pour notre région. L'homme peut y apparaître comme dans un nid préparé pour lui dès l'ère primaire. Or, c'est précisément à cette époque qu'il fait son apparition sur terre. Des outils humains (galets aménagés, pebble tools , choppers ), datant de deux millions d'années environ, ont été découverts à Chilhac.

Sous l'influence d'un climat chaud et humide, une végétation luxu­riante recouvre les collines et les versants des vallées. Une foule d'ani­maux peuple les sous-bois et les clairières. Les grands herbivores (éléphant méridional, rhinocéros étrusque,...) apparaissent et, par voie de conséquence, les grands carnivores, parmi lesquels on remarque sur­tout le célèbre machairodus à dents de sabre: les canines supérieures très développées, tranchantes et courbes, font de ces félins de redou­tables prédateurs. Des singes, sautant de branche en branche, donnent au paysage un cachet africain. On retrouve aujourd'hui les ossements fossilisés de ces animaux.

Puis, succède une activité volcanique intense. En Velay, la plupart des basaltes des plateaux s'épanchent et forment de vastes entable­ments recouvrant la topographie antérieure et bouleversant le réseau hydrographique.

Pour des raisons que l'on ignore (volcanisme intense, inversion du paléo­magnétisme,... ?), la température s'abaisse sensiblement. Des glaciers re­couvrent alors les monts du Cantal, le Cézalier, les monts Dore et donnent au relief sa physionomie actuelle. Diverses périodes froides alternent avec des intervalles interglaciaires où la température est plus clémente: la neige et les glaciers fondent, au moins en partie, provo­quant une érosion intense qui lessive les argiles oligocènes et même, par endroits, une partie supérieure de la zone houillère. Récemment, à Monistrol-d'Allier, les terrassements en vue de la construction du nouveau pont sur l'Allier ont mis au jour des résidus périglaciaires (entre 3,5 et 2,5 MA avant J.C.), antérieurs au volcanisme.

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Au cours de l'ère quaternaire, outre le volcanisme qui continue à jouer un rôle important, ce sont surtout l'Allier et ses affluents qui, en creusant leur vallée, donnent à notre région l'aspect que nous lui con­naissons.

Des dépôts d'alluvions fluviatiles, situés à diverses altitudes, mar­quent les étapes successives du creusement de la vallée de l'Allier. Les niveaux où apparaissent ces dépôts sont dénommés 'terrasses alluvia­les' par les géologues. Les plus élevées sont les plus âgées.

La première et la plus ancienne se situe au-dessus de Vieille­-Brioude, près des Chirouzes, à la cote 629, où l'on remarque, près du sommet, des galets de quartz, dispersés dans les bois et dans les champs. La tranchée creusée pour la déviation de Brioude a bien mis en évidence cette assise de galets. On peut observer également les mêmes alluvions fluviatiles en place près de Chamalière (commune d'Azerat), au niveau 540, aux environs de Rigoux (même commune), au nord-ouest d'Auzon, à la cote 475, à droite de la route allant à Bous­sac, et au sud-est, sous le réservoir, non loin de Rizolles.

Les alluvions de la deuxième terrasse, déposées au pléistocène, re­couvrent la plaine qui sépare Brioude de Vieille-Brioude, celle du ter­rain d'aviation, de Rilhac, du Monteil (450 m), de Lugeac, d'Azerat, des Granges... Ces alluvions, visibles en surface dans les champs, sont essentiellement constituées de galets de quartz, de granite, de gneiss, de basalte,... Enfin, la troisième terrasse, la plus récente, si­tuée à une vingtaine de mètres au-dessus du niveau de l'Allier, sup­porte la ville de Brioude (la partie ancienne autour de la splendide basilique Saint-Julien), Largelier, Issoire,... Cette assise, composée de divers ga­lets arrondis, enrobés dans une sorte de ciment, s'observe nettement sur les talus et tranchées.

Signalons encore, la basse et sablonneuse plaine de l'Allier, située entre 5 et 10 mètres au-dessus du niveau de l'eau, datant de quelques milliers d'années seulement, sur laquelle sont installés les terrains de sport de Brioude, Crispiat, Cohade,.. .

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Après avoir esquissé la formation du relief, rapprochons-nous de la ville de Brioude pour chercher son origine.

 

II          Epoques préhistorique et gauloise

 

Nous savons déjà que l'homme a manifesté sa présence en Briva­dois, il y a 1,9 M.A., comme en témoignent les galets aménagés dé­couverts à Chilhac. Mais, il a pu apparaître avant.

De même, la découverte d'une industrie appartenant au paléoli­thique inférieur, réalisée sur des galets de quartz, sur le replat de la terrasse alluviale aux environs de Brioude, permet de démontrer que l'homme est présent dans ce secteur depuis très longtemps: peut-être depuis l'interglaciaire Mindel-Riss, il y a environ 400 000 ans. La dé­couverte de cette industrie est plus concentrée dans la zone au nord de la ville, à la limite des communes de Cohade, Beaumont et Brioude.

La mention d'un menhir à 1 km environ au nord de Brioude dans les fichiers de la Circonscription des Antiquités préhistoriques d'Au­vergne semble témoigner d'une présence humaine durant la période néolithique.

Citons aussi pour mémoire les nombreuses grottes préhistoriques dans la région de Blassac, Lavoûte-Chilhac, Langeac, Chanteuges, Saint-Arcons-d'Allier, Saint-Privat-d' Allier,..., déjà fouillées, parfois partiellement, ou en cours.

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En ce qui concerne Brioude, son nom Briuas, que l'on trouve pour la première fois sous la plume de Sidoine Apollinaire, évêque d'Au­vergne (471), est d'origine gauloise. Il désigne un pont, le lieu de fran­chissement d'une rivière.

Par ailleurs, près de Brioude existe la fontaine Saint-Julien, lieu de culte d'origine gauloise. Signalons aussi la découverte de deux pièces de monnaie gauloise, sur la commune, malheureusement sans précision de lieu: un statère de type BN 3744 et un Epad au guerrier. A l'automne 1973, des terrassements importants effectués à l'Insti­tution Saint-Julien en vue de la construction d'un nouveau bâtiment scolaire, ont mis au jour, outre un mobilier gallo-romain considérable, de la céramique gauloise, remontant à la Tène III (v. 120 av. J.C. à la conquête romaine). En 1982, des fouilles de sauvetage effectuées au Clos des Corde­liers, sous la direction de Melle Myriam Philibert, ont livré, dans la couche la plus ancienne (n° 9), un fragment de calotte crânienne et du mobilier datant de la fin du 1er siècle avant notre ère (céramique non tour­née, balustre, cruche dite de Gergovie,...) mais postérieur de peu à la conquête. Malgré son intérêt incontestable, cet échantillonnage carac­téristique de cette époque n'apporte pas la preuve de l'existence de Brioude avant la conquête par César.

Il faut reconnaître aussi que l'occupation gauloise à Brioude est en­core mal connue. Attendons d'autres découvertes.

Cependant, d'après les données archéologiques actuelles, on peut affirmer de façon certaine, que l'origine de Brioude remonte au milieu du 1er siècle avant Jésus-Christ. D'autres découvertes permettront peut-­être de remonter plus haut.

 

III          Epoque gallo-romaine

 

"Puis t'accueillera l'aimable Brioude (benigna Briuas) qui vénère le corps (ossa) de saint Julien" (Sidoine Apolli­naire, Carmen XXIV, 16-17).

Du jour où les Gaulois eurent déposé les armes, a noté Strabon, ils se mirent au travail de la terre. Il a répété aussi, à juste titre, que le développement des centres urbains a été un des phénomènes de la ro­manisation. C'est exactement ce que nous constatons à Briuas . L'agglomération brivadoise, née quelques décennies avant notre ère, se développe surtout à l'époque gallo-romaine. Les travaux de ter­rassements, les fouilles organisées, les sondages méthodiques, et même les écrits légèrement postérieurs nous le révèlent.

Signalons d'abord au passage la découverte, vers 1850, au terroir de Chaumaget - à 200-300 m au NW de la fontaine Saint-Julien-, de deux pièces d'or, l'une à l'effigie de Constance II Auguste (340-351) et l'autre à celle d'Anastase 1er (491-518).

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Au courant de l'été 1964, des sondages effectués rue Paul le Blanc, ont révélé l'existence d'une maison gallo-romaine à hypocauste, et mis au jour de la céramique variée. Le dallage recouvrant les canalisations du chauffage par le sol était en tuileau.

Rappelons-nous le mobilier gallo-romain considérable mis au jour dans la cour de l'Institution Saint-Julien, à l'automne 1973 : poterie très variée allant de la céramique fine (sigillée, peinture métallisée,...) à l'ordinaire. Dans le secteur près de la chapelle et du portail, les frag­ments d'amphores très nombreux semblaient indiquer l'emplacement d'un magasin. Malheureusement, étant donné que les terrassements avaient lieu à l'emplacement du cimetière médiéval de l'église Saint­Préjet, donc sur un terrain fortement remanié, aucune substruction n'a été découverte, à l'exception de quelques fosses ou silos, difficiles à interpréter. Il était, en outre, vu l'état du terrain, presque impossible de procéder à une étude stratigraphique.

En 1974, dans la rue Paul le Blanc, déjà citée, des terrassements pour les fondations d'une maison ont mis au jour des fragments d'amphores, de tripode, de sigillée et céramiques diverses.

Les fouilles du 'Clos des Cordeliers', en 1982, ont révélé deux maisons gallo-romaines superposées.

La première, remontant au début de notre ère, construite sur un ni­veau antérieur à notre ère, aux murs recouverts à l'intérieur d'un enduit peint polychrome, a offert une grande richesse de vestiges archéolo­giques, indice d'une zone d'intense activité.

La seconde maison, édifiée au III e siècle et au même emplacement, mesurant une douzaine de mètres de long sur six de large, dont les murs étaient aussi recouverts d'un enduit peint, témoignait d'une cer­taine richesse et d'un grand souci de confort. Pour éviter toute humi­dité, on avait pris la précaution de bien la drainer. Le sol, très soigné, était constitué par une assise de galets recouverts par une épaisse couche de gravats (1 m) récupérés dans une autre maison. Parmi ces gravats, on remarquait des fragments d'enduit peint provenant de fresques murales aux couleurs d'une fraîcheur remarquable; sur l'ensemble on avait répandu une couche de mortier.

Ces fragments de fresques, récupérés dans une maison voisine en ruine d'époque augustéenne, pour assurer le drainage, représentant notamment des feuillages, témoignent du luxe de celle-ci. Nous avons là un aspect de l'art de vivre des premiers Brivadois.

Des travaux effectués aux abords de la basilique Saint-Julien ont livré du matériel gallo-romain (fragments de poterie essentiellement). Par contre, les sondages de 1987, réalisés à la place Grégoire de Tours et sous la halle, ont mis au jour des fosses contenant des débris de construction et de la poterie gallo-romaine.

En somme, l'existence de l'agglomération brivadoise au début de notre ère n'est plus à démontrer. Il reste cependant à relever le plan d'occupation, l'emplacement des principaux monuments et notam­ment celui du 'grand temple',... travail difficile et de longue haleine qui nécessitera des décennies, voire même des siècles.

 

Le 'uicus' brivadois

Grégoire de Tours parle longuement de Brioude en utilisant tou­jours le terme uicus pour la qualifier, y compris pour le VIe siècle. Es­sayons donc de comprendre ce terme.

A l'époque gallo-romaine, les uici - "à la fois habitats, marchés et sanctuaires", zones à fonction religieuse, administrative, résiden­tielle, commerciale, artisanale, agricole - représentaient des agglo­mérations semi-urbaines d'une certaine importance avec une banlieue étendue. Selon Gabriel Fournier, c'étaient de petites villes ouvertes, sans fortifications, comme la plupart des villes de la Gaule. "Dans la mesure où il est possible de s'en faire une idée, ces agglomérations offraient un plan lâche et distendu, et comprenaient un large fau­bourg, avec des nécropoles, des résidences (uillas urbanas), des ate­liers ".

Implanté au bord de la troisième terrasse de l'Allier, dominant de quelques mètres seulement une plaine alluviale, desservi par la grande voie nord-sud, ce uicus est remarquable par son temple majestueux (grande delubrum); il est, à l'époque de saint Julien (milieu IVe s.), un centre religieux important où s'affairent ruraux, artisans et commer­çants. Jusqu'à présent, on n'a situé qu'une seule nécropole, à l'empla­cement de l'actuelle basilique. Deux siècles plus tard, des ateliers mo­nétaires y seront installés et le uicus assumera également des fonc­tions administratives.

Ce lieu résidentiel était donc un centre commercial important au bord d'une grande voie et au centre d'une plaine fertile, la Limagne brivadoise. La céramique arétine, la sigillée de Lezoux, la blanche de l'Allier, les amphores italiques,... nous renseignent sur ses relations commerciales. Les animaux de boucherie élevés dans les montagnes environnantes, les produits agricoles provenant des plaines fertiles voisines y affluaient, les jours de marchés.

Les habitants y exerçaient l'artisanat en tous genres, qu'il serait fastidieux d'énumérer ici, et je me contenterai de mentionner un outil en os tourné utilisé en tannerie, mis au jour dans la Cour de l'Institution Saint-Julien. Mentionnons aussi un autre artisanat, bien présent en ce uicus.

Le quartier des OIliers - du latin olla, marmite, urne cinéraire,... avec suffixe aria -, situé au sud de la ville, désigne le quartier des potiers. Mais, existait-il à Brioude, des fours à poteries? - Depuis les récentes fouilles de sauvetage effectuées près de la mairie, entre le doyenné et l'ancienne église Notre-Dame, on peut répondre oui, sans hésiter. Effectivement, à cet endroit, à l'emplacement d'une maison abandonnée du bas empire, ont été mis au jour les vestiges d'un four de potier, datant de l'époque paléochrétienne (fin IVe-VIe s.). La voûte du four était composée de briques et tegulae de récupération. On a re­cueilli notamment une brique avec trace de chaussures à clous, un fragment de brique décorée, le tout provenant de la couche d'abandon du four et, dans ce contexte, un fragment de céramique à décor es­tampé avec une rouelle. - Dans le même secteur, ont été observées les fondations d'un four de tuilier arasé, datant du XVIIIe siècle.

Centre religieux, la benigna Briuas possédait un grand temple dont parle Grégoire de Tours. Dans ce sanctuaire, selon cet auteur, on vénérait notamment les statues de Mars, dieu de la guerre, et de Mer­cure, divinité du commerce, placées sur une haute colonne. Mais, sous la plume de cet historien, ces mentions, qui ont exacerbé l'imagination de nombreux auteurs, ne sont pas à prendre au pied de la lettre: elles désignent simplement des divinités, sans plus. Il ne s'agit pas de tirer de ces textes plus qu'ils ne veulent dire.

Lors de travaux effectués à la basilique Saint-Julien pour l'instal­lation du chauffage, un fût de colonne cannelée de gros diamètre (90 cm), en marbre blanc, a été mis au jour. Il aurait pu appartenir à ce temple et être ensuite remployé pour la première basilique? . .

Où était situé ce temple majestueux? Il est bien difficile de le loca­liser. Pierre-François et Gabriel Fournier le situent près de la fontaine Saint-Julien, mais des terrassements importants, effectués dans le sec­teur en vue de constructions, n'ont rien révélé. Selon May Vieillard­-Troiekouroff, "ce temple était proche du tombeau de saint Julien qui aurait primitivement fait partie d'une nécropole". Donc, selon cet au­teur, ce monument était situé à la sortie de Brioude, au nord de la grande voie, aux environs de la basilique actuelle. - Faudrait-il son­ger encore à la place du Postel? Ce n'est pas impossible! Cependant de profondes tranchées ouvertes en bordure de cette place n'ont rien révélé. Seules des découvertes archéologiques ultérieures pourront nous renseigner sur l'emplacement exact.

A la sortie de l'agglomération brivadoise, au nord et au sud, le long des voies, de somptueuses uillae urbanae et, entre elles, de riches mausolées, des monuments funéraires plus modestes avaient été édi­fiés. Par mesure d'hygiène, la loi romaine interdisait d'inhumer à l'intérieur d'une ville mais seulement à la périphérie.

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Ainsi, très succinctement décrit, se présentait le uicus brivadois. Mais un événement important, l'arrivée du christianisme, va mo­difier les habitudes religieuses de cette bourgade besogneuse.

 

Progression du christianisme en Gaule

La conversion au christianisme, en Gaule et ailleurs, s'est opérée très lentement. Les Apôtres s'adressaient à des gens religieux et pieux quoique païens et superstitieux. C'est la grande différence avec le monde mo­derne où la prédication de l'Evangile, tout au moins dans notre vieille Europe, s'adresse à des gens qui ne croient plus à rien, sans transcen­dance, sans points de repère, ayant perdu le vrai sens de l'existence. Saint Paul ne trouve pas une table rase quand il prêche aux païens. On le voit partout s'appuyer sur les croyances déjà existantes dans l'esprit de ses auditeurs. Il les félicite d'être si pleins de foi: "Vous êtes, dit-il aux Athéniens, le plus religieux de tous les peuples".

Cependant, l'appel à vivre selon l'enseignement du Christ fut une œuvre de longue haleine. Il fallait découvrir le sens du péché comme une offense directe à Dieu, abandonner le polythéisme et les habitudes superstitieuses, pratiquer la charité fraternelle basée sur un Dieu mort par amour pour les hommes. C'est pourquoi cette œuvre dura des siècles et n'est peut-être pas terminée, selon la pensée de Jacques Le Goff et Jean Delumeau.

En Gaule, l'Evangile a pénétré par la Méditerranée et la vallée du Rhône. Vers le milieu du lIe siècle, des communautés chrétiennes ex­istaient à Arles, Vienne, Lyon. La première Eglise connue en Occi­dent, après Rome, est celle de Lyon, fondée vers 150. Saint Andéol, l'évangélisateur des Helviens (Ardéchois) aurait été martyrisé sous Sep­time-Sévère (193-211), le 1er mai 208, date vraisemblable car l'édit contre les chrétiens fut lancé en 202. En 254, Arles a pour évêque Marcianus. Saint Privat, premier évêque du Gévaudan subit le martyre à Mende au cours de la seconde moitié du IIIe siècle. La partie occi­dentale de la Gaule, ne connaît le christianisme que tardivement. Hi­laire, issu de famille païenne poitevine, converti à l'âge adulte, nommé évêque de Poitiers vers 350, est le premier pontife de cette ville. Ne parlons pas des campagnes où la nouvelle religion est pratiquement inconnue.

 

Arrivée du christianisme en Brivadois

Vers la fin du Ille siècle, saint Austremoine, venu à Clermont(­Ferrand) en qualité d'évêque, organise l'Eglise des Arvernes.

Ses biographies, tardives et sans grande valeur, évoquent ses com­pagnons qui se sont répartis la tâche d'évangélisation. Saint Sirénat aurait reçu la mission d'évangéliser les peuples habitant dans la partie orientale de l'Auvergne entre Thiers et Billom et dans la vallée du Li­vradois. Saint Nectaire aurait eu en partage la partie méridionale de la Limagne entre Coudes et Brioude. Il aurait été aidé dans sa tâche pas­torale par saint Baudime, dont le buste-reliquaire est conservé à Saint­-Nectaire, et par saint Auditeur ou Adjuteur, car les cultes païens étaient fortement implantés dans ce secteur. Selon ces légendes, le Brivadois aurait donc reçu la Bonne Nouvelle par la prédication de ces trois apôtres.

La Haute Auvergne aurait été évangélisée par saint Mammet, saint Antonin et surtout saint Mary.

Vers 350, le Brivadois, traversé par une route de grande communi­cation, a déjà reçu l'appel évangélique et quelques païens se sont convertis. Il existe déjà une petite communauté de chrétiens, à Brioude. Parmi eux, figure Julien. Il appartient vraisemblablement à l'élite du pays et, pour prouver sa foi profonde, il donnera sa vie pour le Christ.

Dans quelles circonstances?

 

Martyre de saint Julien

Malheureusement, à cause de la célébrité de ce martyr, des lé­gendes sont venues assez tôt occulter les événements historiques. En 475, plus d'un siècle après la mort de saint Julien, Mamert, évêque de Vienne, pour éviter que les reliques de saint Ferréol, ancien tribun militaire de cette ville, ne soient périodiquement inondées par les crues du Rhône, fait édifier une nouvelle basilique, au même endroit, mais à un niveau supérieur. Cette basilique existe toujours près de Vienne, au bord du Rhône, à Saint-Romain-en-Gal. Procédant ensuite à la reconnaissance des reliques, il se trouve en présence de plusieurs sarcophages. Le premier et le second ouverts renferment un squelette. Le troisième, sur lequel ne figure aucune inscription, contient un squelette entier et un crâne. Intrigué, il ordonne à l'assistance de prier puis, rempli d'une joie immense, il s'écrie: "Voici le cadavre de Fer­réol et la tête du martyr Julien !" La notoriété de ce dernier, alors bien établie, était venue au secours de l'évêque de Vienne.

Il s'agissait en fait du cas d'inhumations multiples car les sarco­phages, comme les caveaux de nos jours, étaient alors réutilisés pour des inhumations successives. Depuis cette époque, Ferréol et Julien ont été associés: Julien devenant un soldat sous les ordres du tribun Ferréol.

Mais comment reconstituer la vérité?

Les documents affirment que Julien a subi le martyre à Brioude "près d'un endroit où les païens adoraient de vaines idoles". Ce détail est à remarquer.

Il existait alors en ce lieu deux sanctuaires païens: le grand temple que nous connaissons et, à 1 500 m au nord de la ville, la fontaine sa­crée, où poussent encore, par plaques, des algues microscopiques rouges (rhodophytes), fontaine qui, par la suite, portera le nom du saint martyr.

Julien aurait donc subi le martyre près de l'un ou l'autre des deux lieux de culte païen. Selon toute vraisemblance, Julien, en présence d'un rassemblement, lors d'une cérémonie païenne ici ou là, aurait pro­fité de la circonstance pour dénoncer à ses compatriotes leurs 'vaines superstitions' et leur annoncer la Bonne Nouvelle apportée par le Christ, comme avait fait saint Paul à Athènes. Malheureusement, cette intervention aurait tourné au drame: Julien aurait été décapité sur le champ. On sait fort bien qu'en Gaule, la réaction païenne en présence de l'arrivée de la nouvelle religion fut parfois violente.

Deux Brivadois, Arcons (Arconcius) et Ilpize (Ilpidius) auraient re­cueilli ses restes pour les inhumer dans la nécropole située au nord de la ville, au bord de la grande voie, à l'emplacement présumé de la ba­silique actuelle.

Six chartes du Cartulaire, s'étalant entre les années 861 et 1031, af­firment nettement que le corps entier de saint Julien repose à Brioude, en la basilique Saint-Julien (qui ibi toto corpore requiescit) et non à Vienne. On peut évidemment rétorquer que la tête de saint Julien a été récupérée ensuite par les Brivadois mais sur quel texte fiable peut-on s'appuyer? Une simple légende suffit-elle?

Voilà ce qu'on peut retenir des textes. Les fouilles ultérieures pour­ront peut-être nous informer davantage.

 

Mausolée en l'honneur de saint Julien

Très vite, la tombe de saint Julien devient un lieu de pèlerinage. Quelques décennies après, au temps de l'empereur Maxime (383-388), une dame espagnole vient prier sur la tombe du martyr pour demander à Dieu, par l'intercession de saint Julien, la délivrance de son mari détenu prisonnier à Trèves. Afin que sa prière soit plus efficace, elle promet, si elle est exaucée, de faire édifier un mausolée sur cette sépulture. Sa demande est exaucée. Pleine de joie et de gratitude, elle retourne à Brioude pour accomplir son vœu. Elle fait donc ériger un mausolée qui abritera les restes du saint martyr. Cet épisode est sûr, reconnu même par les hagiographes hypercritiques.

 

Conversion des Brivadois

Malgré la violente réaction païenne, la petite communauté chré­tienne brivadoise, aidée en cela par le rayonnement spirituel de saint Julien, s'agrandit progressivement. Les chrétiens venant prier sur la tombe du saint martyr impressionnent le sens religieux des Brivadois. En outre, cette nouvelle religion, caractérisée par le monothéisme trinitaire, l'incarnation et la résurrection du Fils de Dieu, l'amour de Dieu et du prochain, le pardon des injures,... doit les faire réfléchir profondément. Tout cela additionné les attire insensiblement vers la Bonne Nouvelle apportée par le Christ. Les conversions se multiplient. "Les païens, baptisés au nom de la Trinité, brisent les sta­tues qu'ils avaient adorées et les jettent dans le lac voisin du 'uicus' et du fleuve", nous apprend Grégoire de Tours.

Parmi les pratiques païennes alors en usage, figuraient les libations, c'est-à-dire l'offrande rituelle à leurs idoles de produits liquides (vin, huile) répandus sur le sol ou sur un autel; le port des amulettes, les incantations, le recours aux devins,. . .

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Au Ve siècle, les conversions sont effectivement nombreuses en Auvergne. Les sanctuaires ruraux se multiplient. Sidoine Apollinaire, évêque d'Auvergne, passe la belle saison à les visiter. Le uicus brivadois s'agrandit et se déplace progressivement vers le nord, autour du mausolée de saint Julien afin de se rapprocher des restes du saint martyr.

 

Un empereur inhumé à Brioude

Sa notoriété s'accroît grâce surtout aux restes de saint Julien. Ainsi, en 456, le corps d'Avitus, beau-père de Sidoine Apollinaire, riche propriétaire auvergnat, reconnu empereur en juillet 455 puis assassiné l'année suivante, est inhumé à Brioude près du tombeau du célèbre martyr. Ce fait, raconté par Grégoire de Tours qui a vu le tombeau, réputé pour être celui de l'empereur, près de celui du martyr brivadois, est d'autant plus vraisemblable qu'aucun autre lieu ne revendique cet honneur.

 

Vandales et Burgondes

Dès le début du Ve siècle, ont commencé les grandes invasions. Le 31 décembre 406, les Barbares ont franchi le Rhin et se sont déversés sur la Gaule. Les Vandales en particulier, accompagnés d'Alains, ont suivi la route de Paris, Orléans, Tours, et sont arrivés à Bordeaux, es­caladant les cols pyrénéens d'où ils ont été chassés par les garnisons romaines, puis ont mis à sac les campagnes environnantes.

En 418, les Wisigoths se fixent en Aquitaine II, par décision de l'Empire lui-même...

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Selon l'Histoire manuscrite, ce sont les Burgondes qui, les pre­miers, auraient attaqué Brioude, vers 458. Venant du Vivarais, ils sur­prennent le uicus, pillent le mobilier de l'église, retraversent l'Allier et se disposent à passer les notables au fil de l'épée et à conduire les Brivadois en captivité. Mais Illidius, chef de la Milice, fond sur les ennemis, "les taille en pièces, arrache de leurs mains les captifs et le butin, repasse la rivière et rentre triomphant à Brioude... Seuls, quatre fuyards emportent dans leur pays une patène et un de ces vases appelés 'anax' (vase en métal précieux). Ils se partagent la patène et offrent l'anax à Gondebaud, roi de Bourgogne; mais la reine Caraténès restitue ce vase en argent à l'église de Brioude, en y ajoutant de riches présents".

Bien que cet épisode renferme des anachronismes - Gondebaud était mort à Genève, en 516, et la reine Caraténès, en 506 - et même des erreurs historiques - Illidius, chef de la Milice, est un personnage bien hypothétique -, il pourrait toutefois renfermer un fond de vérité.

En effet, les Burgondes, vaincus par le général romain Aetius, en 436, avaient été transférés, sept ans après en Spaudia (Savoie) avec Genève pour capitale. Rien d'étonnant donc qu'ils aient envahi le Bri­vadois par le Vivarais. En outre, la toponymie a conservé des traces de leur passage dans cette région: les noms de lieu, Vergongheon, Ver­gonge, Vergonzac,... en Brivadois et en Velay, dérivent de Burgonde.

 

IV          Époque mérovingienne ou Haut Moyen Age

 

Depuis la création de l'Aquitaine, en 27 avant J .C., l'Auvergne, et donc le Brivadois qui en fait partie, sont inclus dans cette province. Au IVe siècle de notre ère, l'Aquitaine étant divisée en trois, l'Au­vergne est comprise dans l'Aquitaine première dont la capitale est Bourges.

Après la chute de l'Empire romain (475), l'Auvergne est incorporée au royaume des Wisigoths. Plus qu'un changement territorial, cette nouvelle organisation implique la dilution des structures de la 'république' (res publica), au sens que l'on donnait alors à ce mot. Ce­pendant, l'Auvergne, restée longtemps fidèle à Rome, manifestera toujours sa répugnance pour les Wisigoths. "... de toutes les villes de l'Aquitaine I, la guerre n'a laissé que la ville des Arvernes dans le parti romain".

La 14e année de son règne, Euric roi wisigoth (466-484), nomme Victorius, Romain passé au service de ce roi, gouverneur d'Auvergne; ce dernier administrera cette province pendant neuf ans (479-488).

En 507, Clovis écrase les Wisigoths à Vouillé et intègre les trois Aquitaines au royaume franc. Dès lors, l'Auvergne qui comprend le Brivadois est gouvernée par les Francs, mais cela n'ira pas sans heurts. L'attitude différente entre l'aristocratie et le peuple auvergnats du­rant l'occupation wisigothique est peut-être le facteur principal de la révolte de l'Auvergne, entre 507 et 533, car l'opposition se prolongera sous la domination franque.

Si le clergé et le peuple auvergnats se sont montrés hostiles aux Wisigoths, l'aristocratie, par contre, semble s'être ralliée plus facile­ment. A la bataille de Vouillé, "un très grand nombre d'Arvernes, ve­nus avec Sidoine Apollinaire, leur évêque, et qui étaient les premiers sénateurs, périssent" avec Alaric.

Dès lors, l'Auvergne est gouvernée par les Francs, mais l'opposition se prolongera sous la nouvelle domination.

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A la mort de Clovis (511), le partage du royaume, facile à réaliser au nord, s'avère compliqué au sud de la Loire. Thierry obtient Albi, Rodez, Le Puy, Clermont ainsi que Cahors et Limoges. Pour conserver l'Auvergne, ce roi doit entreprendre plusieurs expéditions racontées par Grégoire de Tours. Voici la première.

Plusieurs chefs arvernes ayant intrigué avec Childebert, roi de Paris, et s'étant révoltés sous la conduite d'Arcadius, petit-fils de Sidoine Apollinaire, Thierry organise une expédition de représailles, "dévastant et ravageant tout sur son passage".

Il s'empare des faubourgs de Clermont, mais n'ose attaquer la cita­delle englobant le groupe épiscopal, défendue par l'évêque Quintien. Il établit donc son camp. "Pendant ce temps, l'armée parcourt toute la région, détruit tout, s'attaque à tout".

Diverses opérations sont tentées contre les forteresses de Thiers, de Vollore, de Chastel-Marlhac. Un raid est poussé jusqu'à celle de Brioude qui est prise. "Quelques soldats parviennent jusqu'à la basi­lique Saint-Julien, brisent les portes, enlèvent les serrures, pillent les biens des pauvres qui avaient été recueillis, et commettent beaucoup d'autres méfaits en ce saint lieu".

Au cours de cette expédition, "les excès sont tels, que le roi sent qu'il faut mettre des bornes à la razzia, s'il veut que le pays lui reste acquis moralement: Clermont est épargnée, avec interdiction de s'attaquer à qui que ce soit dans un rayon de huit milles (12 km) autour de la ville. Cette grâce royale s'étend aussi à Brioude à partir du 7e milliaire (10 km)". Mais l'Auvergne est vidée de "ses richesses, de son or et de ses hommes".

Puis Thierry confie cette province à Sigivald qui se signale par ses excès. Il "s'empare notamment avec avidité d'un domaine que Tétradius, évêque de Bourges, avait légué à la basilique Saint-Julien". Il s'agit de la villa de Boudes, aujourd'hui chef-lieu de commune du canton de Saint-Germain-Lembron.

Ce duc a sous ses ordres un autre Franc, Beccon, comte de Cler­mont, qui abuse également du pouvoir. Mais la véritable pacification de l'Auvergne va s'opérer grâce à Théodebert, fils de Thierry, à qui son père a confié l'occupation des provinces méridionales de l'Aquitaine. Il cherche à satisfaire les aspi­rations de ses subordonnés en pratiquant une politique romanisante. Parthenius, son principal conseiller, descend d'Avitus. Ce diplomate le pousse à remettre en ordre le système fiscal romain et semble être à l'origine des remises "de tout tribut dû au fisc par les églises situées en Auvergne".

Cette politique conciliante est encore accentuée par un synode local à Clermont, le 8 novembre 535. Dans cette assemblée régionale, com­posée de quinze évêques, se manifeste un idéal à atteindre: l'indépen­dance totale du domaine politique dans le choix des évêques.

Telles sont les nouvelles structures politiques: l'Auvergne suivra toujours le sort de l'Aquitaine première.

Au point de vue chrétien, le Ve siècle a été indiscutablement une époque de progrès, tant quantitatif avec l'évangélisation des cam­pagnes, que qualitatif avec le phénomène d'approfondissement reli­gieux dans les milieux déjà christianisés, ce qui permettra de résister sans difficulté marquée à la domination arienne des Wisigoths.

 

Construction de la première basilique

A Brioude, selon la coutume de l'époque, des messes sont réguliè­rement célébrées sur les restes de saint Julien. Mais à cause du nombre important de conversions et de pèlerins, le mausolée ou oratoire pri­mitif (cellula) devient trop petit. Il faut songer à édifier une basilique  plus vaste, mieux adaptée aux besoins du culte, plus digne de la ma­jesté divine.

.Selon l' Histoire manuscrite, les matériaux du grand temple dédié à Mars et à Mercure, en partie détruit par la foudre, sont employés à construire une splendide basilique à la gloire du saint martyr. Le duc wisigoth Victorius, administrateur des sept provinces d'Aquitaine, y  contribue pour une grande part: il fait donner au nouvel édifice, écrit Grégoire de Tours, les colonnes qui l'orneront. Il fondera aussi la ba­silique des saints Laurent et Germain à Liziniat (Saint-Germain-Lembron).

Clermont avait aussi bénéficié de ses largesses.

Mais, Frédégaire attribue à Euric, roi des Wisigoths (466-484), la construction de la basilique Saint-Julien de Brioude, ornée de co­lonnes, la 14e année de son règne, c'est-à-dire vers l'an 480 (Histor. epi­tom., ch. 13). Retenons cette date.

Le nouveau sanctuaire est construit selon le plan basilical et le style antique. Il se présente sous la forme d'un grand bâtiment rectangulaire trois fois plus long que large. Il est précédé d'un atrium ou vestibule composé d'une cour carrée, entièrement découverte et entourée d'un péristyle ou colonnade. Au centre de l'atrium, on voit une fontaine de forme circulaire ou polygonale.

Après avoir franchi l'atrium, on pénètre dans la basilique par un porticus ou narthex intérieur. On aperçoit alors deux rangées de co­lonnes divisant l'édifice en trois nefs, dans le sens de la longueur; celle du milieu ou nef principale est au moins deux fois plus large que les deux autres. Au-delà d'une balustrade à claire-voie se situe le transept, occupé, dans les basiliques païennes, par les hommes de loi: avocats, greffiers, huissiers et, dans les basiliques chrétiennes par l'autel et le clergé. Enfin, à l'extrémité de la nef principale, se trouve l'abside, ainsi nommée parce qu'elle était formée d'un enfoncement semi-circulaire, voûtée en forme de coquille. L'ensemble de l'édifice est couvert par une toiture à charpente apparente.

Selon Grégoire de Tours, au fond de l'abside, les reliques de saint Julien, placées dans une châsse, reposent dans un sarcophage couvert d'une table d'autel (sanctum altare uel ipsum tumulum, cf. Vie de s. Julien, ch. 28). Cet autel-tombeau est surmonté d'un ciborium, d'où pendent des tentures, et couronné par une croix dorée, incrustée de pierres pré­cieuses. Il est entouré par une grille ciselée. Les fidèles déposent des fleurs sur le tombeau.

Le sol est revêtu d'un pavement, peut-être de briques ou même de marbre, selon la coutume d'époque. Des fenêtres vitrées éclairent l'in­térieur. Une cloche, placée vraisemblablement dans une tour lanterne, appelle les fidèles à la prière. Lors d'un orage, rapporte Grégoire de Tours, une boule de feu pénètre dans la basilique par le trou où passe la corde de la cloche, frappe les colonnes et ressort par la fenêtre au­ dessus de la tombe de saint Julien, donc dans l'abside. Le fait est vrai­semblable puisque j'ai trouvé dans certains registres paroissiaux la mention de personnes foudroyées à l'intérieur de l'église car elles se trouvaient près de la corde ou câble de la cloche.

Sous le portique, séjournent les malades, paralytiques, boiteux, aveugles et autres infirmes implorant Dieu par l'intercession de saint Julien, afin d'obtenir leur guérison. Ainsi Fédamie, paralysée depuis . dix-huit ans, couchée sur un petit lit, passe la nuit précédant le di­manche sous le portique, la nuit étant longue, elle s'endort. A son ré­veil, elle s'aperçoit qu'elle est guérie.

Anagilde, sourd-muet, aveugle et de surcroît perclus, ayant passé " une année entière, couché devant la basilique, est enfin guéri par l'intercession du martyr brivadois.

De cette première basilique, on peut voir encore quelques pierres taillées où sont gravées d'intéressantes sculptures mérovingiennes, ré­utilisées dans les murs de la crypte actuelle.

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C'est désormais dans ce splendide édifice que vont se dérouler les principaux événements religieux du uicus et des environs. Lors des vigiles du dimanche et des grandes fêtes (Noël, Pâques,... celle de saint Ju­lien), clercs et fidèles passent la nuit en prière, chantant des psaumes et des hymnes, écoutant des lectures tirées des saintes Ecritures et leurs commentaires ou homélies. Le jour venu, alors que la basilique res­plendit de nombreuses et splendides tentures, les fidèles assistent à la messe, au cours de laquelle est lue la Passion du saint martyr. La fête se termine par les secondes vêpres ou prière du soir. Ce jour-là, l'af­fluence est si grande que la basilique ne peut contenir tout le monde

Grégoire de Tours nous fait aussi connaître certains détails de la piété des fidèles: prostration devant le ciborium, morceaux de cire provenant des cierges ou de poussière recueillis sur le tombeau du martyr et emportés en guise de reliques. Sur des fragments importants en marbre blanc de l'autel-tombeau, mis au jour lors de la réfection du pavement, on peut constater des creux provenant de l'usure provoquée par cette forme de piété populaire. Les fidèles vouent des animaux à la basilique à l'exemple des Germains qui avaient leurs animaux sacrés.

Ce sanctuaire jouira également du droit d'asile - l'autorité civile n'a pas le droit d'intervenir dans le saint lieu, même pour arrêter un coupable -, droit dont jouissent encore les églises de nos jours. Vers 525, le roi Thierry organise une expédition de représailles contre les notables arvernes qui ont intrigué avec Childebert, roi de Paris. L'ar­mée royale attaque les forteresses de Thiers, Vollore, Chastel-Marlhac et pousse un raid jusqu'à Brioude. Les habitants s'enferment alors dans la basilique. A leur arrivée, les soldats trouvent portes closes. Mais un soldat - ou plutôt un voleur, juge Grégoire de Tours, "car le larron n'entre pas par la porte" -, brise le vitrage d'une fenêtre du sanc­tuaire, pénètre à l'intérieur, se dirige vers les portes pour les ouvrir. L'armée, violant le droit d'asile, s'engouffre alors à l'intérieur et se livre au pillage. Quand le roi apprend cette grave violation, il condamne à mort les principaux coupables.

A mesure que le nombre de pèlerins isolés augmente, des pèleri­nages s'organisent et se renouvellent à époque régulière. Ainsi, saint GaI, évêque de Clermont (527-554), oncle de Grégoire de Tours, insti­tue, à l'occasion de la peste qui sévit en diverses régions de son dio­cèse et qui menace toute l'Auvergne, une procession annuelle de Cler­mont à Brioude. A la mi-carême, les Clermontois iront donc à pied au tombeau de saint Julien, en chantant et en priant tout au long des 360 stades (68 km).

 

Eglise-Mère brivadoise ou groupe paroissial

Selon l'habitude de l'époque, la nouvelle Eglise brivadoise va s'or­ganiser sur le modèle de l'Eglise épiscopale, véritable Eglise-Mère au sens propre (Ecclesia Mater, Ecclesia senior, Domus major), les autres ne l'étant que par analogie. Or, l'Eglise épiscopale comporte au moins trois édifices religieux: le baptistère toujours dédié à saint Jean-Bap­tiste, où les âmes sont engendrées à la vie divine; la cathédrale où l'é­vêque préside les cérémonies liturgiques, assis sur son siège (cathedra), la basilique ou reliquaire monumental, renfermant les restes d'un mar­tyr ou d'un saint ou encore des linges (brandea) ayant touché un corps saint.

Ainsi, au Puy-en-Velay, l'Eglise-Mère proprement dite ou groupe épiscopal comportait au VIe s. : le baptistère Saint-Jean-Baptiste près de la cathédrale, la cathédrale elle-même, déjà dédiée (ou qui le sera) à Notre-Dame; la basilique Saint-Pierre abritant des linges ayant touché le corps de l'Apôtre, sanctuaire appelé de nos jours 'Saint-Pierre-le­Vieux' à cause de son ancienneté; la basilique Saint-Vosy, aujourd'hui détruite, conservant les restes du premier évêque du diocèse; la basi­lique Saint-Georges et, tout près, celle de Saint-Agrève, sanctuaires où reposaient le corps de deux saints évêque du Velay.

A Brioude, l'Eglise-Mère brivadoise comprenait: le baptistère Saint-Jean-Baptiste dont la place Saint-Jean et la statue du Précurseur du Christ rappellent encore l'emplacement, l'église Notre-Dame dont on a découvert récemment le chevet de l'édifice du XIIe, et la basilique Saint-Julien, reliquaire monumental conservant les restes de l'apôtre du Brivadois. Très tôt, d'autres basiliques vont s'édifier autour de ce noyau chrétien primitif, et en tout premier lieu, l'église Saint-Pierre, abritant des reliques (brandea) du chef des Apôtres.

 

Les Abbés laïcs

Contrairement à ce que l'on a cru souvent, l'aristocratie, loin d'être le refuge des traditions ancestrales dans le domaine de la foi, s'adapta assez vite à la nouvelle religion et cela par l'intermédiaire des épouses devenues chrétiennes qui convertissaient leur mari. La conversion de  Clovis par Clotilde est un exemple typique. Selon toute vraisem­blance, la haute aristocratie des royaumes francs du VIe siècle était presque exclusivement chrétienne dans le sens de l'acceptation du Dieu des chrétiens comme seul Seigneur dans les cieux.

A mesure que progresse le christianisme, les grands propriétaires terriens édifient des oratoires au centre de leur uilla, oratoires qui se­ront à l'origine des paroisses dès le Ve siècle.

Déjà, à la fin du IVe siècle, saint Jean Chrysostome exhortait les grands propriétaires à construire des églises dans leur domaine, à les doter "de la somme nécessaire à l'entretien d'un prêtre, d'un diacre, de toute la hiérarchie indispensable".

A partir du IVe siècle, ces sanctuaires commencent à se multiplier en Gaule, non seulement dans les uici mais aussi dans les grands do­maines aristocratiques (uillœ). Saint Martin et ses missionnaires contri­bueront à la christianisation des campagnes.

Le concile de Clermont (541) mentionne expressément des églises établies dans des domaines de riches propriétaires (potentes) et il est probable que plusieurs des plus anciennes églises ont cette origine". Nous savons fort bien que le duc Victorius contribua pour une grande part à l'édification de la première basilique Saint-Julien, appe­lée pour ce motif' basilique de Victorius'.

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Une telle fondation comporte des avantages, car les fondateurs se considèrent comme propriétaires des édifices sacrés bâtis sur leurs terres et à leurs frais. Parmi ces avantages, que les évêques peuvent difficilement refuser, figure le droit de sépulture ou droit d'être inhu­mé tout près du sanctuaire et même à l'intérieur, 'ad sanctos', y compris dans le chœur; les seigneurs justiciers possèdent aussi cet avantage. Ce droit s'étendra même aux membres de leur famille et à leurs successeurs. Les ducs d'Aquitaine et les comtes d'Auvergne, successeurs de Victorius posséderont donc ce privilège.

Pour ce motif, Guillaume le Pieux sera inhumé en la basilique Saint-Julien.

D'autres avantages sont encore réservés aux fondateurs et notam­ment celui de présentation et de nomination, consistant en la faculté de désigner ou de présenter un ecclésiastique (chapelain, curé, prieur, abbé,...) à la tête du clergé desservant; l'institution canonique ou appro­bation, après vérification de la capacité du candidat, étant toutefois ré­servée à l'évêque du diocèse.

Bien intentionnée à l'origine, cette institution va devenir source de nombreux abus. Le laïc possédant le droit de nomination ne choisit pas toujours son candidat, hélas! en fonction de sa vertu et de ses ap­titudes pastorales. Assez souvent, il profite de son privilège pour dé­signer un membre de sa famille, un protégé, un ami,... Parfois même, il vend ce droit au plus offrant. C'est pourquoi les papes lutteront énergiquement pour tenter de réserver à l'évêque les nominations ec­clésiastiques mais, sans y parvenir. La hiérarchie encouragera les fon­dateurs à céder leur droit aux évêques, aux abbayes, aux prieurés.

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A Brioude, les ducs d'Aquitaine et comtes d'Auvergne, vraisem­blablement par suite de leurs hautes fonctions civiles, posséderont longtemps ce droit de collation. Pour ce motif, ils porteront même le titre purement honorifique d'abbés de Brioude.

Ce sera seulement, en 1342, que le pape Clément VI supprimera définitivement l'abbatiat. Ainsi se terminera l'emprise séculière sur le clergé brivadois.

 

Clercs vivant en communauté

Dès l'origine du christianisme, la vie commune est vécue par le col­lège apostolique: le Christ a, durant toute sa vie publique, pratiqué la vie commune avec ses apôtres. Ceux-ci, du vivant même de leur Maître, sont envoyés en mission deux par deux.

Dans la communauté de Jérusalem, où les premiers chrétiens met­taient tout en commun, les Apôtres, qui ont manifestement inspiré cette pratique, doivent donner l'exemple de la vie commune.

En Egypte, les clercs de l'évêché de Rhinocolure, "ont maison et table commune, tout en commun". Eusèbe de Verceil (340-370) vit en communauté avec le clergé de son église cathédrale. A Hippone, dans sa maison épiscopale, saint Augustin (354-430) organise avec ses clercs une communauté fraternelle et leur donne un règlement de vie. Il trouve des imitateurs non seulement parmi les évêques d'Afrique mais au-delà.

Ordonné évêque de Tours, saint Martin (372-397) ne change pas son genre de vie. Il groupe autour de lui, près de son église cathédrale, comme il avait fait auparavant à Ligugé, des compagnons désireux de vivre en hommes de prière, puis fonde, non loin de sa ville épiscopale le monastère de Marmoutier, dans l'intention de faire de ses moines des missionnaires capables d'évangéliser la Gaule. Point de règle en forme, sinon quelque règlement de vie commune. Ses tournées mis­sionnaires aboutissent à l'organisation des premières paroisses rurales et à la création de nombreux monastères.

Le concile de Tolède (531) nous apprend, que dans une partie au moins de l'Espagne, l'évêque mène la vie commune avec ses clercs. En juillet 60l, le pape saint Grégoire le Grand recommande la vie commune à saint Augustin de Cantorbéry: "Parce que votre frater­nité est instruite des règles monastiques, lui écrit-il, elle ne doit pas vivre séparée de ses clercs. Dans cette Eglise d'Angleterre que Dieu vient d'appeler à la foi, il vous faut établir ce genre de vie qui fut celui de nos pères dans les communautés de l'Eglise naissante: aucun d'eux n'appelait sien ce qu'il possédait; mais tout leur était commun";

La vie commune que recommande le pape Grégoire se pratique couramment en Gaule, au VIle siècle, parmi les clercs des églises cathédrales: "La plupart des prêtres et des diacres, voire certains clercs inférieurs demeurent habituellement dans la même maison que l'évêque. C'est la 'maison ecclésiastique' attenant à la cathédrale". Ainsi voit-on, Aymeric, évêque de Clermont, résider dans la maison capitulaire, l'année même où il donne l'Eglise d'Auzon à l'abbaye de La Chaise-Dieu (1117) .Cette habitude de vie commune, pratiquée d'abord par le clergé des cathédrales, va se communiquer à celui de nombreuses paroisses qui comptent un certain nombre de clercs, qu'elles soient urbaines ou ru­rales. Dès lors, on distinguera le Chapitre cathédral du Chapitre collé­gial, l'un et l'autre composés de clercs appelés chanoines, qui ne sont pas des moines, même s'ils sont dirigés par un abbé. Tel semble être le cas pour le clergé desservant les divers sanctuaires brivadois et chargé également du soin des âmes (cura animarum). Ici, l'habitude de la vie commune, associée au souci pastoral et à la louange divine aboutira à la constitution du Chapitre Saint-Julien à Brioude, du Chapitre Saint­-Laurent à Auzon, du Chapitre Saint-Germain à Saint-Germain-Lem­bron,...

Grégoire de Tours parle explicitement du 'monastère' (monasterium) brivadois, d'un moine (monachus) du lieu. Ces termes nous indiquent donc que les clercs brivadois mènent la vie commune, mais il n'est pas possible de préciser davantage. Les clercs de Saint-Julien suivent-ils la règle des moines - celle de saint Martin ou celle de saint Augus­tin ?.. - ou alors celle des chanoines? Dom Mabillon reconnaît humblement ne pas pouvoir l'indiquer de façon certaine. Per­sonnellement, étant donné que les documents ne mentionnent aucun sanctuaire en ce lieu dédié à saint Martin ou à saint Augustin, je pen­cherais plutôt vers une communauté canoniale et cela, d'autant plus, que le Cartulaire en parle dès le IXe siècle.

 

Chapitre Saint-Julien

Arrêtons-nous un instant sur le terme 'chanoine'.

Au sens étymologique, ce mot désigne le clerc qui est inscrit au ca­non, c'est-à-dire sur la liste, le catalogue, le registre ou la matricule d'une Eglise. Ce terme est utilisé au moins dès le concile d'Antioche (332).

Vers la fin du VIe siècle, le chanoine (canonicus) est celui qui mène une vie commune avec l'évêque dans la cité épiscopale ou avec le curé dans la paroisse. Bien que les chanoines se distinguent des moines, la maison où ils vivent prend même l'appellation de 'monastère' (monasterium). Les toponymes Monistrol, en France ou en Espagne, pourraient rappeler cette ancienne institution.

Au milieu du VIlle siècle, saint Chrodegang, évêque de Metz, ré­dige une règle pour ses chanoines afin de parer au relâchement qui règne dans son clergé. Cette règle est bientôt adoptée par beaucoup d'Eglises.

Les chanoines vivent en commun, et la clôture de leur résidence est presque aussi stricte que celle des moines; ils ont réfectoire et dortoir communs; leur office est sensiblement celui des moines.

En 816, le concile d'Aix-Ia-Chapelle promulgue une nouvelle règle développant celle de Chrodegang, dans le but de rendre uniformes des lois pour tout l'Empire.

Mais d'aucuns trouvent difficile de concilier ce nouveau règlement avec les exigences du ministère pastoral. Un relâchement général s'en­suit. Les chanoines qui, malgré tout, restent fidèles à la règle de 816, sont alors appelés chanoines réguliers, pour les distinguer des autres, les chanoines séculiers.

Pour éviter tout abus dans la conduite des gens d'Eglise, un capitu­laire de 802 prescrit une enquête sur leur science, la manière d'admi­nistrer les sacrements et célébrer l'office divin, mais "avant tout sur leur manière de vivre, [d'observer) leur chasteté, et sur la façon dont ils donnent l'exemple au peuple chrétien". Nombreux sont les textes relatifs à la bonne conduite du clergé. La vie commune serait d'un grand secours pour le maintien d'une discipline exacte. Il faudrait, es­time l'empereur Charlemagne, que la pratique de la vie commune se généralise et s'étende même aux paroisses rurales, afin que les prêtres mènent la "vie canonique" avec les clercs inférieurs.

 

Rôle du Chapitre Saint-Julien

L'une des premières fonctions du Chapitre Saint-Julien est la louange divine: rendre à Dieu un culte plus solennel, notamment par le chant de l'office à heures régulières ou heures canoniales - matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres et complies - et la célébration quotidienne de la messe.

Parmi ses autres devoirs, il doit garder le saint sacrement dont il possède une clef, tout en remettant une autre au curé; veiller à l'obser­vation des lois liturgiques au cours des cérémonies accomplies par le curé ou ses vicaires; avoir soin de l'église, gérer ses biens et faire un bon usage des legs pieux.

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Un autre rôle très important du Chapitre est de s'occuper de l'ensei­gnement.

A côté des écoles monastiques ou claustrales, qui se développent au VIe siècle parallèlement aux écoles épiscopales ou cathédrales, dont le but des unes et des autres est l'instruction et la formation des futurs clercs, existent les écoles de charité, apparues dès le Ille siècle. Celles­-ci seront à l'origine des petites écoles, fondement de la formation élé­mentaire. Basé sur la transmission de la connaissance des textes sa­crés, l'enseignement chrétien dispense aux clercs l'acquisition de la lecture, de l'écriture et du calcul, et s'élargit progressivement aux élèves non destinés à la cléricature. Le 2e concile régional de Vaison (529) fait obligation à tous les prêtres, chargés de paroisse, d'ouvrir des écoles canoniales ou collégiales, et les capitulaires de Charlemagne, recommanderont aux évêchés et aux monastères d'enseigner les psaumes, le chant, le comput, la grammaire.

Dans le diocèse de Clermont dont Brioude fera partie jusqu'en 1317, citons notamment pour mémoire, outre l'école Saint-Julien de Brioude, l'école Saint-Sirénat de Billom qui deviendra Université à l'époque carolingienne, celle d'Issoire que fréquentera, vers l'an 600, saint Préjet, natif de Vézezoux,. . .

Comme nous le verrons plus loin, l'école brivadoise prendra davan­tage d'importance à l'époque carolingienne sous l'impulsion de Char­lemagne.

 

Rôle du curé

Parmi les clercs brivadois menant la vie commune, certains se consacrent tout spécialement aux tâches pastorales. Ce groupe est di­rigé par le curé ou recteur.

Nous connaissons l'un des premiers curés ou recteurs de la basi­lique Saint-Julien: il s'appelle Publianus, est chef du presbyterium brivadois et passe une grande partie de la journée dans ce sanctuaire. Homme vraiment pieux, avant de guérir un aveugle qui le supplie de faire le signe de la croix sur ses yeux malades, il se prosterne d'abord devant le tombeau de saint Julien et implore le secours du martyr par une longue prière.

Comme le mot l'indique, le curé a principalement pour rôle le soin des âmes (cura animarum). Cette responsabilité est un devoir pastoral et paternel.

De cette charge découlent plusieurs obligations. Elles consistent notamment à organiser le service paroissial et pastoral, assister les pauvres, prendre soin des malades, assurer l'hospitalité.

Voyons de plus près ces diverses obligations.

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Service paroissial et pastoral - Le curé, qui a charge d'âmes, doit organiser le service paroissial, prendre les mesures pratiques né­cessaires pour l'ordre et la bonne marche de la paroisse, de concert avec les clercs séculiers sur place. Avec ses subalternes, il s'occupe tout particulièrement de l'exercice du culte, préside les offices litur­giques, administre les sacrements, entend les confessions et absout, dans les limites de sa paroisse, même les étrangers - les confessions ne se généraliseront qu'au VIle siècle, avec l'arrivée des moines irlan­dais -, fait progresser les fidèles dans les connaissances religieuses par l'enseignement catéchétique approprié, les prônes et homélies, ré­prime les abus, encourage les habitudes chrétiennes,... En un mot, il s'occupe, avec zèle, dévouement et charité, du service paroissial et pastoral. Mais d'autres fonctions lui incombent.

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Plus tard, Charlemagne demandera aux responsables des Eglises d'entretenir les clercs, restaurer les sanctuaires, nourrir les pauvres et les pèlerins (vagi), assumer la charge de l'enseignement public.

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Assister les pauvres, prendre soin des malades (hôpitaux) - Le rôle social du curé ne se limite pas uniquement aux tâches pastorales. Il doit encore assister les pauvres et les mendiants de sa paroisse, pré­voir pour eux un budget spécial chaque année, afin de venir en aide aux nécessiteux.

A Brioude, les pauvres sont inscrits sur un registre appelé matri­cule. Dans cette liste sont recensés les pauvres, dits 'matriculaires', qui sont nourris, logés, employés par le clergé d'une église ou d'un monastère. Grégoire de Tours évoque l'existence de la matricule bri­vadoise: un père de famille, écrit-il, étant venu à Brioude pour obtenir auprès de saint Julien la guérison de sa fille devenue presque aveugle, suite à une maladie des yeux, fait distribuer un repas aux pauvres de ce lieu inscrits sur la matricule. Pendant que ces derniers sont à table, la jeune fille supplie son entourage de la conduire auprès de l'autel-­tombeau du saint martyr. Avant même de s'être prosternée sur le sol et d'avoir prié, elle se trouve guérie. Son père, ravi de joie, la ramène à la maison.

Parmi les nécessiteux, les malades et notamment tous ceux qui souffrent doivent attirer particulièrement l'attention du curé. Ainsi, avons-nous déjà vu le recteur Publianus guérir un aveugle qui le suppliait.

Bien des conciles, depuis celui d'Orléans, en 511, ont fait un devoir aux évêques d'assurer nourriture et logement aux pauvres et aux ma­lades de leur diocèse, de même qu'aux voyageurs. Ainsi, "au VIe siècle et dans la première partie du VIle, les évêques et quelques laïcs ont ébauché le premier équipement hospitalier de la France". Selon les documents, le premier hôpital mentionné est fondé par saint Césaire d'Arles (503-543), le second, à Clermont, par l'évêque saint Préjet (665­676).

A l'exemple des évêques, les curés se font un devoir de prendre soin des malades. Certains d'entre eux, notamment ceux des paroisses importantes, fondent ou entretiennent un hôpital, où les malades sont logés, nourris et soignés gratuitement. Brioude possédera son hôpital.

 

Le Castrum Victoriacum

Grâce à la charte 339 du 4 juin 825, nous savons pertinemment que la basilique Saint-Julien se situait dans le uicus, près du castrum Vic­toriacum ("ecclesiam ubi sanctus Iulianus martyr corpore requiescit. quae est constructa in uico Briuatensi, non procul a castro Victoriaco"). Primitivement, seule la résidence comtale devait être ainsi désignée mais, très vite cette appellation s'étendit à l'ensemble fortifié.

Comme le nom l'indique, le comte Victorius, après avoir contribué à l'édification de la basilique Saint-Julien, entoure d'une enceinte for­tifiée ce sanctuaire ainsi que l'ensemble des bâtiments ecclésiastiques et la résidence ducale ou comtale - luxueuse uilla urbana, près de la nécropole septentrionale qui prendra par la suite le nom de 'comtalia' - car après la chute de l'Empire, les temps ne sont pas sûrs.

Au siècle suivant, l'église Notre-Dame sera élevée à l'intérieur de cet ensemble fortifié qui deviendra progressivement le noyau de la nouvelle agglomération.

En 817, un document tiré du Cartulaire mentionne expressément "l'Eglise de saint Julien, martyr, sise au 'Castrum Victoriacum' et dirigée par l'abbé Ferréol" (ch. n° 252). Par Eglise, avec une majus­cule, il faut entendre ici non seulement le sanctuaire lui-même mais encore l'ensemble des bâtiments ecclésiastiques.

Un autre document du Cartulaire, non daté mais antérieur à l'an mille, mentionne également de façon explicite "l'enceinte (castellum : fortification érigée autour d'une abbaye) qui entoure l'église" (ch. n° 20).

Le castrum Victoriacum fut reconstruit à l'époque carolingienne en même temps que la basilique incendiée.

Les substructions de cette enceinte existent encore dans les caves; elles sont imposantes, mesurant jusqu'à 3,50 m par endroits. On y re­marque même, au niveau du sous-sol, un spectaculaire puits circulaire en appareil régulier et polychrome, ouvrant sur l'intérieur. Au début du XXe siècle, M. Feuillarade, architecte en a dressé les plans, de fa­çon précise et très exacte.

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Malgré ces documents irréfutables, son emplacement a été contesté bien à la légère, au cours du XXe siècle. On a même pris les substruc­tions d'un ancien puits de mine fonctionnant encore au début du siècle près de Rilhac, pour les vestiges du Castrum Victoriacum !...

Et pourtant déjà, à la fin du siècle dernier, un érudit, qui publiait dans l'Abeille brivadoise d'intéressants articles sur le Chapitre Saint-­Julien, écrivait dans ce même journal: "ce fort s'élevait sur le terrain où sont notre hôtel de ville et ses dépendances". Cet emplacement était exact mais un peu restreint.

En 1907, deux éminents archivistes, Auguste Chassaing et Antoine Jacotin, écrivaient à leur tour dans le précieux Dictionnaire topogra­phique du département de la Haute-Loire: '''Castrum Victoriacum', château édifié sur l'emplacement qu'occupe actuellement l'hôtel de ville de Brioude". Les contestataires auraient été bien inspirés de consulter cet ouvrage indispensable, avant de publier des inepties!

 

 La prétendue Milice Saint-Julien

La tradition relativement récente de l'Eglise Saint-Julien nous ap­prend l'existence, dès le Ve siècle, d'une Milice brivadoise d'un genre spécial:

" Plusieurs seigneurs d'Auvergne, lit-on dans l'Histoire manuscrite, s'établirent à Brioude... pour protéger le grand nombre de pèlerins qui se rendaient de tous les pays en dévotion au tombeau du saint martyr et qui couraient le risque de périr ou d'être volés, traversant une vaste et immense forêt avant d'y arriver, et enfin pour combattre plusieurs autres ennemis qui faisaient des irruptions dans l'Etat et qui venaient aussi dévaster le pays de Brioude,...

Ces nobles et valeureux guerriers, au nombre de 80, furent dotés et stipendiés du patrimoine de l'Eglise ainsi qu'il était d'usage et de règle dans les anciennes basiliques, qui toujours avaient [eu] des protecteurs... "

Ces valeureux défenseurs du tombeau de saint Julien" s'étaient fait des lois et des statuts entre eux et, pour être aussi reconnus de tout le monde, ils portaient une médaille suspendue au col par un ruban noir. Ils avaient leur sceau particulier représentant quatre chevaliers armés de toutes pièces, montés sur un même cheval, autour duquel sceau était l'inscription «sigillum militum Briuatensium»,... duquel ils firent usage pendant plusieurs siècles...

Enfin, la religion chrétienne plus affermie, les troubles de l'Etat devenus aussi plus tranquilles, les ennemis dissipés, leurs descentes et leurs irruptions n'étant plus aussi fréquentes, les anciens documents de l'Eglise de Brioude nous apprennent que ces 80 chevaliers, qui possédaient une grande partie du patrimoine de cette basilique, furent commués par les souverains pontifes, en un nombre égal de chanoines nobles... "

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Faut-il prendre ce texte au pied de la lettre? - Il ne semble pas.

Ni le Cartulaire de Brioude, ni les documents anciens n'évoquent l'existence de pareille institution. Grégoire de Tours, qui connaissait bien Brioude pour y avoir été en pèlerinage à pieds, ne parle jamais de cette prétendue Milice

Le savant bénédictin dom Mabillon, évoquant les démêlés de Gallus, évêque de Clermont, et de Félix, abbé de Brioude (v. 649), en profite pour rappeler brièvement les origines de l'Eglise Saint-Julien. Il avoue humblement ne pouvoir préciser avec certitude la nature exacte (chanoines ou moines) et la composition de la communauté briva­doise sous l'obédience, au moins théorique, d'un abbé. Mais il ne fait aucune allusion à la Milice.

On pourrait invoquer d'autres motifs contre l'existence de cette prétendue Milice. Contentons-nous de remarquer que le sceau dont il a été ci-dessus question, représentant "quatre chevaliers armés de toutes pièces, la lance en arrêt, galopant à gauche", sur lequel on peut lire l'inscription:

" SIGILLUM : PACIS : MIL/TV: BRIVATENEVM'"

ne figure sur aucune charte, n'a jamais servi ni à la Milice Saint-­Julien, ni au Chapitre, et s'avère être plus récent qu'on ne pense. Il a trait à une institution se rattachant à la confrérie des Capuchonnés. Cette confrérie, fondée par un artisan auvergnat, le charpentier Durand Delort, prit naissance au Puy vers la Saint-André 1182 et eut pour but le rétablissement de la paix par la destruction des Routiers qui désolaient alors la France.

Ce sceau serait donc celui d'une confédération des chevaliers bri­vadois ligués contre les Capuchonnés ou contre les Routiers. A son sujet, les chroniques locales sont muettes. Mais cette confédération ne peut être assimilée à la prétendue Milice Saint-Julien antérieure au IXe siècle.

En somme, l'idée d'hommes d'armes mués en chanoines ne peut être retenue. Il s'agit d'une confusion regrettable, vraisemblablement intentionnelle, ayant pour but de justifier la noblesse du Chapitre, et ne remontant qu'à l'époque (v. XVIe 5.) où les chanoines voulaient s'at­tribuer le titre purement honorifique et indu de 'comtes'.

 

Gouvernement de Chramm

La politique de fusion entre Romains et Francs, pratiquée intelli­gemment par Théodebert puis par Thibaud, est abandonnée par Clothaire qui confie l'Aquitaine à son fils Chramm, en lui ordonnant de résider à Clermont et de mater cette région turbulente.

Ce nouveau gouverneur provincial pratique une politique très per­sonnelle et cherche à se créer un parti de fidèles; "Ne s'étant entouré que de personnes de basse condition, versatiles de par leur jeune âge, affirme Grégoire de Tours, il n'affectionne qu'elles, au point de suivre leurs conseils, et leur ordonne par des préceptes d'enlever de force des filles de sénateurs". Acte immoral, bien sûr, mais aussi politique: en enlevant aux futurs maris les terres de ces jeunes et riches héri­tières, il dépouille les grands propriétaires nobles et implante en même temps en Aquitaine un parti de fidèles richement dotés et alliés aux plus grandes familles.

"De plus, il destitue le comte de Clermont Firmin pour donner sa place à l'un de ses protégés, Saluste, fils d'Evodius, apparenté à l'an­cien comte Hortensius. Il n 'hésite pas à violer le droit d'asile de la ba­silique Saint-Julien de Brioude pour en expulser Firmin et Césarie, sa belle-mère, et confisquer ensuite tous leurs biens".

Voici comment l'évêque de Tours raconte le fait:

"Firmin se réfugia à l'église avec sa belle-mère. On était alors en carême et l'évêque Cautin (554-571) se disposait à aller dans la pa­roisse de Brioude en psalmodiant, selon le rite institué par saint Gall,... L'évêque sortit donc de la ville, versant d'abondantes larmes, craignant qu'il ne lui arrivât quelque malheur en chemin, car le roi Chramm lui-même l'avait menacé. Pendant qu'il était en route, le roi dépêcha Immachaire et Scapthaire, les premiers de sa suite, en leur disant: «Allez et faites sortir de force de l'église Firmin et Césarie, sa belle-mère». Tandis que l'évêque s'éloignait avec le chœur des chantres,... les envoyés de Chramm pénétrèrent dans l'église et tentè­rent de persuader Firmin et Césarie, par des propos mensongers.

Après avoir longtemps parlé de choses et d'autres en déambulant à travers l'église, alors que les réfugiés écoutaient avec attention ce qui se disait, ils s'approchèrent des portes de l'édifice sacré, qu'on avait ouvertes. A ce moment, Immachaire, saisissant dans ses bras Firmin, Scapthaire et Césarie, les poussèrent hors de l'église où des esclaves apostés s'emparèrent d'eux. On les dirigea aussitôt vers l'exil.

Mais, le lendemain, tandis que leurs gardes dormaient profondé­ment, se sentant libres, ils se réfugièrent à la basilique du bienheureux Julien et échappèrent ainsi à l'exil. Toutefois, leurs biens furent confisqués. Quant à l'évêque Cautin, comme il redoutait d'être à son tour violenté et qu'il avait près de lui un cheval sellé pendant qu'il poursuivait son chemin, il vit venir à sa rencontre des cavaliers.

«Malheur à moi! s'écria-t-il; voilà des gens que Chramm a dépêchés pour s'emparer de moi». Grimpant donc sur le cheval et abandonnant son cortège, il poussa sa monture des deux éperons et galopa seul jus­qu'au portique de la basilique Saint-Julien où il parvint presque in­animé" .

Bien que ce texte ne soit pas aussi explicite que nous le souhaite­rions, nous y trouvons plusieurs détails concernant la basilique Saint-­Julien: la procession de la ville de Clermont au tombeau du martyr brivadois, cérémonie qui se déroulait en carême, à pieds, au chant des psaumes, tout au long des 360 stades (68 km); le droit d'asile accordé à ce saint lieu; le portique à colonnades dû à la générosité du comte Victorius.

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Devant la politique personnelle de Chramm se constituent sans doute deux partis parmi l'aristocratie sénatoriale: certains le poussent sur la pente de la révolte et de l'indépendance, d'autres essaient de le dissuader. Cette situation aboutit vraisemblablement à un complot aristocratique, en 556, pour échapper à la puissance franque et créer un royaume d'Aquitaine. Ce complot local se double d'un complot avec Childebert. En effet, Chramm conclut un traité secret avec ce dernier contre son propre père et cela pour conquérir son indépen­dance. Il établit sa résidence à Poitiers, revient à Limoges et s'empare du pays parcouru.

Clotaire réagit en envoyant deux de ses fils contre Chramm, mais celui-ci évite le combat en leur annonçant mensongèrement la mort de leur père. La ruse réussit et permet à Chramm de s'emparer de Châlon. Par contre, la mort de Childebert, en 558, brise net la consolidation du royaume.

Peu de temps après, Chramm sera battu, "fait prisonnier, ligoté et enfermé avec sa femme et ses filles dans une chaumière, quelque part dans le Vannetais. Le père fait alors étrangler son fils avec un mou­choir puis ordonne de mettre le feu à l'habitation". Désormais, le royaume en son entier est aux mains de Clotaire.

Ateliers monétaires

A l'époque mérovingienne, Brioude prend davantage d'importance, due sans doute à l'affluence des pèlerins. A ses fonctions rurales, commerciales, artisanales, religieuses qui se développent, viennent s'en ajouter d'autres. Un ou peut-être plusieurs ateliers monétaires s'y installent.

Les numéraires impériaux tendant à disparaître, des monnaies mé­rovingiennes, triens d'or ou tiers de sou, sont frappées dans des ateliers francs. Quand la frappe échappe à l'autorité royale, divers ateliers se multiplient. L'Auvergne a les siens dont la production se reconnaît aux lettres AR frappées au revers.

On conserve aujourd'hui plusieurs monnaies de cette époque por­tant le nom de uicus Briuatensis. Elles sont toutes en or. Certaines pourraient avoir été frappées à Brive (Corrèze), dont le toponyme est de même origine, mais d'autres sont typiquement brivadoises, car la lé­gende AR figure au revers. Quelques unes sont frappées au nom de l'Eglise Saint-Julien. Ainsi pouvons-nous connaître le nom de plu­sieurs monétaires brivadois : Framulenus, Preserius, Audiricus, Ma­nulfus, Faustinus, Ursius, Moderatus, Senoaldus,...

Plus tardivement, à la fin du dernier quart du VIle siècle et au cours du VIlle, des deniers d'argent mérovingiens sortent des ateliers briva­dois. Il est même possible d'attribuer à Brioude une pièce de Charles le Chauve portant la légende BRIVIO VICI, conservée à la bibliothèque nationale.

Mais le monnayage brivadois dont on conserve le plus grand nombre de spécimens est sans conteste celui émis au nom de Guil­laume le Pieux, abbé de Brioude (893-917). C'est l'un des premiers monnayages indépendants de la Francie occidentale, datant du début du Xe siècle. Certaines de ces productions ont été retrouvées jusqu'en Hongrie. Prospère à cette époque, ce monnayage cesse par la suite, peut-être après avoir connu plusieurs interruptions.

 

Faits divers

Dans le livre de Grégoire de Tours, dédié à la gloire du martyr Ju­lien, nous remarquons certains récits anecdotiques concernant les Bri­vadois.

A l'époque mérovingienne, on pratique la transhumance. A la belle saison, sur les pentes boisées et montueuses du Cézalier, un berger garde les troupeaux de brebis appartenant au clergé de la basilique.

Des rixes peuvent survenir. Un homme, au cours d'une violente ba­garre qu'il a provoquée, perd un œil. Son adversaire fuit immédiate­ment dans la basilique pour profiter du droit d'asile.

Des querelles peuvent surgir même au cours de cérémonies reli­gieuses. Ainsi, un jour que les païens célèbrent leur liturgie dans le temple où on adore les statues de Mars et Mercure, s'élève une que­relle entre deux jeunes gens. L'un d'eux tire son épée pour tuer l'autre. Celui-ci, voyant qu'il n'a aucune grâce à attendre et qu'il n'est pas pro­tégé par les idoles, court se mettre à l'abri dans le mausolée de saint Julien.

Des vols se commettent. Un pauvre homme très religieux, étant venu à la fête de saint Julien, attache son cheval puis pénètre dans la basilique dédiée au saint martyr. Là, il assiste debout et immobile aux cérémonies de la vigile, et passe la nuit en prière au milieu des fidèles. Quand paraît le jour, il retourne à l'endroit où il avait laissé son cheval mais, déception, il ne le trouve pas. Il parcourt la ville, sans succès. Deux jours après, il revient encore sur ses pas et s'enquiert auprès des habitants, sans pouvoir recueillir le moindre renseignement. Il entre alors dans la basilique pour prier. En sortant, il voit de loin un homme qui tenait son cheval. Il s'approche, l'interroge pour connaître son identité, savoir d'où il vient, depuis quand il a ce cheval?.. Il apprend alors que celui-ci a trouvé ce cheval abandonné pendant qu'il priait.

Autre fait analogue: au cours de la vigile d'une fête, quelqu'un vole le cheval d'un homme venu à l'occasion d'une solennité. Il enfourche la monture et part chez lui. Alors que le jour commence à poindre, se croyant près d'arriver, il s'aperçoit qu'il a tourné en rond pendant la nuit. Pris de remords, craignant alors que son vol ne soit connu, il ramène discrètement le cheval à l'endroit où il l'avait pris.

De tout temps, la cupidité a entraîné des gens au vol. Le jour de la fête de saint Julien, un homme du peuple reste en admiration devant le nombre et la beauté des tentures dont resplendit la basilique. La convoitise s'empare de lui. Tandis que les fidèles sortent après la prière du soir, il se cache dans un coin de la basilique et, lorsque tout est rentré dans le silence nocturne et que la nuit noire enveloppe la ville, il sort de sa cachette, court vers la grille entourant le ciborium, arrache la croix incrustée de pierres précieuses, la jette à terre, détache les tentures recouvrant les murs, en fait un paquet qu'il met sur ses épaules, prend la croix à la main et regagne sa cachette, en attendant que le gardien ouvre le sanctuaire, puis s'endort. Mais, au milieu de la nuit, les gardiens, en faisant leur ronde, aperçoivent dans un angle le reflet éclatant d'une pierre précieuse de la croix. Intrigués par cette lumière insolite, un cierge à la main, ils découvrent le coupable cou­ché sur les objets volés. Ils le mettent aussitôt en garde à vue jusqu'au matin. Le jour venu, il avoue sa faute, disant s'être endormi de lassi­tude après avoir fait de multiples fois le tour du sanctuaire avec son fardeau, sans pouvoir trouver une issue pour en sortir.

Un pâtre nommé Ingenuus, mais ingénu de nom seulement, ironise Grégoire de Tours, se laissant dominer par la cupidité, convoite les terres de la basilique et finit même par s'en emparer. Quelques clercs sont envoyés auprès de lui pour lui faire remarquer son vol. Mais le pâtre ne veut rien entendre. Tout au contraire, il retourne son arme contre eux et les fait fuir à coups de flèches.

Un jour de la fête de saint Julien, l'affluence est tellement grande qu'un clerc venu de Limoges ne peut ni s'approcher du tombeau du martyr, ni même pénétrer dans le sanctuaire.

La fontaine Saint-Julien opère de nombreuses guérisons. Souvent les aveugles, après en avoir humecté leurs yeux, recouvrent la vue. Quiconque est atteint d'une grave maladie guérit après avoir bu de l'eau de cette source. Pour obtenir la guérison, les malades puisent de l'eau, se lavent le visage, s'arrosent la tête, en remplissent des fioles pour la faire bénir.

Au temps de l'évêque Cautin (553-572), une épidémie de peste in­guinale ou peste bubonique, caractérisée par l'apparition de gros ganglions indurés à l'aine, au cou, dans les creux axillaires, sévit en Auvergne. Elle s'accompagne de fièvre persistante, de confusion ou délire et aboutit à la mort.

Un habitant aisé de Reims avait fait construire, dans les faubourgs de la ville une basilique en l'honneur de saint Julien. L'édifice terminé, il se rend à Brioude, demande pieusement au clergé brivadois des reliques du saint martyr. En ayant obtenu, il s'en retourne en chantant des psaumes et louant Dieu. Sur le chemin du retour, les reliques de saint Julien opèrent des miracles, délivrant notamment un possédé du démon. Arrivé à Reims, il met la châsse du saint dans la basilique qui lui est dédiée. Cette église persistera jusqu'à la Révolution. Elle est complètement détruite aujourd'hui.

Une dame des environs de Saintes (Charente-Maritime), nommée Victorine, issue de noble race, fait construire au centre de sa uilla une basilique dédiée à saint Julien. Elle y met des reliques du saint martyr. Un certain jour, une femme, aveugle de naissance, arrive en ce lieu, pénètre dans le sanctuaire et se met en prière, trois jours durant. Le troisième jour, fête de saint Jean-Baptiste, au cours des lectures litur­giques, elle recouvre la vue. Toute l'assistance bénit alors le Seigneur. - Retenons de ce récit et du précédent que ce sont les gros proprié­taires terriens qui, à mesure que les campagnes se christianisent, font construire des édifices religieux au cœur de leur uilla, sanctuaires qui seront à l'origine d'un grand nombre de paroisses rurales.

 

V          Epoque carolingienne

 

Le principat d'Auguste donne une importance spéciale aux membres de son entourage (amici Caesaris). Lorsque le prince voyage, ils sont ses compagnons (comites Caesaris ou comites Augusti). Ils reçoi­vent parfois des fonctions précises ou des magistratures tradition­nelles. Au Bas-Empire, certains possèdent des fonctions très précises. Au Moyen-Age, les comtes, au sens romain du terme, disparaissent avec l'Empire. Dès la période mérovingienne, profitant de l'affaiblis­sement du pouvoir royal, ils tendent à se fixer au sol, là où quelque mission les a installés.

Sous les premiers carolingiens, spécialement sous Charlemagne, les comtes redeviennent des agents du souverain, chargés d'une mis­sion précise et temporaire (commandement militaire, administration d'une province,...), et contrôlés par les missi dominici.

Duché et comté

- Chez les Francs, sous les rois mérovingiens, le duc (dux) était le délégué du roi, préposé à une circonscription très étendue, le duché, lequel se divisait en plusieurs comtés (comitati). Cet agent royal était chargé du commandement militaire et de la justice. Le comté, subdivision du duché, était gouverné, comme le mot l'in­dique, par un comte (cornes) : agent du souverain, à la fois juge et commandant militaire. Le comté se subdivisait à son tour en vicomtés. Charlemagne multipliera les comtes et s'évertuera à limiter la puis­sance des ducs.

Le Brivadois, le Langeadois, la vicomté du Velay,... dépendent alors du comté d'Auvergne, compris dans le duché d'Aquitaine 1ère qui, comme il a été dit, avait pour capitale Bourges.

Vicairie

- La circonscription (pagus) de Brioude, appelée fré­quemment dans les chartes 'comté de Brioude' (comitatus Briuatensis), à tort d'ailleurs, était divisée en neuf vicairies : Arlanc, Brioude, Chanteuges, Saint-Beauzire, Saint-Georges d'Aurac, Nonette, Usson et la partie orientale de la uicaria Bonorochensis dont le chef-lieu n'a pas été identifié. Brioude est donc une 'vicairie', terme administratif et fiscal d'époque, qu'il ne faut pas confondre avec le terme ecclésias­tique actuel désignant la fonction du subalterne du curé.

D'origine antérieure à l'époque carolingienne - la vicairie existait chez les Wisigoths et les rois francs -, la vicairie est la circonscrip­tion où le vicaire (uicarius) ou viguier (ou encore vigier) exerce sa fonc­tion administrative et juridique, relative à la basse justice, chargé de poursuivre tous les fauteurs de désordre, concernant notamment les homicides, rapts, incendies, vols. En son tribunal public, entouré d'un grand nombre de boni homines, il rend la justice. La vicairie est donc une circonscription correspondant un peu à nos cantons actuels.

La vicairie (uicaria seu aicis) de Brioude, signalée vers 1033, très étendue, était limitée par celle de Nonette, au nord; d'Embron (Lem­bron) et Bonne-Roche, au nord-ouest; de Saint-Beauzire, Moissac, Massiac, à l'ouest; de Rageade, au sud-ouest; de Chanteuges et d'Au­rac, au sud; de Lugeac, à l'est, d'ArIanc, au nord-est.

Elle se subdivisait en uillas et notamment: Ronaye, Mailhac, Ber­goide, Gizac, Boubaire, Vendage, Lubilhac, Villeneuve-d'Allier, Ta­ponet, Senèze, Saint-Préjet-Armandon, la forêt de Lamandie. Elle cor­respondait aux communes actuelles d'Agnat, Auzon qui deviendra vi­cairie par la suite, Beaumont, Bournoncle-Ia-Roche, Brioude, Cha­breuges, Chaniat, Fontannes, Javaugues, Mercœur, La Mothe, Paul­hac, Paulhaguet, Saint-Beauzire en partie, Saint-Didier-sur-Doulon,

Saint-Géron, Saint-Hilaire, Saint-Ilpize, Saint-Just, Lavaudieu, Ver­gongheon, Vézezoux, Vieille-Brioude et Villeneuve-d'Allier.

La vicairie de Saint-Beauzire (aicis Catiracensis seu uicaria Cheriacen­sis) englobait les communes de Saint-Beauzire en partie, d'Espalem et de Lorlanges.

Celle de Lugeac (jadis paroisse, commune supprimée en 1842) qui céda son titre, au cours des premières années du Xe siècle, à Comps (Lavaudieu), comprenait la basse vallée de la Sénouïre, depuis Paulha­guet jusqu'à son confluent avec l'Allier.

Villa

- Le terme uilla ou subdivision de la vicairie désigne alors un district fiscal et un ensemble de revenus fiscaux provenant de l'impôt foncier. A l'époque carolingienne, les mots mansus, uilla, uicaria évoquent, non un habitat ou un chef-lieu, mais une superficie plus ou moins grande, une subdivision fiscale, administrative ou juridique, de même que les termes actuels commune, paroisse, canton, département,... éveillent en nous l'idée de subdivisions territoriales, administratives, plutôt que le chef-lieu de cette commune, de cette paroisse, de ce canton,. . .

Cependant, les uillœ ne sont pas des latifundia (grands domaines) de plusieurs centaines d'hectares, voire même de plusieurs milliers. Ce sont plutôt des villages avec les terres d'exploitation, formant chacun une uilla et se trouvant dans le dominium d'un propriétaire éminent. Celui-ci détient des responsabilités, notamment les prélèvements fis­caux, et sert d'intermédiaire entre l'Etat et les humbles. "Mais ces derniers n'étaient pas réduits au rang de fermiers ou d'esclaves: l'im­mense majorité des paysans était propriétaire d'au moins une partie des terres qu'ils cultivaient. La lecture [des œuvres] de Grégoire de Tours laisse entrevoir une situation particulièrement riche et mobile de la vie sociale en Gaule à la fin du VIe s. ".

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A cette époque, l'impôt foncier se décompose généralement en deux contributions:

1 - Le cens (census) qui représente un impôt fixe dont on s'acquitte en argent ou en nature, en trois ou quatre termes, selon le système ro­main. C'est pourquoi, il existe, dans la uilla, un entrepôt, un cellier (cellarium fisci), destiné aux denrées prélevées par le fisc (grain, vin, viande,...).

2 - Autre impôt, le service (seruitium) et notamment la corvée qui représente une contribution en journées de travail ou œuvres (opera); celles-ci peuvent être publiques (opera publica) : construction de routes, de remparts, travaux sur les fiscs,... Encore au début du XXe siècle, à la campagne, chaque chef de famille devait participer aux prestations - impôt communal affecté à l'entretien des chemins vicinaux et payable en argent ou en nature -, plusieurs jours par an.

Manse

 - La uilla se subdivise en manses et en comprend un nombre plus ou moins grand suivant son importance. Comme la uilla, le manse désigne, non la maison elle-même, mais une parcelle de terre habitée suivant une évaluation fiscale.

Le manse est donc le sous-multiple de la uilla, l'unité fiscale de base pour une uilla, tout au moins dans la zone "amansée", car toute la surface du district n'est pas forcément divisée en unités fiscales.

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Tels sont les termes administratifs et fiscaux de l'époque carolin­gienne que l'on trouve notamment dans les Cartulaires et les écrits de cette époque. D'autres, dont les droits s'imbriqueront avec les précé­dents, vont apparaître à l'époque féodale, tel celui de baron.

Ce terme désignera tout à la fois les grands personnages du royaume (hauts barons) et tout seigneur, vassal du roi ou de ses grands feudataires, qui, au XIIe siècle, posséderont un château, puis plusieurs, au XIIIe siècle. Dans la hiérarchie nobiliaire, le baron occupera la première place après le vicomte.

 

Incendie du 'castrum Victoriacum'

Profitant des troubles de l'anarchie franque, les musulmans d'Es­pagne franchissent les Pyrénées au cours de la seconde décennie du VIIIe siècle.

En 719, ils s'emparent de Narbonne, envahissent le Roussillon et le Bas-Languedoc. Mais Eudes, roi d'Aquitaine, freine leur marche sur la Garonne, ce qui les décide à longer le Rhône et la Saône pour aller piller Autun, sans que personne ne puisse les empêcher d'emporter leur butin.

Ces irruptions, renouvelées pendant plusieurs années, répandent la terreur dans le pays franc. "C'est le moment où Vaison-la-Romaine est presque désertée par ses habitants; où l'exploitation des belles car­rières de marbre cesse tout à coup; c'est le moment aussi où, à Guéret, saint Pardoux ordonne à ses moines de partir et reste seul pour défendre le moutier contre l'infidèle. On se croirait revenu au temps des grandes invasions".

Cette panique profite à l'envahisseur. Empruntant les grands axes routiers, en l'occurrence la voie d'Agrippa, les Arabes fondirent-ils sur Brioude pour la piller et l'incendier?

A ce sujet, les avis diffèrent.

Un diplôme de Louis le Pieux, daté du 4 juin 825, en faveur du Chapitre Saint-Julien, affirme que les Arabes incendièrent la basilique brivadoise. Mais, ce document a été tellement falsifié, vers la fin du XIe siècle, qu'il ne mérite aucun crédit.

Selon Frédégaire et le Cartulaire de Brioude, l'Auvergne et le Brivadois auraient eu à souffrir, en 742, du passage des armées de Carloman et de Pépin qui luttaient contre celles de Hunaud, duc d'Aquitaine, fils d'Eudes et de Valtrude.

C'est pourquoi certains historiens auraient tendance à situer à cette époque l'incendie de Brioude et à l'attribuer à Pépin.

Mme Elisabeth Magnou-Nortier considère comme imaginaire l'in­cendie de Brioude par les Arabes. "L'avance sarrasine en Francie du sud qui provoqua la déroute du comte Guilhem en 792-793, écrit-elle, s'était brisée au plus loin vers le nord sur la vallée de l'Aude. Depuis cet échec, les Francs avaient renforcé leur empire en Septimanie et créé sur le versant méridional des Pyrénées un vaste glacis défensif, la marche d'Espagne. Comment donc la collégiale sise au cœur de la Basse-Auvergne aurait-elle pu souffrir de leurs raids, d'autant que les sources brivadoises immédiatement antérieures à celle de 825 ne lais­sent rien supposer de semblable? Il faut voir dans cette allusion croyons-nous, l'utilisation d'un lieu commun tardif de la littérature historique sur les désastres imaginaires qu'auraient causés les Mu­sulmans dans la Francie méridionale, et placer au crédit du vaste mouvement de réforme suscité par le concile d'Aix la réorganisation de la communauté des clercs de Saint-Julien, sans faire intervenir pour cela les armées sarrasines" (Cah. Civilisat. Médiévale, 1978, n° 4, p. 317).

Michel Rouche a bien montré dans sa thèse (L'Aquit. des Wisigoths aux Arabes) que les armées de Pépin le Bref avaient mené une dure cam­pagne en Auvergne. Mais, si les troupes pipinides n'ont vraisembla­blement pas ignoré Brioude, aucun document certain ne permet de leur attribuer l'incendie.

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En somme, l'incendie de Brioude ne peut être attribué aux Arabes; la reconstruction de la basilique et du castrum est due à d'autres causes. Quant à la nouvelle organisation du Chapitre, elle s'inscrit dans le "vaste mouvement de réforme suscité par le concile d'Aix'.

 

Basilique carolingienne Saint-Julien

Si nous ignorons les motifs exacts - incendie ou destruction acci­dentels ? vétusté ou exiguïté de l'ancien édifice?.. -, il est certain, par contre, qu'il y eut, à l'époque carolingienne une reconstruction de la basilique de Victorius : les fouilles réalisées lors de l'installation du chauffage à air pulsé l'ont révélée.

Le sanctuaire d'époque carolingienne s'élève au même emplace­ment et, sensiblement, selon la même orientation EW.

De généreux donateurs ont contribué à cette réédification.

Le nouvel édifice, abritant les restes de saint Julien, accueille 1es nouveaux pèlerins. C'est un splendide monument aux lignes pures, selon le style de l'époque. A l'intérieur, on remarque notamment, placé au centre, le tombeau du saint martyr servant de maître-autel.

Après les fouilles effectuées en 1972 avec le concours de la Direc­tion des Antiquités historiques, M. Gabriel Fournier écrivait: sur un socle, "fait de grandes dalles et entouré d'un emmarchement orné de mosaïques composées de petites tesselles noires et blanches, dessinant des entrelacs, rehaussées de tesselles de couleur dispersées au milieu du décor', on installe le tombeau en marbre de saint Julien, encadré par les reliquaires de saint Ilpize à droite et de saint Arcons à gauche.

Pour comprendre cette disposition, il est utile de se référer aux coutumes de l'Eglise. Longtemps, les martyrs eurent le privilège de reposer sous l'autel même du sacrifice ou tout auprès. L'usage de cé­lébrer la messe sur le corps d'un martyr puis, plus tard d'un saint non martyr, a toujours été rigoureusement observé dans l'Eglise chrétienne et l'est encore aujourd'hui

Cet autel, placé au fond du sanctuaire (chevet), comprenait généra­lement un sarcophage ou tombeau creusé dans le tuf, la pierre ou le marbre, renfermant les restes d'un martyr, recouvert d'une dalle en pierre ou en marbre. Celle-ci, qui épousait les dimensions du sarco­phage (180 x 80 cm environ) tout en débordant parfois un peu, constituait la table d'autel proprement dite d'où son nom de mensa. Son épaisseur était importante: 10 à 20 cm. Les arêtes inférieures des bords seront chanfreinées et ces chanfreins seront bien souvent ornés d'une frise en rinceaux de feuillages stylisés. L'ensemble représentait donc un autel­tombeau

Vers le Ve siècle, les tables d'autel étaient ordinairement creuses (5 cm de profondeur) c'est-à-dire 'taillées en évier', comme celle du maître-autel d'Auzon (43390) ou encore celle de l'absidiole droite de l'église de Sauveplantade, près de Ruoms (Ardèche).

Généralement, l'autel-tombeau était surmonté d'un ciborium, édi­cule en forme de baldaquin hémisphérique et arqué sur ses faces, soutenu par des colonnes. L'usage du ciborium, à titre de protection symbolique et de signe honorifique fut adopté par les chrétiens dès le IVe siècle.

Les observations archéologiques lors des fouilles effectuées en la basilique Saint-Julien semblent bien confirmer l'existence de ce cibo­rium à l'époque carolingienne. Les quatre trous creusés pour installer les poteaux en bois enrobés de stuc, imitant des colonnes et supportant le baldaquin, espacés de 3 m environ, traversent le niveau de cette époque. Les mosaïques à entrelacs de la même époque sont parallèles aux côtés du carré formé par ces colonnes, ce qui indique l'axe du bal­daquin, le même que celui qui sera adopté au XIIe siècle. Outre ces observations, dix-neuf chartes du Cartulaire de Brioude parlent de mausolée, terme qui semble désigner ici un autel à ciborium dans la basilique de Bérenger, comte et duc bénéficiaire de Toulouse (v. 819).

La colombe eucharistique, conservant les hosties consacrées, était suspendue au ciborium. C'est probablement en souvenir de cet usage que l'on appelle aujourd'hui 'ciboire' le vase liturgique contenant les hosties consacrées. On attachait encore au ciborium de riches tentures destinées à envelopper l'autel. Ces tentures étaient en usage en Occi­dent comme en Orient.

La disposition carolingienne est donc identique à celle que décrit Grégoire de Tours. Il n'est pas inutile de le rappeler ici: dans l'abside, les reliques de saint Julien, placées dans une châsse, reposent dans un sarcophage couvert d'une dalle ou table d'autel (sanctum altare uel ipsum tumulum), l'ensemble surmonté d'un baldaquin d'où pendent des ten­tures ; ce ciborium est couronné par une croix dorée, incrustée de pierres précieuses.

La même disposition de l'autel à reliques surmonté d'un ciborium sera encore adoptée dans la basilique reconstruite au XIIe siècle.

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Charlemagne dotera ce sanctuaire d'un reliquaire en or, en forme de C. Malheureusement, cette œuvre d'art inestimable, analogue au A conservé à Conques, ne se trouve plus au trésor de la basilique Saint-­Julien!... Au XIIe siècle, ce riche reliquaire appartenant à l'église de Brioude sera volé mais on ignore s'il fut retrouvé?..

Pour apprécier à sa juste valeur ce cadeau impérial, rappelons-nous que la couronne dont Charlemagne fit présent à la basilique Saint­-Pierre de Rome était d'or, enrichie de pierreries, et pesait cinquante livres !...

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Profitant du grand chantier existant alors, les successeurs de Victorius renforcent l'enceinte du castrum Victoriacum sur laquelle ils ont la haute main et qui représente pour eux un point stratégique im­portant.

Ces fortifications seront terminées au plus tard en 874, époque où Frotharius, archevêque de Bordeaux et abbé de Brioude, demandera à Charles le Chauve la confirmation de possession de ce 'castellarium', ensemble composé de la basilique et de 21 demeures canoniales construites derrière les remparts. Malheureusement, si ce texte indique minutieusement les dimensions de chaque demeure, il ne mentionne aucune infrastructure commune (cloître, réfectoire, salle capitulaire,...), ren­dant délicate une restitution archéologique.

Dans cet ensemble fortifié, devaient exister, selon toute vraisem­blance, la résidence du prévôt et celle du doyen, lesquelles ne sont pas explicitement mentionnées dans le document.

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Cependant, l'effort entrepris par l'Eglise de Brioude ne se limitera pas au plan matériel. Il sera plus profond et aura également pour but l'affermissement d'une institution religieuse qui deviendra célèbre et persistera jusqu'à la Révolution.

La comtalia

La partie sud-est de cette imposante fortification prend progressi­vement le nom de comtalia, car elle appartient aux comtes d'Au­vergne, successeurs de Victorius, lesquels se sont toujours réservé une partie importante de cet ensemble fortifié afin de conserver la haute main.

Au début du XIIe siècle, cette résidence comtale est appelée aussi palais. C'est ainsi que la nomme Louis VII le Jeune, en 1138 et 1169. Charles V, en 1375, la désignera par l'expression 'maison forte' .

Tant que les abbés de Brioude seront choisis dans la famille com­tale, aucune difficulté ne surviendra. Mais lorsque cet honneur sortira de cette famille, les intérêts des comtes et ceux du Chapitre s'oppose­ront parfois; d'où des frottements. De longs démêlés, au cours des XIIe et XIIIe siècles, ne feront qu'aggraver la tension entre la Maison d'Au­vergne et les chanoines brivadois. Ces derniers ne désarmeront pas et n'auront de cesse qu'après être entrés en possession de cette place forte qui, jouxtant la leur, les nargue en quelque sorte.

Finalement, le conflit prendra fin. En 1223, Robert Dauphin, comte de Clermont, son fils Guillaume et son petit-fils Robert II cèdent, moyennant 100 marcs d'argent, tous leurs droits de propriété dans la ville de Brioude et notamment une place forte munie de tours, vulgai­rement appelée comtalia.

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Dans cet ensemble fortifié où l'on distingue primitivement deux sanctuaires (basilique Saint-Julien, église Notre-Dame), puis un troisième édifié vers le XIIe siècle (église Saint-Jacques), se trouvent aussi la rési­dence de l'abbé, celle du prévôt et celle du doyen, trois personnages qui joueront un grand rôle au sein du Chapitre.

 

Hôtel du doyenné

Un document du mois de mars 1281 nous fait découvrir ces divers emplacements. Il s'agit d'un accord intervenu entre la puissante Mai­son de Mercœur et le doyen Gaucelin de La Garde. Ce dernier obtient, au nom du Chapitre, la restitution de "la maison ou hôtel sis à Brioude, contigu à l'hôtel de l'abbaye (de l'abbé), en bon état pour partie et pour partie ruiné, connu sous le nom de doyenné, avec ses droits et appartenances".

Cet hôtel jouxte l'hôtel abbatial du couchant, à la rue ou chemin public du midi et du levant, et au cimetière de Sainte-Marie (l'église Notre-Dame) au nord.

Voilà donc bien situé cet emplacement. Ce bâtiment, fortement remanié, existe toujours au même endroit. Dans cette imposante construction, aujourd'hui propriété de la ville, on voit encore des fe­nêtres romanes et, dans une salle de réception, un remarquable pla­fond peint armorié où figurent 273 blasons.

Cet ensemble remarquable, décapé un peu rudement à mon avis (à la ponceuse électrique) de son lait de chaux qui le cachait, il y a encore deux décennies, constitue pour les héraldistes un vrai trésor.

 

Hôtel abbatial

Le document précédent nous a bien indiqué où était situé l'hôtel abbatial: au couchant du doyenné. Ce bâtiment n'existe malheureu­sement plus mais peut-être pourra-t-on retrouver les substructions dans l'immeuble occupant aujourd'hui son emplacement?..

 

Hôtel de la prévôté

Mieux qu'un document, l'Hostel de la Prévosté existe encore de nos jours. Il est inclus dans les bâtiments de l'Institution Sainte-Thé­rèse, côté sud-ouest. La façade actuelle semble dater du XVIIe siècle. A l'intérieur existe une vaste salle voûtée, servant de bibliothèque à l'école.

Il est vraisemblable que cet emplacement correspond à celui de l'immeuble primitif.

 

L'Université Saint-Julien

Tout le monde sait que Charlemagne a voulu remettre à l'honneur l'étude des lettres, comme elle existait à l'époque gallo-romaine, met­tant ainsi fin à la 'barbarie' de l'époque mérovingienne, "où les er­reurs dans le langage n'avaient d'égales que les erreurs dans les idées".

La volonté du souverain est précise: auprès de chaque cathédrale, dans chaque monastère, des cours seront donnés, sans indiquer si cet enseignement sera réservé à l'usage exclusif des clercs et des moines, ou dispensé aux gens du dehors.

Le célèbre capitulaire de 789 stipule: "Que dans chaque évêché, dans chaque monastère, on enseigne les psaumes, les notes, le chant, le comput, la grammaire; et que l'on ait des livres soigneusement corrigés".

De fait, la fin du VIlle siècle voit s'ouvrir ou se restaurer bon nombre d'écoles dont plusieurs deviendront fort célèbres: celle de Pa­ris deviendra le berceau de la grande université médiévale; celles de Lyon, Metz, Orléans,... connaîtront aussi leur développement. Théo­dulf, évêque de cette dernière ville (7817-821), désire l'établissement d'écoles non seulement près de l'église cathédrale et des monastères, mais encore dans les campagnes mêmes:

"Que dans les villages et les bourgs, les prêtres tiennent école. Si quelque fidèle leur confie des enfants pour apprendre les lettres, qu'ils ne refusent pas de les recevoir et de les instruire, le faisant en toute charité. N'est-il pas écrit: "Ceux qui seront doctes brilleront comme la splendeur du firmament, mais ceux qui enseignent la justice aux autres brilleront comme des étoiles pour toute l'éternité". Quand les prêtres s'acquittent de cette fonction, qu'ils n'exigent aucun salaire et, s'ils reçoivent quelque chose, que ce soit seulement les petites libé­ralités offertes par les parents".

A l'exemple des monastères qui entretiennent des écoles monas­tiques ou claustrales, les Chapitres ou Collégiales fondent également des écoles.

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Nous savons qu'il existait à Brioude, au moins dès le VIe siècle, une école entretenue par les clercs. Cet établissement prend de l'im­portance à l'époque carolingienne, constituant une communauté dis­tincte du Chapitre et ouvrant ses portes non seulement aux clercs et futurs clercs mais aussi aux laïcs. Les documents mentionnent l'Uni­versité de l'Ecole, dirigée par Dalmace, vers 1011.

Cette Université, bien que subordonnée au Chapitre sous certains rapports, forme une communauté distincte. Confiée à un chanoine nommé 'capiscol' (caput scholae, magister scholarum) ou maître d'école (recteur), elle possède sa propre direction, son patrimoine personnel, son administration particulière et même des bayles (juristes) attitrés.

Quelques poésies remarquables, parvenues miraculeusement jus­qu'à nous, témoignent du haut niveau de son enseignement, compa­rable au second cycle actuel. Dans ces œuvres où se mélangent le latin et le grec, on constate que l'enseignement classique revient à l'honneur dans l'Université brivadoise. On oublie trop souvent que l'Empire ro­main était bilingue: au latin, s'ajoutait le grec, seconde langue d'é­changes et de culture. Seul un bon apprentissage du grec permettait d'être compté parmi les utraque lingua eruditi (érudits bilingues), au sens fort du terme. Rappelons-nous que Cicéron pensait dans les deux langues et qu'il était capable de commencer une phrase en latin et de la terminer en grec! Pline le Jeune manifestait pareille aisance; de même Apulée, champion de la haute culture en Afrique. Même en Brivadois, on trouve parfois des graffiti en grec, sur des fragments de céramique d'époque gallo-romaine.

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Vers le milieu du XIVe siècle, le patrimoine et revenus respectifs de l'abbaye, du fordoyenné, de l'Université et de la sacristie sont ré­unis. Cette fusion de patrimoines et revenus reflète la mainmise capi­tulaire sur l'Ecole, jouissant jusque-là de son indépendance. Il s'ensuit un différend entre le Chapitre et la seconde qui compte notamment, parmi ses membres, 26 choriers y compris les six enfants de chœur.

Finalement, en 1355, intervient un accord. Le Chapitre abandonne à l'Université et aux clercs choriers tous les fruits et revenus provenant de l'église Saint-Ferréol. En outre, des demi-prébendes sont créées en faveur des seconds.

Un autre accord, survenu en 1448, donne à l'Université le droit perpétuel de nommer le curé et le vicaire de l'église Saint-Ferréol.

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Cette Université continuera à fonctionner jusqu'en 1584, date à la­quelle la décision est prise de la remplacer par un collège.

 

Le pape Formose vint-il en pèlerinage à Brioude?

Successeur d'Etienne V, couronné pape en septembre 891, l'ancien évêque de Porto (864-891) est animé d'un grand zèle pour la religion chrétienne et possède des connaissances bibliques peu communes. Ayant fait un vœu, ce fervent ascète portant cilice, qui se révèle par­fois ambitieux, se rend en pèlerinage à Saint-Jacques, vers l'an 893. Sur le chemin du retour, accompagné d'un nombreux clergé et "d'un peuple infini", ce pontife serait passé par l'Auvergne et se serait arrêté à Brioude pour vénérer les reliques de saint Julien.

Accueilli triomphalement par le clergé et la foule en liesse, intro­duit dans la salle capitulaire, le pape aurait confirmé, à la demande du Chapitre, le privilège d'exemption de cette Eglise relevant directement du Saint-Siège.

Après avoir longuement prié sur le tombeau de saint Julien et célé­bré la messe pontificale, il aurait demandé qu'on lui ouvre tous les re­liquaires de la basilique. Il aurait alors reconnu l'authenticité des re­liques, fait dresser un procès-verbal d'attestation, le signant lui-même, acte officiel placé ensuite, avec des aromates, dans le reliquaire conte­nant le chef du martyr brivadois. Puis il aurait poursuivi sa route vers Rome, toujours escorté d'une suite imposante de prélats et de clercs, et accompagné d'une foule pieuse.

Il est cependant regrettable que les sources - uniquement l'His­toire manuscrite - soient douteuses. Mais cela ne change rien à la célébrité du pèlerinage brivadois car trois autres papes - Urbain II, Calixte II et Alexandre III - séjourneront dans cette ville, comme l'attestent des documents fiables.

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Le Xe siècle est marqué en France par l'insécurité provenant de l'in­térieur mais aussi de l'extérieur.

 

Les Normands seraient-ils venus en Brivadois ?

Les Vikings, guerriers, navigateurs et marchands des pays scandi­naves, entreprirent des expéditions maritimes de la fin du VIlle siècle au début du XIe. Leur cavalerie, dotée de l'étrier, autorisait des raids en profondeur. Les distances n'effrayaient pas les pirates. Les Nor­mands excellaient à remonter n'importe quel cours d'eau inconnu, ha­lant leurs barques quand la voile et la rame ne suffisaient plus, les por­tant même à dos d'hommes pour éviter un point fortifié, un défilé in­quiétant. Quittant l'eau, ils n'hésitaient pas à faire de longues marches, à la chasse de ceux qu'ils visaient et, de marins devenus cavaliers, ils savaient employer pour leurs déplacements des masses de chevaux qu'ils raflaient dans les régions vaincues.

Trois raids normands sont connus: en 864, 923 et vers 950. Ils semblent avoir été épisodiques et sans lendemain, de sorte que l'Au­vergne, selon certains historiens, apparut aux contemporains comme une région privilégiée vers laquelle les moines des zones les plus ex­posées cherchèrent refuge et transportèrent les reliques de leurs saints patrons.

Cependant, contrairement à ces affirmations, des écrits sérieux de cette époque, en l'occurrence les Annales de l'abbaye de Saint-Bertin (Pas-de-Calais), de l'année 864, affirment que les pirates portent leurs ravages jusqu'au cœur de l'Auvergne.

Certains indices viennent à l'appui de ces documents et notamment la tradition concernant sainte Bonette d'Alvier, selon laquelle cette gardeuse d'oies du bord de l'Allier aurait sauvé la ville de Brioude, vers le IXe siècle, en prévenant assez tôt les habitants de l'arrivée des Normands. Rencontrés par sainte Bonette sur les bords de l'Allier, écrit l'abbé Monnier (Les Saints d'Auvergne), ils étaient arrivés sur des bateaux qu'ils avaient amarrés aux rives du fleuve. Une hymne en l'honneur de cette sainte, contenue dans le Bréviaire de Brioude (édit. 1769), fait allusion à cet épisode ("Normanne ! mitte machinas ..." "Normand ! remise tes machines de guerre ...").

Le coffret d'Auzon, ainsi dénommé bien qu'il n'y soit plus ­quatre panneaux sont conservés au British Museum de Londres et le cinquième au musée Bargello de Florence -, figure aussi parmi ces indices, car cette bourgade est située près de l'Allier, à un étrangle­ment bordé de falaises, où il était facile de surprendre les envahisseurs ou marchands remontant la rivière.

Cette précieuse cassette en os de baleine, faite en Northumbrie, au nord de l'Angleterre, vers l'an 700, porte sur ses faces des inscriptions runiques racontant la légende du génial forgeron Wieland, la venue des Mages, la prise de Jérusalem, en l'an 70,… I1 figurait parmi les quatre inscriptions runiques répertoriées en France. I1 n'en existe plus que trois: la pyxide (ciboire ancien) de Mortain (50140, Manche) surmon­tée d'un couvercle en forme de toit à quatre pans inclinés terminé par une croix préfigurant celle de Malte, la fibule de Charnay-lès-Mâcon (comm. Saône-et-Loire) et les inscriptions rupestres de Rûnes en Lozère (comm. de Fraissinet-de-Lozère, cant. Pont de Montvert arr. Florac).

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On a émis l'hypothèse que la pyxide de Mortain aurait été apportée par un missionnaire, la portant suspendue à son cou. La cassette d'Au­zon, au dire d'un Alzonien, témoignage recueilli, au siècle dernier, par l'Anglais Weale, aurait appartenu, probablement avant la Révolution au trésor de l'église Saint-Julien de Brioude et proviendrait donc d'un pèlerin de Grande Bretagne qui en aurait fait don à ce sanctuaire.

Ces explications ne me satisfont guère. Si le coffret d'Auzon était resté à Brioude, acquis ou pillé par un habitant au cours de la période révolutionnaire, l'hypothèse serait plus vraisemblable! Pourquoi et comment le hasard aurait-il voulu le faire parvenir à Auzon ?... Par ailleurs, ces hypothèses n'expliquent pas l'arrivée de la fibule de Char­nay en Saône-et-Loire ?...

Les invasions scandinaves des IXe et Xe siècles et l'anarchie consé­cutive mirent fin à l'existence indépendante de la Northumbrie. Ne se­rait-il donc pas vraisemblable que les précieux coffrets (Mortain et Auzon) dont il a été question, après avoir été pillés en Northumbrie, aient été véhiculés par les bandes vikings, de même que la fibule? Il ne faut pas oublier que ce furent les églises et les monastères qui souffrirent le plus des pirates normands. Lindisfarne, le premier monastère pillé, en 793, se trouve précisément en Northumbrie!... Ne serait-il pas possible que la pyxide de Mortain, après avoir été pillée dans une église anglaise, soit arrivée en Normandie, où elle se trouve encore, lorsque les Vikings s'y établirent?

Quant à la cassette d'Auzon n'aurait-elle pas appartenu à quelque chef normand dont le drakkar remontant l'Allier fut attaqué et pris par des Alzoniens dans le défilé situé près d'Auzon ?

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Examinons la troisième inscription runique, celle de Rûnes, sur le flanc méridional du Mont Lozère. Gravée sur un bloc de granite porphyroïde, elle représente la silhouette d'un serpent-dragon, enroulé en forme d'ovale et se mordant la queue. Sur le corps du reptile figure une inscription runique que l'on peut traduire en français: "De la terre vers le ciel et du ciel vers sa terre".

Cette inscription ressemble étrangement à celle de Gripsholm (Suède), où l'on remarque également, sur une pierre levée, une gravure représentant un long serpent enroulé en plusieurs spirales, se mordant la queue, dont le corps contient une inscription runique.

A mon avis, elle attesterait que les Vikings sont allés dans les coins les plus reculés du Massif Central. Malheureusement, cette inscription lozérienne, avec un texte standardisé en ancien islandais ou ancien norois, serait un faux de la fin du XIXe siècle ou début du XXe, voire ultérieurement.

Pour appuyer ses dires, Marie Stoklund, du Musée de Copenhague, qui a jugé uniquement d'après une photo, affirme que "le contenu du texte et la disposition des runes, flottant au milieu du cadre délimité par les lignes extérieures, ne plaide pas en faveur d'une inscription datant de la période viking (Haut Moyen Age). L'intervalle entre les mots, au lieu d'être marqué par un signe de ponctuation représente également un caractère moderne [...] Quant aux formes runiques, elles ne sont pas spécialement islandaises. Elles ressemblent davan­tage aux runes de l'époque viking suédoise ou norvégienne" (Lettre Dr. Sigurdur Jonsson, 7.III.97).

Bien que je ne mette nullement en doute la haute compétence de cette dame, il me semble que les motifs invoqués pour récuser l'an­cienneté de cette inscription sont un peu fragiles: 1 - runes flottant au milieu du cadre délimité; 2 - manque de ponctuation. En effet, les graffites que l'on observe sur les fragments de céramiques mis au jour dans notre région ou ailleurs, sur les murs de certains immeubles de Rome, des catacombes,... en caractères latins ou grecs, ne correspon­dent pas à la forme classique: on y trouve même parfois des fautes grammaticales!... sans oublier que la ponctuation est absente. Peut­-on invoquer pareils défauts pour prétendre qu'ils sont récents? Ils sont pourtant bien d'époque. N'en serait-il pas de même pour ceux de Rûnes ? A mon humble avis, ce manque de classicisme serait même un motif plaidant en faveur de leur authenticité, d'autant plus que "les formes runiques [de Rûnes] ressemblent davantage aux runes de l'époque viking suédoise ou norvégienne" (sic). En outre, le prétendu faussaire, si faussaire il y a, devait posséder non seulement de solides connaissances concernant la langue runique de l'époque viking, mais aussi des talents de graveur sur pierre. Or, ces deux compétences ré­unies chez un seul sujet, étudiant ou professeur, me paraissent presque impossibles à concilier... Sans compter le nombre d'heures néces­saires pour réaliser ce genre de travail!. . .

Il faudra donc attendre une nouvelle expertise pour une datation définitive.

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Enfin, dernier indice selon l'abbé Julien Lespinasse, "la rue des Normands, entre les Olliers et les Routiers, [est ainsi dénommée] en souvenir de l'invasion des Normands, qui dévastèrent plusieurs fois l'Auvergne, notamment à la fin du IXe siècle".

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Voilà donc les données du problème. Pour ne pas influencer le lecteur, je lui laisse donc le soin de le résoudre.

 

Insécurité au Xe siècle

L'insécurité de l'époque provient aussi de l'intérieur.

Rois et princes sont alors incapables de remplir l'une des missions fondamentales du souverain, à savoir faire régner la paix. A l'approche de l'an mille, l'effondrement du pouvoir central favo­rise le développement du brigandage; c'est l'époque du "brigandage des puissants", selon la formule du moine Glaber.

Au début du Xe siècle, un édit de Guillaume II le Jeune, duc d'A­quitaine, dénonce et condamne les abus commis par des seigneurs laïcs qui s'approprient certains revenus ecclésiastiques, ce qui entraîne de grandes privations pour les clercs.

Malgré ces interdits, malgré les décrets pontificaux et épiscopaux, l'insécurité règne au Xe siècle.

 

Incendie de Brioude (milieu Xe s.)

Etienne II d'Auvergne, évêque de Clermont (945-976), fils du vicomte Robert et d'Aldegarde, va se signaler surtout dans la lutte contre les violences féodales. Il n'hésite pas à combattre, par les armes, les excès dont souffrent surtout les humbles, les femmes et les familles.

Ainsi, vers le milieu du Xe siècle, Etienne Blancon, seigneur au­vergnat, a dû commettre certaines exactions, probablement contre l'Eglise de Brioude. Sur cet épisode, nous sommes mal renseignés. Seule, une charte du cartulaire (CLXXX) y fait une brève allusion. Toujours est-il que durant ce combat, une partie de la ville est la proie des flammes. L'incendie a été allumé par l'armée épiscopale puisque les clercs de Saint-Julien indemniseront ceux dont les maisons ont brûlé, parmi lesquels figure un certain Ugbert, dont il sera question.

 

 La Paix de Dieu

En même temps que la violence, se manifeste, éprouvée de façon inégale suivant les temps et les lieux, une immense aspiration vers un nouvel ordre de choses, plus conforme aux impératifs chrétiens, plus conforme aussi à une certaine égalité entre les hommes. Cette ten­dance se traduit de diverses façons: succès de l'idéal de la uita apos­tolica (imitation de la vie des Apôtres dans la pauvreté et la vie commune), véri­table rush vers l'érémitisme (Italie, Ouest de la France), succès aussi des premières hérésies populaires, inspirées par un évangélisme direct et naïf, par la croisade populaire de Pierre l'Ermite et de Gautier sans Avoir, et enfin par le mouvement des paix de Dieu ou trêve de Dieu, qui sont en somme la traduction politique de ces diverses aspirations.

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Devant l'audace toujours croissante des seigneurs laïcs, l'évêque du Puy, Guy II d'Anjou, croit devoir intervenir.

Vers l'an 976, il organise un plaid à quelques kilomètres seulement de sa ville épiscopale, dans la plaine de Saint-Germain-Ia-Prade. Dans ce but, il envoie ses neveux Bertrand et Pons, fils d'Etienne, comte de Gévaudan, et d'Adélaïde d'Anjou, assembler au cours de l'hiver, dans la région de Brioude, une armée forte et sûre.

Au signal donné, celle-ci "franchit la distance qui la sépare du Puy et quand, dans la Prade, l'assemblée est réunie, l'armée prend osten­siblement position tout autour de la plaine. L'évêque parle de nou­veau, appuyé cette fois d'une force supérieure à celle des récalci­trants, et il somme ceux-ci d'exécuter sur le champ un programme en trois points:

- jurer la paix, afin d'en assurer le respect;

- livrer des otages;

- rendre ce qui a été saisi, à savoir: les campagnes, les châteaux de Notre-Dame du Puy et les biens des Eglises".

De là partira ce grand mouvement appelé la Paix de Dieu ou Trêve de Dieu, mouvement qui s'attaquera à la cause du mal et qui s'étendra ensuite au sud de la France, à l'Espagne, au royaume Anglo-Normand, à l'Allemagne, à l'Italie méridionale.

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Toutefois, cette intervention ecclésiastique locale n'arrête pas la violence seigneuriale, ni la fréquence des brigandages. Devant la lourde menace qui pèse sur le clergé et les paysans, un des succes­seurs de Guy d'Anjou, Guy III, convoque un concile auquel participe­ront Pierre 1er, évêque de Viviers (v. 993-994), Wigo, de Valence, Begon de Clermont, Raymond, de Toulouse, Deusdedit III, de Rodez, Frédolo, d'Elne, Fulcran, de Lodève, et Wigo, de Glandèves. Dans cette assemblée, tenue au Puy vers 994, sera rédigée une ordonnance interdisant principalement aux seigneurs:

- d'enfreindre les Eglises, soit en violant leur droit d'asile, soit en les pillant;

- de voler ou de tuer du bétail;

- de réquisitionner des gens en dehors de leurs terres pour édifier un château ou pour assiéger une place;

- d'attaquer les moines, les clercs, les paysans, les marchands;

- de saisir, pour en tirer rançon, un homme ou une femme de la campagne;

- d'usurper les terres ecclésiales, épiscopales, canoniales, mona­cales.

Cette ordonnance défend aussi:

- aux clercs, de porter les armes;

- aux laïcs, de s'immiscer dans les droits de sépulture ou dans les offrandes faites à l'église;

- aux prêtres, de prendre des honoraires pour le baptême, sacrement qui est un don de l'Esprit saint.

 

Le Chapitre Saint-Julien adoucit les rudes mœurs des chevaliers

Dans le même but et vers la même époque, pour endiguer encore plus sûrement la violence seigneuriale, le Chapitre Saint-Julien prend l'habitude de conclure avec ses obédienciers des traités de sauvegarde, dont une formule type a été conservée. Voici l'essentiel:

"Chrétiens, écoutez!

Moi, N..., à partir de cette heure et dorénavant, je ne ferai pas la guerre contre l'Eglise Saint-Julien, ni n'attaquerai aucun homme, soit dans l'église, soit dans les édifices construits à proximité ou qui le se­ront plus tard, soit dans l'enceinte qui entoure l'église et ses dépen­dances, ou dans le bourg voisin, au Pont de Rignat, dans la villa de Mazeirac (comm. Vieille-Brioude), dans celle de Septem Pollis (SimpaI) ou de Pradavol (comm. Paulhac), dans l'église de Saint-Ferréol et dans les villas de Vergonzac et de Novacelle (non identifiées).

A l'intérieur de ce périmètre, je ne ferai pas la guerre ni n'attaque­rai aucun homme, ni moi, ni aucun de mes hommes, ni personne, par mes intrigues ou à mon instigation,...

Je ne construirai pas de fortifications dans les maisons situées à l'intérieur du 'castrum' qui en dépassent les murailles... Je n'abolirai pas le marché, ni ne me saisirai des biens des mar­chands, ni moi, ni aucun de mes hommes... Je ne tuerai ni un clerc, ni un homme monté, ni aucun homme ou femme à l'intérieur du périmètre décrit,... Au sujet du trésor de Saint-Julien, c'est-à-dire de l'or, de l'argent et des étoffes qui s'y trouvent et s y trouveront, je ne ferai rien qui puisse causer une perte... Je n'attaquerai ni dans l'enceinte [qui entoure l'Eglise], ni dans le bourg, le château de quiconque; je n y commettrai aucune injustice, ni pillage, ni incendie; je ne rançonnerai aucun vilain, aucune vilaine, sinon ceux qui pilleraient ou endommageraient le patrimoine de Saint-Julien".

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Evidemment, dans ces traités de paix passés avec les seigneurs du voisinage, conformément à l'esprit du concile du Puy, le Chapitre bri­vadois y trouve son compte, mais qui pourra nier que ce fut là un moyen d'adoucir les mœurs quelque peu brutales des gros proprié­taires terriens? Les pauvres, les non-libres (serfs), les ruraux n'y trou­vèrent-ils pas aussi leur avantage? N'était-ce pas une façon d'ap­prendre aux gens belliqueux et rudes le respect de la personne et des biens d'autrui?

Pons, comte de Gévaudan, époux de Théotberge, fut probablement l'un de ceux qui souscrivirent à de tels traités de paix.

Ayant spolié l'église de Faveyrolles après la mort de son oncle Pons, il restitue au Chapitre Saint-Julien, vers 1011, la jouissance de ce sanctuaire, "d'un cœur joyeux et d'une âme gaie", de concert avec sa femme et ses enfants Etienne et Pons.

 

 

VI           Après l'an mille

 

Un concile à Brioude (1085-1086)

Vers la fin du XIe siècle, la ville de Brioude voit pénétrer dans ses murs épais un nombre imposant d'archevêques, d'évêques, d'abbés, de moines, de clercs venus des quatre coins de France pour régler un dif­férend opposant l'archevêque de Tours et l'abbaye de Marmoutier.

Hugues de Bourgogne, archevêque de Lyon (1081-1096), primat des Gaules et légat du pape, préside le synode. Dans cette vénérable as­semblée, on remarque notamment: Guillaume 1er de Montaut, arche­vêque d'Auch (1068-1096), Raoul 1er de Langeais, archevêque de Tours qui a excommunié l'abbé de Marmoutier, Dalmatius, archevêque de Narbonne, Hilgot, évêque de Soissons, plusieurs autres évêques et ab­bés,... Parmi ces derniers, on reconnaît surtout Dalmace, abbé de Lagrasse (1068-1086).

D'où provient ce différend?

Depuis le IVe siècle, existe, au monastère de Marmoutier, situé à 3 km de Tours, un pèlerinage célèbre ayant lieu le mercredi après Pâques, présidé par l'évêque en personne. Mais, comme il arrive par­fois au cours de certains pèlerinages, des abus s'étaient glissés. Quelques pèlerins laïcs et même parfois clercs forçaient l'hôtellerie du monastère, exigeaient des repas et se conduisaient en pays conquis. "Il y eut des sacrilèges et même des meurtres".

Pour remédier à tous ces maux, dès le début de son abbatiat, Ber­nard de Saint - Venant, abbé de Marmoutier, supprime ce pèlerinage, d'où conflit entre l'archevêque Raoul 1er de Langeais (1072-1085) et l'abbé qui est excommunié. Ce dernier fait appel au légat du pape, le­quel annule la sentence de l'archevêque. Tel est le différend qui va être arbitré au concile de Brioude.

En réalité, le sujet est plus sérieux: à cette époque, la plupart des maisons religieuses cherchaient à échapper à la juridiction épiscopale car des différends surgissaient parfois entre l'évêque du lieu et les ab­bés des monastères.

L'archevêque de Tours commence par plaider sa cause et, par des artifices verbaux, persuade l'assemblée. Mais les quatre députés de l'abbaye de Marmoutier - Bernard de Reims, prieur, l'évêque de Soissons et son frère André, Jacques, médecin - défendent si ar­demment la cause monastique que celle-ci, "trouvée raisonnable et irréprochable, est approuvée par tous". L'assemblée entière comprend fort bien les motifs qui ont poussé l'abbé de Marmoutier à supprimer le pèlerinage et lève l'excommunication fulminée par Raoul de Langeais.

Mais l'affaire n'est pas close pour autant car l'archevêque de Tours n'a pas digéré son humiliation. Elle rebondit encore au concile d'Au­tun (oct. 1094), au colloque de Déols et au concile de Clermont dont il va être question. Pour clore définitivement tout différend entre l'ar­chevêque et l'abbaye, le pape Urbain II, lors de la consécration de la nouvelle église abbatiale de Marmoutier, en 1096, met ce monastère directement sous l'obédience du Saint-Siège, l'exemptant ainsi de toute ingérence épiscopale et archiépiscopale..

 

Urbain II à Brioude (1095)

Tout le monde a entendu parler du pape Urbain II et de l'origine des Croisades. Effectivement, c'est à Clermont, en Auvergne, que commence l'aventure la plus étonnante du Moyen-Age chrétien.

Le concile de Clermont, présidé par le pape Urbain II, débute le samedi 18 novembre 1095, jour de l'octave de saint Martin, et se ter­mine le mardi 28 du même mois. Treize archevêques, 205 évêques et de nombreux abbés y participent, selon Berthold de Constance. D'après H. von Sybel, il y aurait eu 14 archevêques, 250 évêques et 400 abbés, venus surtout de France.

Ce concile de Clermont est connu principalement comme point de départ de la première croisade. En réalité, c'est seulement après avoir réglé les affaires d'ordre ecclésiastique qui ont motivé sa venue en France - notamment les questions épiscopales et monastiques, les différends entre évêques - et édicté d'importantes mesures discipli­naires, qu'Urbain II a fait part au peuple de ses desseins orientaux. Neuf jours durant, sont étudiées les questions les plus urgentes. Soudain, le dixième jour, le pape parle en termes émouvants de la si­tuation du tombeau du Christ, invitant les chrétiens à se croiser.

Dans une ultime séance, les prélats désignent à l'unanimité l'évêque du Puy, Adhémar de Monteil, comme chef spirituel de la Croisade. Urbain II reste encore quelques jours à Clermont. Le samedi 2 dé­cembre, accompagné de sa cour, de la noblesse, du clergé et du peuple, il quitte cette ville pour se rendre au monastère bénédictin de Sauxillanges où il arrive le soir même. Le lendemain, dimanche, il consacre l'église abbatiale.

De là, il se rend à Brioude qu'il atteint, le lundi 4, au soir. Le Chapitre Saint-Julien, suivi de tout le clergé de la ville et d'une impo­sante foule en liesse, est allé à sa rencontre au-delà de l'église Saint-­Ferréol. Après un accueil chaleureux, digne du successeur de Pierre, la suite pontificale, à laquelle s'est joint le clergé brivadois, se dirige processionnellement vers Brioude, pénètre par la porte nord, s'avance jusqu'à la basilique Saint-Julien où le pape vénère les reliques du glo­rieux martyr. Il se rend ensuite à la salle capitulaire où il reçoit l'hommage des Chanoines au grand complet. Puis il prend connais­sance des privilèges de cette Eglise, parcourt la liste des sanctuaires, dîmes et biens immobiliers en dépendant et les met sous la protection directe du Saint-Siège. Il accorde aussi un diplôme en faveur des Chanoines brivadois. Outre ce privilège, il date de cette ville une bulle pour saint Hugues, abbé de Cluny. C'est également de Brioude qu'est daté le décret apostolique transférant le titre épiscopal d'Iria-Flavia à Compostelle, près des cendres de l'apôtre Jacques, dont le pèlerinage est déjà fort célèbre.

Le lendemain, c'est une journée de grande fête pour la ville et les environs, journée marquée notamment par la célébration de la messe pontificale, sous les voûtes de la basilique dédiée au bienheureux Ju­lien.

Le mercredi 6 décembre 1095, le pape contemple une dernière fois le pittoresque Brivadois dont la benigna Briuas occupe le centre et se dirige vers Saint-Flour où il séjournera au florissant monastère dirigé par le pieux abbé Etienne.

Là auront lieu une dédicace, la concession de plusieurs privilèges parmi lesquels il faut citer l'érection du monastère de Pébrac en ab­baye, monastère qui avait été réuni, en 1070, au Chapitre Saint-Julien, par son fondateur Pierre de Chavanon.

 

Séjour de Calixte II à Brioude (1119)

Vingt quatre ans après le voyage d'Urbain II à Brioude, un autre pape va séjourner dans la ville qui s'honore de posséder les restes du martyr Julien.

D'abord archevêque de Vienne (1088), Guy de Bourgogne, appa­renté à l'empereur, une des figures les plus en relief de l'épiscopat français, est élu pape à Cluny, le 1er février 1119, puis acclamé dans la basilique Saint-Jean de Latran, le 1er mars suivant, sous le nom de Calixte II.

Son élection suscite des oppositions. Il doit lutter contre l'antipape Grégoire VIII. Il se rend d'abord à Lyon, ensuite au Puy où il séjourne du 15 au 20 avril. Dès son arrivée dans cette ville, il envoie une lettre à l'abbé et aux moines d'Aniane pour les inviter à venir le trouver à la prochaine octave de Pentecôte, afin de terminer leur différend avec les moines de La Chaise-Dieu, au sujet du monastère de Gourdaignes.

Le 28 avril, il adresse à l'abbaye de La Chaise-Dieu une bulle de protection sur laquelle ne figure pas la mention du lieu de la signature : ce pape est entre Le Puy et Brioude, peut-être même à Brioude. Quoi qu'il en soit, il est certainement, le 1er mai dans cette ville, d'où il ex­pédie deux bulles: l'une à Hugues, évêque de Grenoble, l'autre au clergé et aux fidèles de Luques. De là, il se rend à Clermont, ce qui lui permet de visiter les principales abbayes auvergnates: Sauxillanges (10 mai), Aurillac, Mozac,...

Le 1 er juin 1119, il est de nouveau à Brioude où il aurait signé une bulle en faveur du Chapitre Saint-Julien, mettant celui-ci sous la pro­tection directe du Saint-Siège et donnant aux Chanoines la faculté d'élire l'abbé et le prévôt, après la mort de l'un ou l'autre de ces digni­taires.

De Brioude, Calixte II se rend à Saint-Flour où il est reçu par An­selme, prieur du monastère. Il va séjourner ensuite à Saint-Gilles puis à Maguelonne. A Toulouse, il tient un concile où il condamne des hé­rétiques qui rejettent l'eucharistie, le baptême des enfants et le mariage puis, par le Poitou, l'Anjou et la Touraine, il gagne Etampes où il ren­contre Louis VI. C'est à la suite de cette entrevue qu'il envoie à Henri V une ambassade composée de l'abbé Pons de Cluny et de Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-sur-Marne.

 

Construction de la basilique actuelle

Lors de la visite du pape Calixte II à Brioude, un immense chantier est ouvert: les travaux pour édifier la basilique actuelle ont com­mencé. Le narthex dont la construction a commencé vers 1080, peut-­être même avant selon le chanoine B. Craplet, est probablement ter­miné.

Nous sommes à l'époque (950-1150) où la majorité des splendides églises romanes, qui ont réussi à braver le temps et que nous admirons aujourd'hui, sont édifiées. Les architectes et les maçons maîtrisent bien la technique du merveilleux art roman, aux formes harmonieuses quoique sobres: la voûte en plein cintre, dite romane ou en berceau, qui exerçait une poussée sur les murs, tendant à les faire écarter et provoquer l'écroulement de l'édifice - c'est ce qui arriva, en 1125, à l'église abbatiale de Cluny - a cédé la place à la voûte brisée, per­mettant d'assurer la stabilité de l'édifice tout en élargissant la nef.

Quels sont les motifs qui ont poussé le clergé brivadois à construire un nouveau sanctuaire en l'honneur de saint Julien?.. A ce sujet, les documents sont muets. Nous sommes donc réduits à émettre des hypothèses, toujours hasardeuses et parfois erronées.

En raison du dynamisme démographique et du nombre de pèlerins, les besoins sont importants. C'est pourquoi la nouvelle basilique sera la plus grande église romane d'Auvergne. A cette nécessité s'ajoute la volonté délibérée de reconstruire les édifices anciens pour les faire plus beaux, de se doter d'un supplément d'âme. Dans la société des environs de l'an mille, l'Eglise chrétienne occupe une place privilé­giée, grâce à son activité spécifique: la prière est alors considérée comme une fonction publique.

Dans ces constructions ou reconstructions, on conserve le plan ba­silical car aucun autre ne convient mieux aux célébrations eucharis­tiques.

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A Brioude, vers la fin du XIe siècle, sort donc de terre, une église

insigne, la plus grande d'Auvergne, la plus riche en histoire.

Le maître d'œuvre a prévu un plan grandiose quoique d'une grande simplicité, bien équilibré, comportant nef, bas-côtés, abside entouré d'un déambulatoire et de chapelles rayonnantes: les lignes sont régu­lières, les assises solidement bâties, les masses progressivement éche­lonnées. La décoration est d'une grande sobriété qui ne laisse place à la fantaisie des maîtres-ouvriers que dans la sculpture des chapiteaux, l'ornementation des portails, des fenêtres des chapelles absidiales et dans les peintures murales.

Cette construction s'élève à l'emplacement de la basilique carolin­gienne qui est détruite au fur et à mesure de l'avancement des travaux. Ceux-ci ont commencé par le narthex ou porche intérieur.

La façade occidentale lui correspondant ou façade principale, trop proche des habitations pour l'apprécier à sa juste valeur - on manque de recul -, a été restaurée au siècle dernier par l'architecte Mallay. Elle ne correspond pas à son état initial. On y remarque surtout quatre puissants contreforts en relief, les deux intermédiaires reliés entre eux dans la partie supérieure, et l'appareil régulier en brèche scoriacée rouge foncé provenant du volcan de la Vergueur.

Primitivement, cette façade, soutenue à ses extrémités par deux puissants contreforts, devait comprendre trois portails donnant res­pectivement sur la nef et les bas-côtés, surmontés chacun de deux fe­nêtres superposées. La fenêtre non restaurée sur le pignon de cette fa­çade donne une idée de l'état premier des ouvertures superposées: profonds ébrasements, deux colonnettes monolithes en guise de pieds-­droits supportant une archivolte en plein cintre, celle-ci entourée d'un cordon de billettes ou d'une moulure, chaque étage d'ouvertures séparé par des bandeaux simples ou moulurés.

Les trois portes devaient tenir une grande place dans l'ordonnance de cette façade romane. Le portail central devait être orné de plusieurs archivoltes concentriques décorées de diverses façons, soutenues par un nombre égal de colonnettes à chapiteaux délicatement sculptés (sirènes,...). Le tympan devait se couvrir de damiers en pierres poly­chromes ou tores rompus. Dans les portails extrêmes, on devait re­marquer deux colonnettes supportant un linteau en bâtière, surmonté d'un damier en polychromie.

L'ensemble de cette façade révélait une sobriété harmonieuse ten­dant à la perfection dans le but d'élever directement l'âme jusqu'à la Beauté suprême.

Le narthex intérieur, avec sa tribune ou narthex proprement dit (exo narthex) - il n'y a pas ici de narthex extérieur (exo narthex) ou vesti­bule ouvert sur une cour (atrium), comme dans les basiliques paléo­chrétiennes et notamment celle de Victorius - représente une belle partie du sanctuaire. Il est incorporé de façon harmonieuse au volume général de la nef. Des piliers cruciformes d'une extraordinaire puis­sance supportent la tribune au moyen de larges arcades à double rou­leau. Ce renforcement spectaculaire s'explique par la présence d'une tour au-dessus de la travée centrale, malheureusement détruite à la Révolution.

A remarquer sur le dernier pilier s'appuyant au mur nord un beau chapiteau d'inspiration antique où figure, sortant d'un bouquet de feuilles d'acanthe, un masque théâtral grec; il pourrait être en remploi et provenir peut-être du temple païen. Un autre chapiteau identique sur le pilier proche devait lui faire face, mais ici le masque a probablement été supprimé à coups de ciseau, ne laissant subsister que les feuilles d'acanthe. A noter aussi sur l'avant dernier pilier côté sud, dans l'angle rentrant de la face nord, une splendide peinture murale représentant une tête féminine aux yeux bridés, à la bouche lippue, d'où les surnoms d'égyptienne ou de médisance qui lui ont été donnés. Dans la basilique, d'autres chapiteaux pourraient être aussi en remploi, notamment les griffons affrontés accostant un vase (canthare), symbole qui est absent dans les fresques des catacombes et semble moins procéder de l'art chrétien que de l'art antique; on ne saurait le rapprocher des coupes eucharistiques car, en mythologie, le griffon est le gardien du temple, du palais ou de la tombe. On trouve aussi des griffons en remploi dans le chœur de l'église d'Auzon, mais ici, ils sont typiquement mortuaires ayant été prélevés à un mausolée dont une partie de l'épitaphe se trouve incluse à l'extérieur du mur méridio­nal de ce sanctuaire. Au sujet de ces remplois et imitations, Prosper Mérimée a écrit à juste titre: "Par la composition, quelquefois même par l'exécution, plusieurs de ces chapiteaux [de la basilique Saint-Ju­lien] se rapprochent de l'antique".

Parmi les chapiteaux de la nef d'inspiration antique mais dont le symbole a été christianisé, remarquons notamment les dragons ailés, monstres mythiques faisant allusion au livre de Daniel et à celui de l'Apocalypse, représentant ici le démon tentateur; les sirènes (au moins 3 chapiteaux) : dans la mythologie, les sirènes, filles de Melpomène et d'Archéloos, personnifiaient à la fois les séductions et les dangers de la mer. Dans l'Odyssée, Ulysse, pour échapper au piège de leurs chants, fit boucher avec de la cire les oreilles de ses marins et se fit lui-même attacher au mât du navire. Chez les Pères de l'Eglise, in­nombrables sont les allusions au symbolisme des sirènes, évoquant les pulsions sexuelles et la débauche; elles symbolisent les prostituées et leurs avances, tandis que le mât auquel s'attache Ulysse représente la croix du Christ permettant d'éviter les tentations dangereuses.

Nombre de chapiteaux ont été sculptés dans le marbre de Lauriat (cne. de Beaumont) à cause de la finesse de son grain; il est gris blanc, assez terne, parfois nuancé de teintes jaunâtres ou d'un rose discret.

La chapelle centrale de la tribune du narthex est surmontée d'une coupole sur trompes en brèche scoriacée, reposant sur quatre arcs en plein cintre soutenus par des consoles rectangulaires dans le mur. Une semblable disposition de voûte en plein cintre, dont la solidité est à toute épreuve, se remarque également dans l'église Saint-Front de Pé­rigueux.

Narthex et nef sont construits lentement, par assises horizontales, comme l'indiquent le changement de matériaux et de profondes muta­tions dans le style des chapiteaux. Le porche méridional date de la fin de la première phase des travaux (vers 1130); celui du nord ne sera ap­pliqué qu'après la reprise du chantier, à la fin du XIIe siècle. Tous deux sont surmontés d'une chapelle.

Des piliers carrés, cantonnés sur chaque face de colonnes engagées, constituent l'élément essentiel de l'architecture de la nef. Ils traduisent à la fois l'audace de l'architecte et son mérite. Plus épais, plus élancés (1l m), plus espacés qu'en Limagne clermontoise (7 m environ), ils sont d'une exceptionnelle beauté, laquelle est encore rehaussée par la chaude polychromie des pierres: assises superposées de brèche scoriacée rouge-brun de la Vergueur, d'arkose blanche et fine de Beaumont, de grès houiller rouge d'Azerat, de granulite ocre de Saint-­Just-près-Brioude (la couleur ocre est due au feldspath jaunâtre). Les mêmes matériaux ont été utilisés pour édifier les murs. Les grandes arcades en tuf rouge de la nef s'ouvrent sur des bas-côtés très larges, voûtés d'arêtes. Elles sont à double rouleau, indépendantes de la voûte. Après la construction de la quatrième travée, les travaux sont sus­pendus, vraisemblablement par suite des démêlés avec les comtes d'Auvergne et du violent différend survenu au sein de la famille com­tale. Ces événements dont il sera question ont de fortes répercussions parmi le clergé brivadois, maître d'ouvrage. En attendant, on continue à utiliser le chevet préroman.

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Vers la fin de l'époque romane, la paix en Auvergne étant enfin re­venue, le chevet de la basilique Saint-Julien comprenant les cinq cha­pelles rayonnantes est élevé au-delà de l'ancien. Celui-ci est alors dé­moli pour édifier le déambulatoire à son emplacement, tout en respec­tant soigneusement l'autel-tombeau à ciborium, qui ne sera démoli que longtemps après (XVIe siècle.). Finalement, la cinquième travée assure le lien avec les quatre autres, construites avant l'interruption du chantier. Aucun transept débordant n'est prévu, toutefois il est marqué à l'intérieur par la présence de part et d'autre d'une tribune et, à l'exté­rieur, de chaque côté également, par une grande arcade brisée, séparée du mur, dont le rôle est défensif, devant servir de mâchicoulis. Du côté nord, la cinquième travée est également flanquée de mâchicoulis. Ces mâchicoulis étaient surmontés de hourds de bois construits sur les plates-formes, servant à loger les défenseurs, ainsi qu'on peut le voir sur le tableau du peintre Guillaume Rome.

Dans cette seconde phase, les travaux progressent vraisemblable­ment d'est en ouest. Le nouveau maître d'œuvre ne se préoccupe pas de savoir ce qu'aurait fait son prédécesseur, le génial architecte de la nef. Son style est différent. Il s'inspire très librement des chevets à dé­ambulatoire et chapelles rayonnantes de la Limagne: ce large déam­bulatoire ouvrant sur des chapelles rayonnantes lui permet de conser­ver intacte la partie essentielle du sanctuaire, l'autel-tombeau ou chœur proprement dit, et même de la mettre en relief. Il a, en outre, l'avantage de permettre aux fidèles de vénérer de plus près les reliques des saints Julien, Ilpize et Arcons.

Son œuvre brillante est encore romane par son plan et sa structure, mais déjà gothique par son esprit et sa décoration. Elle est pleine de raffinement, d'ornementations délicates et variées: rinceaux courant le long des chapelles, arcs trilobés, multiplication des colonnettes autour des fenêtres, mouluration abondante des arcs. Des branches d'ogive apparaissent ici et là. Le voûtement du large déambulatoire, berceau annulaire compartimenté d'arêtes, est entièrement construit en pierres appareillées. Ce vrai tour de force suppose une habileté étonnante de la part des ouvriers.

"La régularité du chevet est encore plus saisissante à l'extérieur, écrit Guy Nicot; s'il se présente avec cette noble régularité des chevets auvergnats, il n'en demeure pas moins animé par le jeu des couleurs et des motifs qui lui sont propres".

A l'extérieur, comme à l'intérieur, les fenêtres du chevet sont très décorées - voussures, colonnettes, - et la sculpture surabonde: chapiteaux finement ciselés, modillons tous différents supportant la corniche qui rappelle celle des bas-côtés de l'église de Vézelay. Sous la corniche du chevet supérieur correspondant à la nef, on remarque une bande ornementale, composée de motifs géométriques et poly­chromes en pierres, que l'on retrouve ailleurs, notamment à la cathé­drale du Puy, à Saint-Michel d'Aiguille, à Thines (Ardèche),... Bel exemple de ce roman tardif fleuri, quelque peu baroque!

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Cette reconstruction progressive s'opère moyennant d'importantes transformations. Dans la cinquième travée, comme l'a observé M. Ga­briel Fournier, le pavé en petits galets d'époque carolingienne est dé­foncé pour installer les puissantes fondations des piles romanes. Ces fondations recouvrent les murs latéraux antérieurs qui sont arasés.

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Les voûtes ogivales de la nef ne seront construites qu'aux XIIIe et XIVe siècles: les maîtres d'ouvrage manquant de fonds feront appel aux fidèles de la chrétienté; une bulle du pape Alexandre IV, datée du 9 août 1259, accordera des indulgences à ceux qui contribueront par leurs aumônes aux travaux en cours à la basilique Saint-Julien de Brioude.

On ignore le système de voûtement primitivement prévu par le maître d'œuvre. Voûtes d'arêtes comme sur les bas-côtés ou suite de coupoles sur trompes analogues à celle de la chapelle centrale de la tribune du narthex?... On trouve ce dernier système à la cathédrale du Puy. A remarquer, sur les murs latéraux de la troisième travée, deux grandes fenêtres symétriques, de style gothique flamboyant; à remarquer aussi, à l'extérieur, de rares arcs-boutants.

La basilique terminée est consacrée, c'est-à-dire officiellement vouée à Dieu et au culte divin, le 30 août d'une année que l'on ne peut préciser, vers le milieu du XIIIe siècle. Un bref du pape Nicolas IV, en ] 289, nous révèle cet évènement; le bréviaire de Brioude (édit. 1654) et la Semaine religieuse du Puy (25 juin 1915, p. 455) l'attestent.

Ce splendide sanctuaire, élancé et bien éclairé - au moins quatre fenêtres éclairent chaque travée -, édifié sur la tombe de saint Julien, constitue le monument le plus remarquable de la ville, celui qui, chaque année, attire le plus de visiteurs admiratifs.

 

Lutte contre la Maison d'Auvergne

Divers événements, sur lesquels il est utile de revenir, ont donc in­terrompu la construction de la basilique Saint-Julien, ce qui est fort regrettable. Il s'agit, d'une part, des démêlés avec la famille comtale et, d'autre, des différends survenus entre les membres de cette même famille.

La Maison d'Auvergne, dont la grandeur n'est ignorée de personne, ne lutta pas seulement contre l'évêque et le Chapitre cathédral, pour asseoir son autorité, mais aussi contre la communauté des clercs de Saint-Julien de Brioude, qui était alors l'un des établissements ecclé­siastiques les plus puissants de la province.

Il est vrai que la Maison comtale possédait, à Brioude même, la comtalia, forteresse jouxtant celle du Chapitre, incluse dans le puis­sant castrum Victoriacum. Mais, si cette proximité représentait une convoitise, elle ne constituait pas un motif pour s'en emparer.

Afin de parvenir à ses fins, la famille comtale ne trouve rien de mieux que de tenter de mettre un de ses membres à la tête du Chapitre brivadois, en qualité de prévôt ou de doyen. Mais l'essai ne semble pas avoir réussi.

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Dès son accession au comté d'Auvergne, Robert III, fils du comte Guillaume VI, manifeste ouvertement ses exigences. Pour parvenir sûrement et rapidement à ses fins, il n'hésite pas à utiliser les armes. A leur tour, les chanoines brivadois se saisissent de l'épée. Dans l'ardeur du combat, un chanoine est blessé.

Grâce à la médiation de Joubert Armand, les hostilités prennent fin et un accord est conclu, en 1136, en présence d'Albéric (ou Aubry), ar­chevêque de Bourges (1136-1146), de Pierre, archevêque de Lyon, et d'Aymeric, évêque de Clermont (1127-1150).

Les conditions sont humiliantes pour le comte auvergnat. Robert III se présente nu-pieds dans la basilique Saint-Julien pour réparer l'excès commis contre la personne d'un chanoine; il jure de ne plus nuire aux fils de cette Eglise, aux clercs de tous ordres, ni par lui-­même, ni par personne interposée, et signe une convention.

Mais la trêve dure peu. Il est vrai que certains chanoines, issus des grandes familles chevaleresques de la région, suivent plus facilement leurs instincts guerriers que l'office divin. Pire encore, ils luttent à main armée contre la partie de la communauté restée fidèle à la règle canoniale.

Inutile de dire que les grands seigneurs des environs sont tout heu­reux d'attiser ces passions perverses.

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Pour mettre fin à cette anarchie, Louis VII, dès le début de son règne, tient à se rendre en personne à Brioude. Il y arrive, entre le 22 août 1 ]38 et le 1er avril 1l39, accompagné du bouteiller et du chance­lier de France. Dans la Comtalia ou Palais, il tient un plaid où sont confirmés les privilèges accordés à cette Eglise-, par Charles le Chauve. Il proclame à son tour que le Chapitre et ses possessions ne relèvent d'aucune puissance humaine, si ce n'est du roi de France.

L'acte solennel est rédigé et publié dans le Palais, que Louis VII dit sien (palatio nostro).

Mais, dès que le cortège royal disparaît à l'horizon, les passions se rallument, la violence reprend le dessus et cela toujours pour des inté­rêts matériels. S'ouvre alors une époque bien triste pour l'histoire d'Auvergne et du Brivadois, qui va durer quelques décennies et sur laquelle d'ailleurs nous sommes mal renseignés.

 

Différends au sein de la famille comtale

Vers le milieu du XII e siècle, de violents démêlés surgissent au sein de la famille comtale d'Auvergne: le comte Guillaume le Vieux aurait déshérité Guillaume le Jeune, son neveu. Ce dernier, se considérant lésé, fait appel à son seigneur direct Henri II, roi d'Angleterre, et duc d'Aquitaine (1152-1189) par son mariage avec Aliénor. D'où rivalités très vives et guerres entre les partisans respectifs des deux Guillaume. Pendant cette période, le château d'Auzon, entre autres, est l'objet de ces rivalités entre seigneurs. Il s'agit en fait de l'Eglise Saint-Laurent, sise à l'intérieur du castrum, que les seigneurs de Nonette et ceux d'Auzon avaient prise de force.

Même le Chapitre de Brioude est divisé en deux clans. Pour mettre un terme aux conflits, le pape Eugène III intervient. Vers 1153, il écrit à Géraud II de Cher, évêque de Limoges (1142-1170), et à Pierre-le- Vé­nérable, abbé de Cluny (1122-1156), les engageant à prendre rendez­-vous avec Aimeric, évêque de Clermont (1111-1151), pour lui enjoindre de libérer un chevalier qu'il retient captif depuis deux ans. Il autorise l'abbé de Cluny à résoudre les difficultés existant au sujet du château d'Auzon, dont la propriété est disputée à l'évêque de Clermont par quelques seigneurs. Mais on ignore comment l'abbé de Cluny résout le problème.

Dans ce conflit, Guillaume le Vieux promet d'abord de comparaître devant le roi d'Angleterre puis se ravise et se réfugie auprès de Louis VII, ce qui provoque une expédition d'Henri II en Auvergne, en 1167.

Le château de Nonette est assiégé. Le différend aboutit à un partage des terres du comté.

Mais les hostilités continuent entre le roi de France et celui d'An­gleterre : c'est un prélude à la guerre de Cent Ans. Guy Il, comte d'Au­vergne tient pour ce dernier, tandis que son frère Robert, évêque de Clermont (1195-1227), pour le premier. D'où une mésentente entre les deux frères, avec des alternatives de paix précaire, des traités mal ob­servés, des recours aux rois anglais. Finalement, Philippe Auguste, irrité contre eux, décide d'envoyer une armée royale en Auvergne. Celle-ci s'empare d'un grand nombre de lieux fortifiés - 120, dit Ber­trand Itier -, parmi lesquels Issoire, Vodable, Nonette de nouveau, Tournoel, Riom,... (1211-1212). Guy Il et le Dauphin d'Auvergne, se voyant abandonnés par le roi d'Angleterre, s'empressent de recourir à la clémence du Monarque français, qui veut bien leur accorder la paix. Mais dans le traité qu'il signe avec eux, il les oblige à lui céder toutes les terres qu'il leur avait enlevées. Le comte se trouve alors dépouillé de presque tout son comté. C'est vraisemblablement alors qu'Auzon, suite à cette expédition - la ville fut-elle prise? -, passe en partie dans le domaine royal: le roi y possédera désormais son château, jus­qu'en 1536.

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Un autre événement, le schisme à la tête de l'Eglise, aurait pu s'ajouter aux motifs précédents et intervenir dans l'interruption de l'important chantier brivadois.

 

Schisme

Fait plus grave encore, la chrétienté passe par une crise de la pa­pauté. Innocent Il, élu trop précipitamment par six cardinaux seule­ment dès le dernier soupir d'Honorius Il, voit dénoncer cette procédure par le cardinal Pierleone. Ce dernier, homme de qualité et personnage populaire à Rome, outré de cette façon expéditive de procéder, se fait élire par ses amis, sous le nom d'Anaclet Il. Les deux papes sont sa­crés le même jour, 23 février 1130, l'un à Sainte-Marie-Nouvelle, l'autre à Saint-Pierre. Politiquement plus habile, Anaclet Il force son ri val à se retirer en France.

L'Allemagne, l'Angleterre et la France, à l'exception de l'Aquitaine, se prononcent pour Innocent Il, mais Anaclet a la faveur des Romains et de la majorité de l'Italie. Il meurt, le 25 janvier 1138, sans avoir re­connu son rival Innocent II.

Après la mort d'Anaclet, Victor IV est élu. Mais ses partisans étant peu nombreux, il ne tarde pas à se soumettre: le 29 mai 1138, dans l'église Saint-Pierre de Rome, il se prosterne aux pieds d'Innocent Il et lui jure fidélité. Ainsi se termine le schisme. Malheureusement, il va se rallumer une vingtaine d'années plus tard, de 1159 à 1177.

Le 7 septembre 1159, Rolando Bandinelli, homme de talent, est élu pape sous le nom d'Alexandre III, mais une minorité s'est prononcée pour Octavien de Monticelli, reconnu pape sous le nom de Victor IV, par l'empereur Frédéric Barberousse. La lutte du Sacerdoce et de l'Empire recommence aussitôt. L'empereur opposera successivement à Alexandre III deux autres antipapes. Réfugié en France, Alexandre III s'immisce dans les affaires du royaume, ce qui ne plaira pas toujours à Louis VII. Finalement, en 1177, il oblige l'empereur à s'humilier et à reconnaître la suprématie pontificale.

 

Eglises paroissiales

Comme il a été dit précédemment, Brioude est une Eglise-Mère, c'est-à-dire organisée sur le modèle de l'Eglise épiscopale, la véritable Eglise-Mère au sens propre. Elle possède trois sanctuaires de base: le baptistère Saint-Jean-Baptiste, l'église paroissiale Notre-Dame et la basilique Saint-Julien ou reliquaire monumental. De bonne heure, dès l'époque mérovingienne, d'autres basiliques vont s'édifier autour de ce noyau chrétien primitif. Et, en premier lieu, la basilique Saint-Pierre dédiée au chef des Apôtres et abritant des linges ayant touché ses restes.

Outre celles déjà mentionnées, parmi les plus anciennes, figurent les églises Saint-Laurent et Saint-Ferréol.

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La majorité de ces églises, pour ne pas dire toutes, sont construites à Brioude par les grands propriétaires et notamment par les comtes et vicomtes d'Auvergne, possessionnés en ce lieu. En conséquence, ils possèdent des avantages, notamment le droit de sépulture ou droit d'être inhumé à l'intérieur du sanctuaire et le droit de présentation et de nomination, consistant en la faculté de désigner ou de présenter un ecclésiastique (chapelain, curé, prieur, abbé,...) à la tête du clergé desser­vant; l'institution canonique ou approbation, après vérification de la capacité du candidat, étant toutefois réservée à l'évêque du diocèse. Nous savons aussi que pour éviter les abus assez fréquents concer­nant le droit de nomination, l'Eglise encouragea les constructeurs d'églises à céder leurs droits aux évêques, aux abbayes, aux prieurés, aux Chapitres,... Ainsi verrons-nous le vicomte Dalmas céder au Chapitre Saint-Julien l'église Saint-Pierre de Brioude, érigée en ce lieu par ses ancêtres. Dès lors, le Chapitre aura le droit de présentation ou de nomination à la cure de cette église.

Le Chapitre nommait le curé des églises Saint-Jean, Notre-Dame, Saint-Pierre, Saint-Laurent, Saint-Ferréol, Saint-Genès, Saint-Préjet.

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L'église Saint-Jean, de petites dimensions, était édifiée à l'empla­cement du baptistère primitif. Celui-ci fut, après la basilique Saint-Ju­lien, l'un des premiers sanctuaires construits. De forme ramassée, as­sez souvent octogonale ou hexagonale, il était distinct de l'église où l'on célébrait les saints mystères, car on baptisait alors par immersion. Cet édifice religieux, devenu plus tard centre paroissial dont dépendait le village d'Entremont, dut être plusieurs fois reconstruit.

En 1773, au dire d'une enquête de police, il était "enfoncé, très bas et très écrasé", ce qui dénote son ancienneté: en ville, le niveau des rues tend à se surélever au cours des âges, c'est pourquoi on procède aujourd'hui, avant réparation, à un déchaussement préalable. Il se trouvait, en outre, près des boucheries, dans un endroit humide, mal­sain, ne recevant pour ainsi dire l'air d'aucun côté. L'insalubrité était encore accrue par les inhumations à l'intérieur, sous les dalles. Le curé Clerguet, ayant respiré un peu trop longtemps l'air pestilentiel qui en sortait, y contracta la maladie dont il mourut peu de jours après. Pour ces motifs, suite à l'enquête, l'assemblée de police réclama la suppres­sion de cette église, mais la délibération ne fut pas mise à exécution.

A la Révolution, elle fut vendue comme bien national et adjugée, pour la somme de 458 livres, aux citoyens Vernière, juge de paix, Malcou­rant, maçon, et Reynaud, de la Roche, à condition pour les acquéreurs de la faire démolir à leurs frais. Ce qui fut exécuté.

Par suite de son origine ancienne, ce sanctuaire était le siège de nombreuses confréries: celles de l'Adoration perpétuelle; de Notre ­Dame de la Purification; de saint Jean-Baptiste; de saint Yves, patron des juristes; des saints Crépin et Crépinien, patrons des cordonniers et tanneurs; de sainte Radegonde, reine de France; de sainte Apollonie ou Apolline, vierge et martyre (+ 249); de saint Verny, patron des vi­gnerons.

Le Chapitre Saint-Julien présentait à la cure. Relevons le nom de quelques desservants: Gilbert d'Angles (1616, 1633); Pierre Galambre (+ 25 mars 1665); Claude Goy, bachelier en théologie (1666); Joseph du Treuil (1681, 1707); Chalvon (1724, 1729); Maurice Clerguet (+ 6 sept. 1773); Jean-Baptiste Gueyffier de Longpré (1773-1793).

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La primitive église Notre-Dame, qui fut le premier centre parois­sial brivadois, remonte à la fin du Ve siècle ou au début du VIe. Après le concile d'Ephèse, en 431, où la Vierge Marie fut proclamée 'Mère de Dieu', dans cet élan de piété mariale, la majorité des cathédrales et un grand nombre d'églises lui furent dédiées. Tel fut le cas pour la ca­thédrale du Puy, celle de Clermont, Ajaccio, Amiens, Auch, Avignon, Bayeux, Bayonne,... l'église Notre-Dame du Port à Clermont, celle de Brioude, Tence, Beaulieu, Croisances,...

Récemment, on a découvert l'emplacement exact du sanctuaire primitif - à quelques dizaines de mètres à l'est de la basilique Saint­-Julien - et le chevet de l'édifice du XIIe.

Dans ce centre de la principale et plus ancienne paroisse, il était normal que les membres de la magistrature brivadoise, en l'occurrence ceux de l'élection, aient un banc attitré. Ce droit leur avait été contesté par le Chapitre, mais un arrêt du Conseil les avait maintenus dans ce privilège. Mécontents d'avoir été déboutés, les chanoines incitèrent un bourgeois de la ville, nommé Christophe Langlois, à former opposi­tion à cet arrêt. Après de longs débats, l'arrêt fut finalement abrogé.

Cette église était également le siège de la célèbre confrérie dénom­mée 'la Générale', fondée en 1607, par des paysans de Massiac, Espa­lem, Beaumont et Lamothe, en l'honneur de l'Assomption de la sainte Vierge. Approuvée par le pape, cette pieuse association comptait 400 membres, issus de paroisses différentes. Tous les quatre ans, elle convoquait l'ensemble des confrères à Brioude. Là, se déroulait la 'grande fête des paysans'. La confrérie se développa beaucoup, comp­tant parmi ses membres non seulement des agriculteurs, mais aussi des clercs, des nobles et des bourgeois. Elle s'éteignit à la Révolution.

Le doyen du Chapitre présentait à la cure. Parmi les curés de cette paroisse, citons: Barthélemy de Job (1588); Vital Branzie (1616); Jean Bonnat (1633); Dupuy (1642); André Freydefont (1646, 1678); André Vernède (1690,1709); Jean Bravard (1714); Jean Clerguet (1714-1756); Antoine Thomas (1755-1791), bachelier en droit.

Mise en vente à la Révolution, l'église Notre-Dame fut adjugée pour la somme de 1 425 livres au citoyen Bonne, qui en démolit une partie.

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La construction de l'église Saint-Pierre par la famille comtale d'Auvergne remonte vraisemblablement au VIe siècle.

Selon le conseil des papes aux possesseurs laïcs d'églises, le vi­comte Dalmas, qui est aussi abbé laïc de Brioude, donne au Chapitre, entre les années 945 et 970, l'église Saint-Pierre de cette ville, avec toutes ses dépendances et notamment la villa de Clamon (comm. Lor­langes); elle sera confiée aux soins d'Aimenradus (ch. CCXXIX).

Cette église paroissiale, détruite à la Révolution, était destinée aux fidèles de la partie nord de la ville

Deux consoles sculptées, ornées de feuillage, incluses dans le mur d'une maison de la rue Saint-Pierre, la rue elle-même et l'impasse qui portent son nom, rappellent encore le souvenir de cet ancien édifice religieux, reconstruit ou remanié aux XIIIe-XIVe siècles. En 1899, des terrassements effectués à l'angle des rues d'Assas et de Saint-Pierre mirent au jour des sépultures provenant de l'église démolie.

Primitivement, la famille comtale présentait à la cure puis, dès la fin du Xe siècle, le Chapitre Saint-Julien.

Voici quelques curés ayant desservi cette paroisse: Vital Bouquet (1431); André Gondard (1616); Claude Varennes (1678); Annet Besset (1704); Jean Sauvayre (1702-1742); Jean-Baptiste Martinon (1743); Jean Grenier (1743-1766); Valentin Touzery (1766); Etienne Delcher, docteur en théologie, chanoine hebdomadier du Chapitre Saint-Julien, dernier curé de Saint-Pierre (1767-1791), puis évêque constitutionnel de la Haute-Loire (1791-1801) - ministère qui lui causera bien des déboires -, et enfin, curé de l'église Saint-Julien, désormais unique paroisse de Brioude (1803- +17 août 1806).

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L'église Saint-Laurent, dédiée au diacre romain martyrisé, le 10 août 258, fut édifiée sur la colline qui porte encore son nom.

Cette basilique pourrait être d'origine ancienne et même remonter à la fin du Ve siècle ou au début du VIe. En effet, selon Grégoire de Tours, le duc Victorius, qui avait orné de colonnes la basilique Saint­-Julien de Brioude, avait aussi fait construire celle dédiée à saint Lau­rent et à saint Germain de Liziniat (Saint-Germain-Lembron). Pourquoi ce généreux donateur ne serait-il pas aussi à l'origine de l'église Saint-­Laurent de Brioude? Reconnaissons cependant qu'aucun document ne vient étayer cette hypothèse.

Elle servait de paroisse aux villages, voisins de Brioude: le Bou­chet (comm. de Saint-Laurent-Chabreuges), Cissac (comm. de Saint-Just-près­-Brioude), le Cellier (comm. de Saint-Laurent-Chabreuges) et Chabreuges qui prendra par la suite le nom de Saint-Laurent-Chabreuges.

Cette église paroissiale fut supprimée à la fin du XVIIe siècle mais le nom de son titulaire subsiste encore dans le nom de cette commune. La cure était à la nomination du Chapitre. Parmi les curés, remar­quons : Jean Romeuf (1616); J. Astier (1633); Pierre Lac (1672, 1688).

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L'église Saint-Jacques était dédiée à saint Jacques le Majeur, frère aîné de saint Jean l'évangéliste. Centre d'une paroisse, elle fut édifiée assez tardivement, lorsque le pèlerinage compostellan en l'honneur de cet apôtre se généralisa, c'est-à-dire vers le XIIe siècle. Brioude se trouvant, en effet, sur une voie importante, représentait une étape sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Il était donc normal qu'il y ait ici un sanctuaire en l'honneur de l'apôtre auquel la chrétienté atta­chait tant de dévotion.

L'église Saint-Jacques se situait entre le porche nord de la basilique Saint-Julien et l'hôtel de la Prévôté. Ce centre paroissial fut supprimé vers la fin du XVIIe siècle. Parmi les curés desservants de cette époque, on relève: Bertrand Besseyre (1616), Roger Brandon (1633), Jean Be­noît (1671-1675).

Aucun vestige ne subsiste aujourd'hui de cet édifice. Seule, la sta­tue Saint-Jacques en marbre blanc, remarquable quoique usée et muti­lée, située dans le porche nord de la basilique, rappelle son souvenir.

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L'église Saint-Genès se situait à la place qui porte encore son nom. Dédiée au saint évêque d'Auvergne (+ 660) - un comte d'Auvergne du même nom et vivant à la même époque (+ v. 710) fut aussi canonisé-, elle n'était donc pas antérieure au VIle siècle. Selon les relevés des fouilles de 1844, elle mesurait 32 m de long, 8 m de large; le chœur (6 m) était moins large que la nef.

En 1669, Jérôme de la Mothe-Houdancourt, évêque de Saint-Flour, en accord avec le Chapitre Saint-Julien, ordonna la suppression et la démolition de cet édifice religieux, estimant qu'elle était trop proche de l'église Saint-Jean, séparée seulement par le cimetière commun. Des contestations assez vives s'élevèrent. Mais à la suite d'une enquête pour apprécier les avantages et les inconvénients d'une telle opération, la démolition fut finalement décidée. L'emplacement du sanctuaire servit à agrandir le cimetière commun et la paroisse réunie à celle de Saint-Jean.

Le doyen du Chapitre présentait à la cure de Saint-Genès. Notons quelques curés: Jean Albe (1488); Jean Ayme (1616); Antoine Courtial (1628); Claude Barreyre (1633); N... Thomas (1642); Claude de Perpe­zat (1654); Guérin Allezais (1662-1664); Jean Benoît (1677); François de Fontanges, dernier titulaire, chanoine de Saint-Julien (1679-1691).

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L'église Saint-Préjet était située au sud de la ville, près du mur d'enceinte (uallatum), au Vallat. Lors de la construction du 'nouveau bâtiment' de l'Institution Saint-Julien, des sépultures de cet ancien ci­metière furent mises au jour..

Elle était dédiée à saint Préjet, originaire de Vézezoux, évêque d'Auvergne (665-676), mort martyr. Comme la précédente, elle était donc postérieure au VIle siècle. Erigée par un gros propriétaire terrien, vraisemblablement un membre de la famille comtale, comme l'indique le document qui suit, elle fut ensuite donnée à l'abbaye de Mozat. Une charte du Cartulaire de Brioude (n° 176) la mentionne.

Au mois de janvier 864, Lanfrède, abbé de Mozac, rétrocède, au comte Bernard et à sa femme Ermengarde, ce sanctuaire et ses dépen­dances (cour, maisons et jardins), consistant en deux prés, un champ, un labour; plus, quatre manses en la uilla de Mazerat (lieu détruit, comm. de Vieille-Brioude). En échange, le comte Bernard et son épouse cèdent au monastère Saint-Pierre et Saint-Caprais de Mozac, l'église Notre-­Dame de Vichy, dans la vicairie de Randan, avec ses dépendances, parmi lesquelles la uilla de Donazat (lieu détruit, comm. Boudes, P.-de-D.).

Bien entendu, le comte Bernard ou ses descendants donneront par la suite au Chapitre Saint-Julien l'église Saint-Préjet, puisque celui-ci nommera le curé desservant.

L'édifice primitif fut reconstruit aux XIIIe-XIVe siècles, dans le style gothique. Il était le siège d'un prieuré et de deux confréries, celle de Notre-Dame de la Maladie et celle de saint Loup.

Mentionnons quelques curés: Jean-Baptiste de Biçay (1616-1654); Antoine Freyssenet (1664); Julien Guéringaud (1666); Antoine Vascher (1667); Maurice Bonnet (1700, 1703); Jean-Joseph Pissis, originaire de Lamothe (1714, 1734); Jacques Pissis (1741) qui deviendra curé de Paulhaguet; N... Petit (+ 1755); Pierre Couguet (1753-1783); Mathieu Raynaud (1791), dernier curé.

Un des derniers vicaires de cette église fut Antoine Bagès. Né à Brioude, en 1750, contemporain et ami d'Etienne Delcher, évêque constitutionnel de la Haute-Loire, il prête serment comme lui et l'ac­compagne au Puy où il est nommé premier vicaire à la cathédrale. Emprisonné pendant la Terreur, il est appelé, après le 9 thermidor, à réorganiser le collège de Brioude qu'il dirige pendant quelques années, avant de se retirer au Puy où il meurt, en 1828.

A la Révolution, l'église Saint-Préjet est vendue comme bien natio­nal puis démolie. Les matériaux seront utilisés dans la construction de diverses maisons particulières, dont l'une abritera une partie de l'école des Frères lorsque ces derniers seront chassés, en 1891, de leur im­meuble situé au boulevard Desaix.

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L'église Saint-Ferréol avait été érigée, près de la fontaine Saint­-Julien, où, selon la légende, à cause des algues rouges qui poussent dans l'eau de cette source, la tête du martyr aurait été lavée.

Elle était dédiée au tribun militaire Ferréol, martyrisé alors qu'il était en garnison à Vienne, en Gaule, vraisemblablement lors de la persécution de Dèce (250) ou peut-être de Dioclétien (303) ?.. Depuis l'invention (mise au jour) de ses restes par saint Mamert, en 475, il fut associé au martyr brivadois dont la réputation était déjà bien établie. De cet événement naquit la légende que raconte Grégoire de Tours et qui ira en s'amplifiant.

Cette basilique avait été construite d'assez bonne heure, au début du VIe siècle. Grégoire de Tours fait allusion à ce sanctuaire situé à trois jours de marche de Clermont et "à peu près à dix stades (environ 1,6 km) du uicus de Brioude".

Erigée en paroisse, cette église fut confiée aux clercs (prêtres) de l'Université brivadoise qui en assuraient le service. La paroisse com­prenait essentiellement les villages de Crispiat et de Cohade.

Vers l'an 1500, de précieux reliquaires conservés dans cet édifice furent volés. Les malfaiteurs pénétrèrent nuitamment à l'intérieur, après avoir fracturé une fenêtre 'ferrée', crocheté plusieurs coffres et armoires, où ils prirent des reliquaires en or et en argent et autres joyaux de grande valeur. Suite à une enquête, les voleurs, pris de re­mords, rendirent secrètement, une partie des reliques accompagnées des authentiques (certificats d'authenticité délivrés par la hiérarchie ecclésias­tique) mais non les reliquaires.

Le 14 juin 1608, les religieux Minimes s'installent en ce lieu et des­servent désormais la paroisse. Vers 1769, le siège paroissial est transféré au village de Cohade où il subsiste encore. Cette petite agglomération prend alors le nom de Saint - Ferréol-de-Cohade. A la Révolution, l'église et le couvent des Minimes Saint-Ferréol sont vendus comme bien national et adjugés pour la somme de 9 750 livres au citoyen Alluys. Celui-ci démolit le sanctuaire et ne conserve que le bâtiment principal où il installe une fabrique d'amidon.

Mentionnons quelques curés de cette paroisse: Guillaume Guyon­net (1431); Julien Bonnet (1616); Pierre Galambre (1658); Mathieu Ro­cher (1687-1701); Antoine Faure (1742); Jean-Baptiste Delcher (1755); autre Jean Delcher, neveu du précédent (1757-1769).

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Dans son remarquable ouvrage, Brioude et sa région, Alphonse Blanc affirme qu'il existait à Brioude, au XIe siècle, une église Saint­-André dont on n'a retrouvé aucune trace. Elle avait été donnée à La Chaise-Dieu par Rancon, évêque de Clermont (v. 1028-1052). Le pape Léon IX confirma cette donation. Mais, il s'agit en fait de l'église Saint-André de Comps, aujourd'hui Lavaudieu.

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Parmi les sanctuaires de la ville de Brioude ou des environs immé­diats, signalons en dernier lieu la chapelle Notre-Dame-des-Prés, édifiée hors de l'agglomération, sur la rive gauche du Courgoux et, se­lon l'abbé Lespinasse, non loin de l'actuel passage à niveau.

D'après l'Ordo de 1766 du diocèse de Saint-Flour, cet édifice reli­gieux était à la nomination des familles Mazel et de Montillet du Brandour, habitant au diocèse de Clermont. Ce qui nous indique les constructeurs de ce sanctuaire.

De cette chapelle dépendait une maison à Brioude, probablement la demeure prévue pour le prêtre desservant. A la Révolution, cet im­meuble fut vendu comme bien national et adjugé 950 livres au citoyen Pierre Dalbine.

Quant à l'édifice religieux et le champ sur lequel il était édifié, ils furent vendus, non compris le mobilier, le 7 novembre 1792. L'en­semble estimé 1 600 livres fut adjugé 5 100 livres à Jacques Guy, maçon bri­vadois.

De nos jours, rien ne permet de situer son emplacement exact; seule la rue Notre dame des prés rappelle son souvenir.

 

 

 

VII           Maisons hospitalières

 

Dans le domaine de la santé, écrit Jean-Noël Biraben, "si l'on considère l'influence que le genre de vie peut avoir sur la santé des individus, le Moyen Age, qui nous paraît si lointain et pourtant relati­vement récent, appartient cependant déjà à cette période très évoluée de l'humanité en France où le milieu culturel l'emporte, et de beau­coup, sur le milieu naturel [...]

Vêtements et habitat, qui protègent des grandes intempéries, se perfectionnent avec le temps et le confort des intérieurs (mobilier, chauffage), se diversifient pour mieux s'adapter aux besoins. L'alimen­tation, sauf lors de rares grandes famines, semble abondante si l'on en croit les rations que les monastères accordent, dans le haut comme dans le bas M.A., à leurs hôtes ou à ceux qui travaillent pour eux [...].

On se lave au MA., on se baigne, dans les étangs et rivières à la campagne, dans les étuves en ville, et c'est un usage assez général de se passer les mains à l'eau avant chaque repas, mais les mouches, très nombreuses à la bonne saison, se posent sur les excréments (depuis deux ou trois décennies, ces derniers ont réapparu en ville!...) et les aliments sans qu'on s'en soucie..."

A cause de la mortalité infantile élevée, l'espérance de vie voisine les 25 ans mais on trouve quelques centenaires. Charlemagne réorga­nise l'enseignement de la physique qui comprend la médecine. Ce­pendant, réservé à un petit nombre de moines et de clercs, l'ensei­gnement de l'art médical reste peu développé et ne délivre pas de di­plôme. On croit au miracle: les psychiatres savent fort bien aujour­d'hui que le moral influe sur le physique. En outre, les constatations médicales de Lourdes relatent des guérisons qui, de nos jours, sont inexplicables scientifiquement.

"Il serait faux, cependant, poursuit J.N. Biraben, de voir dans les hommes du M.A. des foules passives et résignées. Selon la belle ex­pression de Marcel Sendail, «Jamais, avec autant d'intrépidité n'a été assumée la condition humaine dans sa surnaturelle plénitude. Jamais avec autant de foi ne fut conférée à la douleur et à la plaie du corps leur valeur positive et infinie». Les hommes croient que l'on peut agir sur les maladies, non seulement par la prière et le repentir, mais aussi par des drogues composées de simples et de produits, qui agis­sent par leurs qualités, physiques et chimiques ou par leurs vertus surnaturelles, indiquées par les signes".

Vers 1065, Constantin l'Africain se retire au Mont Cassin et traduit de l'arabe 37 œuvres médicales. "Le changement est si profond que l'on peut parler d'une véritable renaissance médicale. La médecine attire alors un nombre croissant d'étudiants et la forme même de l'en­seignement, comme celle de l'exercice de la médecine en sont boule­versées. "

En 1140, Roger II de Sicile organise l'enseignement médical, pres­crivant aux étudiants d'abord 3 ans de logique, puis 5 ans de méde­cine, enfin une année de pratique sous la direction d'un médecin, le tout couronné, pour la première fois, par un diplôme. Ainsi apparais­sent les docteurs en médecine que les Français qualifient alors de physiciens. .

La première faculté de médecine de France est fondée à Montpel­lier au XIIe s.; celle de Paris en 1253, après Toulouse (1229), puis Avignon (1303), Orléans (1312), Cahors (1332), Grenoble (1339),... Autre grand bouleversement de l'art médical, aux XIe et XIIe s., l'Eglise interdit aux moines la pratique de l'art médical (Conciles de Clermont, en 1130, de Reims, en 1131). Le concile de Troyes (1163) interdit la pratique de la chirurgie aux religieux et aux prêtres;.. .

Bien sûr, on fait appel aux rebouteux, aux guérisseurs, rarement cités dans les textes, et aux remèdes simples. "Tisanes, onguents et emplâtres sont les préparations les plus courantes. Tout est cohérent dans les représentations et les discours de cette médecine tradition­nelle qui fait une large place à la prévention. Elle a intégré, au fil des siècles, une grande masse de procédés et recettes empiriques [aujourd'hui oubliés] dont l'efficacité n'est pas toujours négligeable et, dans l'ensemble, moins souvent nuisible que la médecine offi­cielle".

Dans chaque ville tant soit peu importante, des hôpitaux sont fon­dés. Saint Préjet, évêque de Clermont (665-676), fonde un hôpital (xenochium) dans sa ville épiscopale, à l'exemple des Orientaux. En Occident, les grandes invasions ont pratiquement supprimé la plupart des maisons hospitalières; ce sont les évêques et les monastères qui pourvoient à tous les besoins d'hospitalisation. En Brivadois, existent aussi des Hôtels-Dieu, notamment à Brioude, à Auzon, paroisse qui possédait aussi une léproserie à Chappes. Ailleurs, au Puy, à Saugues,. . .

 

Hôpital Saint-Robert

Entre 1053 et 1075, les chanoines de Saint-Julien décident d'éta­blir, à Brioude même, un hôpital ou hospice pour les pauvres et les pèlerins.

Dans ce but, ils achètent à Bompar et Hugues, fils de Guigo, à Eus­torges et Ebrard, fils de Dalmace, à Foulques et Durand, fils d'un autre Dalmace, pour la somme de 70 sous, des bâtiments contigus aux murs claustraux et au cellier du Chapitre, bâtiments concédés jadis à leur grand-père Ugbert par les chanoines, après l'incendie de Brioude al­lumé par Etienne II d'Auvergne, évêque de Clermont, au cours de la guerre qu'il fit contre Etienne Blancon. Ces immeubles (casales) acquis sont ensuite aménagés en fonction de leur destination particulière, puis un directeur ou administrateur est nommé. La chapelle de cet établissement hospitalier sera dédiée à saint Robert, ancien chanoine de Brioude et fondateur de la célèbre abbaye de La Chaise-Dieu, d'où le nom de Saint-Robert donné à cette maison charitable.

D'aucuns ont attribué à ce saint, mais sans raison, la fondation de l'hôpital brivadois. A ce sujet, Amédée Saint-Ferréol, historien briva­dois partial et superficiel - il aurait dû citer ses références et, surtout, utiliser le précieux Cartulaire de Brioude, ouvrage de base indispen­sable pour une histoire solide -, a copié un écrit tendancieux, l'his­toire manuscrite. A sa suite, d'autres auteurs ont commis la même er­reur, se copiant les uns les autres. Aucun document sérieux et ancien ne permet d'attribuer à saint Robert la fondation de l'hôpital brivadois. En outre, il ne semble pas car, c'est le 23 décembre 1043, donc au

moins une ou peut-être plusieurs décennies avant la fondation de la maison charitable brivadoise qui portera son nom, qu'il s'établit, avec deux compagnons, en pleine forêt, à l'endroit où s'élèvera l'importante abbaye bénédictine.

La lèpre ayant disparu de nos régions, les biens et revenus de la lé­proserie de la Bajasse sont réunis, le 4 mai 1696, à l'hôpital Saint-Ro­bert de Brioude.

Malgré les augmentations successives de revenus, l'état de cette maison hospitalière laisse bien à désirer, comme nous l'apprend An­toine-François Le Febvre d'Ormesson, Intendant d'Auvergne.

"Les bâtiments dudit hôpital, écrit-il en 1697, sont composés d'une église ou chapelle érigée sous le nom de saint Robert, d'une salle joi­gnant ladite église, d'où les pauvres peuvent entendre la messe, et dans laquelle salle il y avait deux rangées de lits, chacune de huit,[ce] qui fait seize, garnis de couettes de balle, coussins de plumes, paillasse, couverture, linceuls et rideaux de cadis gris; une cuisine au bout de la susdite salle, deux chambres, galetas et greniers, une bas­se-cour et un jardin; le tout joignant ensemble et clos de murailles.

Il y a actuellement dans ledit hôpital quinze ou vingt pauvres ma­lades et cinq ou six de ces pauvres enfants orphelins qu'on y élève jusqu'à ce qu'ils soient en état de gagner ou quêter leur vie. Le nombre des pauvres malades y est beaucoup plus grand en temps de disette et de maladie, y ayant eu, dans ces dernières années, quarante ou cinquante pauvres malades, y en ayant eu jusqu'à cent quarante au retour de la campagne de Piémont.

Cet hôpital avait souffert cette foule pendant deux mois, ce qui au­rait causé de très grandes dépenses, autant à cause de la maladie desdits soldats, qui était le flux de sang, que pour leur nourriture.

Il y avait autrefois un autre hôpital à Brioude sous le nom de Notre-Dame où l'on logeait des femmes et dont les revenus ont été ré­unis audit hôpital Saint-Robert, où l'on reçoit [maintenant] hommes et femmes. Le bâtiment est tombé en ruines et, comme dans cet hôpital de Saint-Robert, il n'y a qu'une seule salle et que parfois il se passe des choses contre la bienséance à cause de la diversité de ceux qu'on y reçoit, il serait à propos d'établir à cet hôpital une seconde salle pour séparer les hommes d'avec les femmes".

A la suite de ce rapport qui nous montre la misère des hôpitaux à cette époque, la seconde salle réclamée par l'Intendant sera-t-elle aménagée?

A la Révolution, l'hospice Saint-Robert, dénommé alors 'maison d'humanité', est transféré, pour des raisons de commodité et d'hy­giène, du centre ville dans les locaux du couvent primitif de la Visita­tion, à l'emplacement de l'actuel Centre Hospitalier.

 

Hôpital Sainte-Bonette

Au milieu du XIIIe siècle (1257), est fondé un autre hospice, sous le nom d'Hôpital Sainte-Bonette, établi dans l'îlot délimité au nord par la place Saint-Jean, à l'est par la rue de la Rudesse ou des Templiers (rue d'Alsace), au sud par la rue de la Chèvrerie, à l'ouest par la rue de la Petite-Chèvrerie. L'entrée était située sur la place Saint-Jean.

Desservi d'abord par des Frères hospitaliers (Templiers), il est en­suite entretenu par les Chevaliers de Malte. Un document de 1317 dé­signe cet établissement par l'expression "Maison du Temple ou Hôpi­tal de Brioude", appellation qui indique clairement que les religieux templiers s'occupaient naguère de l'Hôpital Sainte-Bonette.

Cette maison hospitalière, tombée en désuétude vraisemblablement à cause de la suppression des Templiers (1312), aurait été reconstruite peu après, à la suite d'une bulle de Clément VI (1342-1352).

 

Hospice Notre-Dame

Nous savons qu'il existait aussi, rue Séguret, un troisième établis­sement hospitalier, l'hospice Notre-Dame, connu sous le nom de Petit Hôpital, où seules les femmes étaient admises. Il avait été fondé au commencement du XVIe siècle, par Antoine II de Langeac, prévôt du Chapitre (1479-1515). Malheureusement, les bâtiments tomberont vite en ruines à l'exception de la chapelle. Les revenus seront alors réunis à l'hôpital Saint-Robert. Les murs rebâtis, les sœurs de la Visitation s'y établiront. Après la Révolution, l'hôpital Saint-Robert y sera transféré. De nos jours, le Centre Hospitalier occupe l'emplacement. La rue Sainte-Marie rappelle le souvenir de cette institution charitable.

 

Fondation de la léproserie de la Bajasse

Malgré les efforts pour soigner les malades, notamment les plus démunis, apparaît, au XIIe siècle, une maladie contagieuse qui cor­rompt les chairs et déroute la médecine, un peu comme le sida de nos jours. On l'appelle lèpre.

Cette maladie infectieuse et chronique due au bacille de Hansen, souvent évoquée dans la Bible - le Lévitique y consacre deux cha­pitres, XIII et XIV -, remonte à la plus haute antiquité. Elle semble connue en Inde dès le XVe siècle avant notre ère. Il n'est pas sûr qu'elle ait existé en Egypte : certains contestent le papyrus médical Ebers (XVIe s. B.C.); d'autres prétendent que les momies égyptiennes en portent des signes. L'Ancien Testament y fait allusion 55 fois, mais il est difficile de traduire les termes décrivant une maladie de peau et d'en donner des équivalents précis dans le vocabulaire médical moderne. Si elle a existé avant que les armées d'Alexandre (IVe s. B.C.) ne la ramènent massivement de l'Inde, elle n'a pu se manifester que de façon sporadique.

Importée en Europe par les armées romaines, elle apparaît assez tôt en France. L'Eglise s'en inquiète et prend des mesures. Dès 549, le concile d'Orléans décrète que chaque évêque doit nourrir et habiller les malades atteints de lèpre. Ces prescriptions charitables sont répé­tées aux conciles de Tours (567) et de Lyon (583). La première lépro­serie connue aurait été fondée en 460. Une autre est donnée comme existant, en 570, à Chalon-sur-Saône.

Mais c'est surtout au XIIe siècle que cette endémie se propage de façon redoutable, favorisée aussi bien par les croisades que les pèleri­nages. Le fléau s'aggravant, les lépreux sont isolés. On sait que cette nouvelle maladie est contagieuse, d'où l'éloignement de ces malades que l'on installe au bord de l'eau pour faciliter les soins d'hygiène. Dans la région de Brioude, quatre léproseries ou maisons hospita­lières sont fondées: la Bajasse, au bord de la Sénouïre, tout près de l'Allier; Chappes, au bord de l'Allier, près d'Auzon; Lempdes, au bord de l'Allagnon; Saint-Barthélemy du Breuil-sur-Couze, au bord de l'Allier. En dehors du Brivadois, il en existe d'autres: une à Langeac au bord de l'Allier; une autre à Brives-Charensac au bord de la Loire, non loin du Puy;... Bien souvent ces maladreries étaient tenues par des religieux infirmiers.

Le testament de Louis VIII, en 1226, fait état de 2 000 léproseries dans le royaume de France et, en 1224, Mathieu de Paris mentionne 19 000 léproseries dans la Chrétienté.

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En Brivadois, un siècle auparavant, avant 1160, Odilon de Cham­bon, chanoine du Chapitre Saint-Julien de Brioude, fait "construire à ses frais, au pont de la Bajasse, pour le salut de son âme, des de­meures et une église pour les lépreux".

En 1161, en accord avec l'évêque de Clermont, il confie la desserte de ce sanctuaire au prêtre DemolIe, en qualité de chapelain, ainsi qu'à trois autres. A cet effet, il ordonne qu'à la mort de l'un de ces prêtres, les trois autres en élisent un quatrième, non point pour raison de ra­pacité mais par motif de piété, en conformité avec le texte de la Sainte Ecriture: "Donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement". Et il leur donne de quoi vivre, sachant que celui qui sert à l'autel doit vivre de l'autel.

Il décide donc qu'il y aurait toujours quatre prêtres desservant l'église du pont de la Bajasse et vivant en ce lieu des donations que le nommé Odilon leur fait. Il leur donne notamment, à tous les quatre, cette église et les maisons qu'il a construites en avant du sanctuaire, ainsi que les champs, vignes,... qu'il possède par achat ou gage, au­ delà de l'Allier, et plusieurs autres choses qu'il lui plaît de leur céder charitablement.

Ce prieuré, dont les biens sont communs avec ceux de la léproserie et gérés par le même administrateur appelé précepteur, est confié très tôt aux chanoines réguliers de Saint-Augustin qui se sont établis à Pé­brac, en 1062.

En 1326, le prieuré et la maladrerie de la Bajasse - l'un s'occupant des besoins spirituels et l'autre des matériels, deux communautés qui vivent côte à côte et se complètent tout en conservant une certaine au­tonomie administrative - s'unissent pour ne former désormais qu'une seule communauté: les chanoines réguliers de Saint-Augustin, au nombre de huit à cette époque, le précepteur, le frère infirmier, les oblats de la léproserie et les lépreux eux-mêmes conviennent de vivre sous l'autorité du même prieur.

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Le rôle de ces maisons de soins fut si efficace que cette maladie va régresser aux XIVe-XVe siècles et disparaître assez tôt de la France et de l'Europe.

Vers la fin du XVIIe siècle, nous le savons déjà, les biens de la lé­proserie de la Bajasse, institution ne répondant plus à sa destination première, sont réunis à ceux de l'hôpital Saint-Robert de Brioude. Les annexes de Lempdes, Chappes, le Breuil seront abandonnées et tom­beront en ruines.

 

Antonins du Viennois à Frugères-les-Mines

A la fin du XIe siècle, un nommé Guérin, seigneur viennois (Dauphiné), est guéri du 'mal des ardents', par l'invocation de saint An­toine. En signe de reconnaissance pour le bienfait obtenu, Gaston, son père, fonde un hôpital au bourg de La Mothe-Saint-Didier (aujourd'hui Saint-Antoine), près de la basilique Saint-Antoine. Le bâtiment construit, il y entre comme infirmier avec son fils en compagnie de sept autres laïcs, pour soigner les patients atteints de ce mal affreux. Au concile de Clermont (1095), le pape Urbain II approuve cette association de frères hospitaliers qui prennent dès lors le nom d'Hospitaliers de Saint-Antoine (habit noir avec une croix d'étoffe bleue en forme de T). Leurs constitutions sont calquées sur celles des Ordres de chevalerie, qui observent la règle de Saint-Augustin.

Primitivement constitués de religieux laïcs, ces hôpitaux le seront par la suite de religieux prêtres.

La congrégation se répand sur toute l'Europe. On trouve ces reli­gieux en Auvergne (Montferrand, La Feuillade, Cusset, Billom, Nébouzat, Pleaux, Frugères, Saint-Victor-sur-Arlanc,...), en Velay (Le Pertuis), en Gé­vaudan (Verdianges, comm. Saugues,...),... La famille de Langeac leur donne trois des plus illustres Maîtres (abbés-généraux) : Antoine, Fran­çois et Louis de Langeac.

Quelle était la nature du mal des ardents? Cette maladie, provo­quée par l'absorption de farine contenant de l'ergotine ou alcaloïde de l'ergot du seigle, présentait les symptômes suivants: frissons, suivis de chaleur avec impression de brûlures - d'où le nom de feu sacré ou feu de saint Antoine donné encore à cette maladie -, délire, prostration, douleurs violentes à la tête et aux reins, troubles psy­chiques, induration et abcès des ganglions axillaires et inguinaux, gangrène des extrémités. Ceux qui guérissaient conservaient souvent des traces de mutilations. Il s'agissait probablement de l'ergotisme convulsif évoluant en ergotisme gangreneux.

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En Brivadois comme ailleurs, ce mal affreux sévit. Les religieux antonins n'hésitent donc pas à y fonder un hôpital.

Ils s'installent à Frugères, avant 1199. A cette date, Robert d'Au­vergne étant évêque de Clermont (1195-1227), un hôpital de cet Ordre est fondé à Montferrand. Or, à ce moment-là, celui de Frugères existe déjà et constitue l'établissement le plus important d'Auvergne avec 4 religieux. Montferrand en possède 3, Saint-Amand 2, Charost 2, Cus­set l, Nébouzat 1.

En mai 1247, le Chapitre Saint-Julien accense (afferme) à perpé­tuité, à Frère Martin, précepteur (commandeur) de la maison de Fru­gères, dépendant de l'Hôpital Saint-Antoine de Viennois, et à ses suc­cesseurs dans la dite maison, la terre inexploitée de Pourcheresses ['Terra de Porcharessas heremo" (Liber Viridis, R 19); lieu détruit, comm. de Lempdes], moyennant un cens annuel de 15 setiers (19,57 quintaux) de bon fro­ment. Ces Frères hospitaliers pourront la cultiver eux-mêmes ou la faire travailler par des' colons' (fermiers). Ce contrat est signé à Brioude dans la salle du Chapitre par plusieurs chanoines, puis à Fru­gères dans la maison avec enclos (uilla) de Saint-Antoine de Vien­nois, par Frère Falcon, maître (supérieur général) de l'Hôpital Saint-An­toine de Viennois dont dépend celui de Frugères et Fr. Martin, précep­teur du lieu.

Remarquons bien l'expression 'bon froment' : du blé et non du seigle. Elle semble indiquer que l'on connaissait déjà à cette époque l'origine du mal.

En 1272, le même bail perpétuel est renouvelé à Jean de Baffie, précepteur de Frugères, probablement successeur du précédent, au même cens mais en plus dix gélines. Les religieux garderont long­temps cette terre en fermage, jusqu'en 1679, date où ils la vendront.

Dans une transaction faite en 1300, Bompar, seigneur en partie d'Auzon, cède au Chapitre Saint-Julien le fief qu'il possède et la dîme perçue par Pierre de la Roche de Brassac, chevalier, vers la Maison de Saint-Antoine de Frugères.

Instruit par la triste expérience de la guerre de Cent Ans, le com­mandeur de Frugères décide la fortification de la Maison occupée par les religieux. Mais le Chapitre de Brioude, haut justicier, veille acti­vement et réagit aussitôt.

Un accord s'ensuit, en 1433. Frère Robert de Saint Arhan (ou Cha­man ?), commandeur d'Auvergne et de Frugères, reconnaît que toute la justice haute, moyenne et basse, mixte et impère, du -lieu de Frugères, appartient au Chapitre. Par contre, il est convenu entre les parties que le fief de la Maison de Frugères, dite de Badefol, appartiendra désor­mais, en fief franc, au commandeur et à ses successeurs.

Quant à la fortification de la Maison de Badefol, déjà commencée par le commandeur sans licence du haut justicier, le Chapitre exige qu'elle reste en l'état. Désormais, pour élever des murailles et creuser des fossés, le commandeur sera tenu de demander l'autorisation capi­tulaire. En outre, aucun 'postel' (postellum, pilori, carcan) ou autre signe de justice que ce soit ne pourra être dressé sur la terre de Frugères. Le commandeur reconnaît aussi devoir payer annuellement au Chapitre 15 setiers de froment (19,58 qu.), 5 d'avoine (6,52 qu.), 5 sous et 5 gé­lines.

Malgré cet accord et sans autorisation expresse, les fortifications sont terminées. Le Chapitre intente alors un procès au Frère Antoine Volpilhère, commandeur de Frugères. En juin 1451, le bailli de Mont­ferrand déboute le Chapitre de ses prétentions et le condamne aux dé­pens. Cette dissension entre les parties va se poursuivre au moins jus­qu'au 13 juin 1565.

Le mal des ardents ayant disparu de nos contrées, la maison hospi­talière de Frugères n'a plus de raison d'être. Vers 1650, les religieux la quittent. Dès lors, la commanderie est reliée à celle de Montferrand qui exploite le domaine de trois paires de bœufs. Mais étant donné la distance qui les sépare, le Père Claude Garnaud, supérieur de Montfer­rand, en accord avec son supérieur général, décide de le vendre.

Par contrat du 1er décembre 1679, reçu Bouchard, notaire à Brioude, R. P. Claude Garnauld, commandeur de Montferrand, vend l'établissement et ses dépendances, au prix de 9 000 livres, à Jean de Pons, écuyer, époux de Françoise de Luzuy, lequel est fils de Damien, sei­gneur de Frugères, et de Françoise de Trémeuges. L'église ou chapelle Saint-Antoine devra être entretenue par le preneur qui nommera un prêtre pour assurer le service, notamment le dimanche et les jours de fête.

Où était situé cet hôpital? Mes investigations ne m'ont pas permis de le localiser avec certitude. Selon l'acte de vente, les bâtiments étaient situés à Frugères, probablement autour de l'église actuelle, tandis que les terres étaient dispersées sur les paroisses de Frugères, Lempdes, Vergongheon, Sainte-Florine, Brassac et Charbonnier.

De nos jours, seul saint Antoine, titulaire de l'église, évoque l'exis­tence en ce lieu de cette ancienne maison hospitalière. Avant la Révo­lution, le prêtre desservant la paroisse signait: 'curé de Saint-Antoine de Frugères' .

 

Cordeliers (1286)

Les Brivadois qui vivent aujourd'hui savent-ils qu'il existait en leur ville, au Moyen Age, un petit asile d'aliénés tenu par les Cordeliers?

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Le nom de Cordeliers provient d'une appellation populaire donnée jusqu'à la Révolution aux Frères Mineurs de l'observance ou conven­tuels, à cause de la corde qu'ils portent en guise de ceinture. Ce nom désigne en fait un religieux de l'ordre franciscain.

L'Ordre des Frères Mineurs a été fondé à Assise, en 1209, par saint François. Dans la pensée du fondateur, les Frères ne devaient pas vivre en clôture, mais prêcher la pénitence. Ils ne devaient posséder aucune propriété, soit individuelle ou collective, mais vivre de leur travail ou de la quête.

Du vivant même du fondateur, cet ordre religieux se développe ra­pidement : le 14 mai 1217, sont constituées des provinces en Alle­magne, Espagne, France, Hongrie, Syrie, puis, en 1224, en Angleterre.

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C'est Anne Fabret, veuve de Jean Odin, qui fonde le couvent de Brioude, en 1286. Elle donnait déjà l'hospitalité aux Cordeliers du Puy lorsqu'ils passaient en Brivadois. Elle tenait en grande estime l'un d'eux, le Frère Vincent Bagès, prédicateur renommé. Cette année-là, elle met donc définitivement sa maison, sise à l'extrémité méridionale du faubourg des Olliers, non loin du Courgoux, et la terre attenante (environ trois 'journaux', i.e. 1 ha), à la disposition de ces religieux.

Ceux-ci achètent, en 1294, à Philippe Lamote, un 'ort' situé au bord du ruisseau 'Gorgon'. Ils décident alors la construction de bâtiments conventuels entourés de murs de clôture. Mais, sans que l'on sache pourquoi, les Brivadois voient d'un mauvais œil l'installation de ces religieux aux mœurs austères. Ils s'opposent à ce projet, en détruisant les murs à mesure qu'ils s'élèvent. Lassés de tant de vexations, les religieux s'adressent alors au Chapitre pour se mettre sous sa protection. Celui-ci transmet au roi leurs plaintes et envoie sur place des gens armés pour surveiller l'avancement des travaux et poste des guetteurs pendant la nuit. De son côté, le roi inflige une forte amende de 1 000 livres aux habitants, pour dommages et pertes subis par les religieux.

Les bâtiments terminés, il reste encore à édifier la chapelle du cou­vent. En attendant, l'office est chanté et la messe célébrée dans une salle voûtée du rez-de-chaussée. C'est en 1317 seulement, que Pons de Polignac, doyen du Chapitre, bénit et pose la première pierre de leur église. Il contribue vraisemblablement au financement de l'édifice car ses armes sont sculptées sur une clé de voûte. L'église terminée ne sera consacrée que le 21 août 1411, par Bertrand de Lisle, religieux des Frères Mineurs et évêque in partibus (episcopus Equinensem).

Plusieurs familles nobles ont contribué à cette construction. Citons notamment Robert Dauphin, dont le père Beraud II est comte de Clermont et seigneur de Mercœur (Ardes). D'abord moine de La Chaise-Dieu, Robert devient abbé commendataire d'Issoire, puis suc­cessivement évêque de Chartres (1432) et d'Albi (1433); il finance l'édi­fication du chœur de l'église où il désirera être enterré. Il mourra vers 1461. Avant la Révolution, son mausolée se situait dans le chœur, du côté de l'évangile, protégé par un grillage en fer forgé. De ce monu­ment saccagé pendant cette période, Paul Leblanc conservait, il y a quelques décennies, la tête du prélat.

Dans cette église, une des chapelles latérales, construite dans ce but au début du XVIIe siècle, sera destinée à la confrérie des Pénitents. Celle-ci sera fondée, le Il avril 1607, avec l'autorisation du Chapitre et l'approbation papale.

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Placé sous la protection du Chapitre, le monastère peut s'adonner en toute sécurité à la louange divine et à son rôle éminemment social, le soin d'aliénés dont les religieux s'occupent, dans la maison même. Plusieurs d'entre eux, spécialisés dans cette maladie fort pénible pour le patient et son entourage, fondent à la Celette (Corrèze) un établisse­ment destiné à ces malades, devenu de nos jours un des plus impor­tants de la région.

Vers 1450, un certain relâchement s'introduit dans la communauté. Quelques religieux abandonnent la communauté, emportant meubles et vases sacrés pour les monnayer. Mais, à l'aide du Chapitre, le Frère Jean Marclin, cordelier, professeur de théologie, réussit à réprimer le désordre. Louis XII, en 1498, charge le Chapitre de faire récupérer les calices, reliquaires et ornements liturgiques volés.

En 1793, les religieux sont dispersés. Les bâtiments et le jardin y attenant mis en vente sont adjugés au citoyen Beaune, pour la somme de 31 000 livres. Un fabricant de tulle de Lyon, nommé Bonnard, y ins­talle une filature qui va très vite péricliter. La chapelle, située sur l'actuelle avenue Léon Blum, est démolie. Le troisième volet d'un triptyque dont les deux autres ont disparu à la Révolution est le seul objet provenant de ce sanctuaire. Cette admirable peinture représen­tant la sainte famille, attribuée à un élève de Léonard de Vinci, est actuellement conservée à la sacristie de la basilique Saint-Julien.

D'autres maisons hospitalières, à la fois militaires et religieuses, vont également s'implanter en Brivadois. Il s'agit des Chevaliers de l'Ordre du Temple et ceux de Saint-Jean de Jérusalem.

 

Chevaliers de l'Ordre du Temple

Fondés à Jérusalem, en 1119, par Hugues de Payens (ou Payns), chevalier champenois, et huit autres gentilshommes, les Pauvres Che­valiers du Christ - telle est leur première appellation - adoptent la règle de saint Augustin, se destinent à la police de la Terre Sainte et à la protection des pèlerins. Baudouin II, roi de Jérusalem, leur donne comme siège une maison bâtie sur les ruines du Temple d'où leur nom. Cet Ordre se répand très vite dans toute l'Europe.

Nous le trouvons présent en Brivadois dans quatre commanderies: dans la ville de Brioude (rue Saint-Jean), à Farreyrolles (comm. de Léo­toing), au Chambon (comm. de Cohade), au bord de la rive gauche de l'Allier, à l'est d'Ouillandre, et à Chanteduc (comm. de Laval-sur-Doulon).

Les Templiers se sont installés à Brioude, sur un important axe routier, avant 1227. Une transaction de cette année-là, passée entre ces religieux et le Chapitre, reconnaît qu'ils jouiront paisiblement de ce qu'ils détiennent en la ville et territoire de Brioude, qu'ils pourront aussi édifier une chapelle et avoir un cimetière au Chambon.

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La commanderie des Templiers du Chambon dont il ne reste aucun vestige aujourd'hui, fondée vers 1227 par celle de Brioude, passe, en 1313, aux Hospitaliers et devient, lors de la réorganisation des com­manderies de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, un membre de la commanderie de Courteserre (P.-de-D.). Son église, dédiée à saint Jean-­Baptiste et à saint Georges, sera édifiée, avec l'autorisation du Cha­pitre, après 1227.

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La Maison des Templiers de Farreyrolles, dont le précepteur est mentionné dans un acte de 1295, fondée vraisemblablement par celle de Brioude comme la précédente, passe également aux Hospitaliers, en 1313, et devient aussi membre de la commanderie de Courteserre. Un bâtiment rectangulaire en cours de restauration, flanqué d'une grosse tour circulaire ou donjon à l'angle nord-ouest, permet de situer l'emplacement primitif. A remarquer des fenêtres à meneaux sur la fa­çade méridionale et d'autres plus récentes, à linteau en arc surbaissé, sur celle du levant.

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La commanderie des Templiers de Chanteduc, sur laquelle les do­cuments anciens sont muets, passe, en 1313, comme les précédentes, aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Des visites effectuées aux XVIIe et XVIIIe siècles, indiquent qu'il n'y a ni maison, ni grange, ni chapelle; il subsiste seulement deux ou trois ruines, jadis granges, maison, étables, cour et jardin, jouxtant le chemin allant de Chanteduc à Laval, de midi, et le communal des Plates, de tous côtés.

Le 1l brumaire de l'an II (6 nov. 1793), le domaine appelé 'de Chantaduc", situé dans le village, dépendant de la commanderie de Courteserre et ci-devant joui par l'Ordre de Malte, consistant en prés, champs, buges, estimé 7 334 livres 16 sols, est adjugé à Antoine Sauvadet, cultivateur habitant au village de Coupat (comm. Echandelys) au prix de 15 800 livres. Le 12 brumaire de l'an III (2 novembre 1794), le même ac­quiert, pour la somme de 20 500 livres, le 'bois du commandeur', sis à Chalus (comm. Saint-Vert), contenant 13 septerées et 4 coupées (8,9459 ha), mis à prix 9 100 livres.

 

Commanderie Saint-Jean de Brioude

"L'histoire de l'Ordre souverain de Malte, écrivait, en 1989, Mgr Henri Brincard, évêque du Puy, est une de ces aventures de la charité qui illustre le dynamisme et la fécondité de l'Eglise, et qui contribue à l'heure actuelle encore à la construction effective de l'Europe, et à l'expression formelle d'une vocation du monde occidental.

Fondé dans les toutes premières années du XIIe siècle, l'Ordre des Frères de l'Hôpital de Saint-Jean-Baptiste de Jérusalem se voue en Terre Sainte au service de «nos seigneurs les malades», sans distinc­tion de race, ni de religion. Il s'implante en Velay déjà, en ce même siècle, quelques années seulement après sa reconnaissance par le pape Pascal II, en 1113".

En fait, cet Ordre est un peu plus ancien. Au Xe siècle déjà, il existe à Jérusalem, près de l'église du Saint-Sépulcre, une communauté de laïcs qui soigne pèlerins et malades de toutes confessions. Lors de l'entrée des croisés dans la Ville sainte (1099), Gérard Tunc groupe ces Hospitaliers Saint-Jean ou Frères de l'hôpital Saint-Jean, en un ordre religieux chargé d'abord de soigner les malades puis de fournir une es­corte aux pèlerins. Le 15 février 1113, le pape Pascal II confirme l'existence des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, soumis vrai­semblablement alors à la règle de Saint-Augustin. En 1120, à la mort de Gérard Tunc, Raymond du Puy, son successeur, fixe les statuts qui seront complétés à plusieurs reprises.

Vers 1153, ils sont installés au Puy

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A Brioude, les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem succèdent aux Templiers, après la suppression de ces derniers (1312). Ils s'occu­peront de l'hôpital Sainte-Bonette, au cours de la première moitié du XIVe siècle.

La commanderie brivadoise est un membre de la commanderie de Montchamp (Cantal) où réside le commandeur. Elle a son entrée place Saint-Jean. Elle doit être assez vaste et possède, dès l'origine, une cha­pelle, ce qui porte à croire que ce sanctuaire faisait partie de l'ancien hôpital. Là se trouve le siège de la juridiction du membre de Brioude qui possède une maison dans la ville, des biens fonciers, des dîmes, cens, rentes et droits divers aux environs.

La maison est en ruines à la fin du XVIe siècle. Le 19 février 1599, le commandeur Jacques de BIot établit le montant des réparations: 160 livres 6 sols, 3 deniers, plus 10 livres pour "faire sortir la vilaine et le ma­nant qui sont dans ladite maison", squatters avant la lettre.

Un procès-verbal de visite, daté du 18 juin 1616, décrit cet im­meuble: "Sommes entrés dans ladite maison, laquelle avons trouvée consister en une basse-cour, un puits à côté, en cave, cellier, cuvier, cuisine, chambres, salles, cabinets et grenier, où l'on monte par un [escalier] à vis de pierre, couverte de bois et tuiles creuses, bien répa­rée et restaurée à neuf, située en la place Saint-Jean,... Ladite église Saint-Jean étant au-devant de ladite maison, la rue entre deux".

Le compte-rendu des visites effectuées en 1734 et 1775 donne une description détaillée assez semblable au procès-verbal précédent, avec quelques détails supplémentaires: entrée par un grand portail dont la voûte se prolonge sur 30 pieds (environ 10 m), une écurie au fond de la cour avec grange à foin au-dessus, à côté de la cuisine est une grande salle à sol carrelé avec cheminée en pierre de taille, garnie de boiserie, éclairée par deux fenêtres donnant sur la rue, celles-ci garnies de vitres au petit plomb.

A remarquer la chambre des archives où sont conservés les titres de la Commanderie, inventoriés avec soin en 1769, comprenant notam­ment les terriers de la Commanderie de Montchamp et ceux de ses membres.

En 1792, la Révolution décrète la confiscation des biens de l'Ordre de Malte et leur vente. Le Il avril 1793, la maison, estimée 6 000 livres est adjugée 1l 200 livres au citoyen Claude Bouthoux, marchand à Brioude. Cet établissement, confiné au nord par la place Saint-Jean, dans lequel on accède par un passage voûté ouvrant sur une petite basse-cour où se trouve un puits, comprend alors quatre bâtiments au rez-de-chaussée dont deux servant d'écuries; les chambres sont situées aux premier et second étages. Les autres biens immobiliers sont ven­dus par la suite.

De nos jours, aux n° 9 et 1l de la place Saint-Jean, on peut encore voir le passage voûté au sol strié et le vieux puits coupé en deux par un mur mitoyen, surmonté d'une arcade en plein cintre.

 

VIII            Prévôté, bailliage, élection, présidial

 

Dès le milieu du IXe siècle, à l'époque de la décadence carolin­gienne, les comtes se transforment, de nouveau, en une aristocratie terrienne, militaire et héréditaire, se situant au centre même de l'évolu­tion féodale. Usurpant les droits régaliens dans les circonscriptions qu'ils gouvernent, ils deviennent en quelques décennies de puissants seigneurs, détenteurs de biens désormais tenus à titre héréditaire. Dès lors, se produit une mutation du titre de l'homme à la terre: le comte est celui qui tient un comté. Ainsi apparaissent des comtés ecclésias­tiques, dont le maître se trouve évêque ou archevêque comte: l'évêque du Puy, comte du Velay; celui de Mende, comte du Gévaudan,... Les chanoines, allant à l'encontre de l'esprit évangélique, s'affubleront même du titre pompeux et indu de 'comtes' 1...

Avec ces nouveaux changements, disparaissent en même temps les anciennes fonctions et notamment celles du 'vicaire'. D'autres appa­raissent : celles du prévôt royal, du bailli,...

 

Prévôté du Brivadois

Le prévôt est un agent placé par le roi pour percevoir les revenus domaniaux et rendre la justice; il est en outre investi de certains pou­voirs administratifs et militaires mais dont l'étendue sera restreinte par celle du bailli et du sénéchal. La circonscription où il exerce sa fonc­tion s'appelle évidemment prévôté.

Cette prévôté royale, bien distincte de celle du Chapitre qui était d'ordre seigneurial, comprend: Brioude, Fontannes, Lamothe-Canil­hac, Agnat, Vieille-Brioude, Comps-Lavaudieu, Frugières-le-Pin, Domeyrat, Chassagne, La Brousse, Lugeac, Mercœur, Saint-Just-près-­Brioude, Ally, Saint-Ilpize, La Chomette, Sansac, Salzuit, Saint-Pré­jet, Saint-Géron, Lorlanges, Blesle, Espalem, Molèdes, Notre-Dame de Laurie, Auriac-l'Eglise, Massiac, Saint-Etienne près de Massiac, Saint- Victor près de Massiac, Saint-Poncy, Lubilhac, Bonnat, Pey­russe, Saint-Beauzire, Molompize, Saint-Mary-le-Plain, Charmensat, Vieillespesse, Chanet, Celoux, Lastic, Fournols.

La prévôté brivadoise a subsisté jusqu'en 1648.

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Un problème se pose, puisque le Chapitre ne tolère aucun officier royal dans la ville de Brioude ('sub nullius ditione fuissent'), où réside cet officier? Il habite probablement en dehors de l'agglomération, dans une localité voisine. Sa fonction est tellement discrète que les docu­ments n'en parlent pas. C'est pourquoi, on préfère l'appellation pré­vôté du Brivadois plutôt que prévôté de Brioude.

 

Bailliage

Dans le but d'affaiblir la féodalité et affermir son autorité, le roi de France comprend vite l'insuffisance de ses agents domaniaux tradi­tionnels, les prévôts. Il institue donc, vers la fin du XIIe siècle, des commissaires royaux, appelés baillis, pour contrôler l'administration prévôtale et les officiers locaux d'origine féodale. La première men­tion de baillis apparaît en 1190, sous Philippe Auguste.

Vers 1230, ces officiers royaux reçoivent des circonscriptions pré­cises, appelées' bailliages'; ils sont astreints à résidence fixe et sou­mis à une réglementation rigoureuse. Recrutés dans la petite noblesse, ils possèdent de larges pouvoirs et notamment: contrôler les prévôts, centraliser les recettes, convoquer et commander le ban et l'arrière-ban, garder les forteresses royales. Ils exercent aussi la justice au nom du roi, en tenant des assises en divers lieux de leur circonscription.

On sait qu'un bailli, Amaury de Courcelles, avait été nommé par le roi (1238) pour administrer l'Auvergne. D'autres baillis secondaires sont aussi nommés à la tête de circonscription plus petites: Auzon, Langeac, Nonette, Monton, Pont-du-Château, Cébazat, Ennezat, Riom, Châtel-Guyon,...

A partir du XIVe siècle, les baillis perdent leur compétence fiscale au profit des receveurs. De même dans le domaine judiciaire, où ils recourent trop souvent à des suppléants nommés par eux, les lieute­nants. Au XVIe siècle, avec l'établissement de nouvelles juridictions, l'importance du bailli déclinera mais l'institution survivra jusqu'à la Révolution.

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L'un des baillis brivadois les plus célèbres est sans doute Vincent Cigauld, licencié en droit, auteur d'un ouvrage juridique imprimé à Lyon, en 1515.

 

Election

Les élections ont été créées, en 1355, pendant la guerre de Cent Ans, dans le but de lever des subsides de guerre. Des officiers royaux, appelés 'élus', exercent leurs fonctions dans le cadre des diocèses jus­qu'à la création de leurs circonscriptions, les élections, qui apparais­sent vers 1380.

L'élection de Brioude, située partie dans la Limagne et partie dans la montagne, mesure 18 lieues de longueur (80 km) et 14 de largeur (62 km). Elle est limitée par celle d'Issoire au nord, celle du Velay à l'est, celle du Gévaudan au sud, et celles de Riom et de Clermont, à l'ouest. Elle comprend cinq villes - Brioude, Blesle, La Chaise-Dieu, Paul­haguet, Langeac - et près de 150 paroisses.

Elle déborde sur le canton d'Allègre en entier, Beaune et Chomelix du canton de Craponne, Saint-Paulien, Saint-Geneys et Lissac du canton de Saint-Paulien, Vazeilles-Limandre, Saint-Jean-de-Nay, Ver­gezac, Le Vernet, Saint-Privat-d'Allier du canton de Loudes. Elle em­piète aussi dans le Cantal, sur le canton de Massiac en entier, Char­mensac du canton d'Allanche, Allanche, Celoux, Chazelles et Rageade du canton de Ruines-en-Margeride, Charaix.

Ceux qui désirent consulter la liste peuvent se référer à l'ouvrage de Chabrol (Coutumes d'Auvergne, t. IV, p. 139-141).

 

Présidial

Par un édit de janvier 1552, Henri II élève 61 tribunaux de bailliage à la dignité de sièges présidiaux. Ces nouvelles juridictions conservent leur ancienne compétence civile et criminelle, mais possèdent, en outre, le droit de juger en dernière instance certaines affaires civiles, dont le montant est inférieur à 250 livres:. En appel, elles reçoivent des causes jugées par les bailliages.

Destinée à restreindre les appels aux parlements, cette nouvelle ins­titution suscite l'opposition des parlementaires, qui se voient désor­mais privés d'un certain nombre de causes et des épices.

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Après "s'être informé du profit que donnerait la création d'une sé­néchaussée et siège présidial de Brioude, au pays d'Auvergne, ville la plus commode et la plus proche des villes et autres juridictions,... tant à cause de sa situation que des faciles abords qu'il y a en toutes sai­sons...", Louis XIII érige à Brioude, en 1635, une sénéchaussée et siège présidial, composé d'un lieutenant général, un lieutenant crimi­nel, un lieutenant particulier, un assesseur civil et criminel, treize conseillers, deux commissaires examinateurs héréditaires, un secré­taire, un 'enquesteur', un adjoint, un substitut du procureur, un clerc d'audience, un garde du personnel, un receveur et payeur des gages des officiers du siège, un receveur des espèces et amendes, un rece­veur des consignations, un contrôleur de la recette, six greffiers,... vingt procureurs postulants,. .. Au total, plus de cinquante personnes!

Mais les chanoines-comtes, aidés par les officiers de la sénéchaus­sée de Riom qui se voient dépouillés de certaines causes, obtiennent sa suppression, l'année suivante, moyennant le somme de 66 000 livres:.

Louis XIV le rétablit, en 1653. Après avoir rappelé l'édit de 1635 accordé "par son très cher et honoré père", il réunit en même temps, pour éviter la multiplicité des degrés de juridiction, les justices sei­gneuriales du Chapitre, du prévôt et du doyen, souhaitant qu'il "n'y ait dans la ville de Brioude qu'un corps consulaire à l'instar des autres villes ".

Mais, les officiers de la sénéchaussée de Riom et le Chapitre ten­tent, par tous les moyens, d'empêcher l'exécution de cet arrêt. Malgré l'intervention active et habile de Julien Dejax, avocat distingué de l'époque (v. 1760), raison est donnée à ceux qui, intervertissant les rôles, demandent que "le roi impose un silence perpétuel à cette ville inquiète et jalouse, à ces esprits entreprenants, odieux, qui ne se sou­cient ni de justice, ni du bien public, quand il s'agit de leurs intérêts".

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En 1791, la justice de l'ancien régime s'effondre. Les cinq juridic­tions existant à Brioude et possédant encore ses juges et ses officiers - l'élection, le siège des gabelles, le bailliage de la communauté de Malte, celui de la ville et celui du prévôt civil - sont supprimées. Elles sont remplacées par les justices de paix du canton et de la commune, et le tribunal du district. Quant à la juridiction consulaire, elle ne change que de nom en devenant le tribunal de commerce.

 

IX          Lutte des bourgeois pour obtenir leurs franchises communales

 

Par suite de l'évolution économique de l'Europe occidentale - re­prise des affaires et du commerce, développement 'urbain, essor de l'artisanat et apparition d'un patriciat (bourgeoisie) -, des associations de bourgeois, dans une même localité, prennent naissance en France, au XIe siècle. Elles ont pour but de se défendre contre les exactions des seigneurs en leur imposant la reconnaissance de certaines fran­chises, notamment: liberté de commerce et droit de s'administrer elles-mêmes.

En France, la première commune constituée est celle du Mans, en 1069, puis Cambrai (1077), Beauvais, Saint-Quentin, Arras, Noyon (1108-1109), Valenciennes, Amiens, Laon (1112-1115),... Dans les villes du Midi, le mouvement commence plus tard: Montpellier (1142), Bé­ziers (1167), Toulouse (1188), Nîmes (1207),...

En Auvergne, de nombreuses villes obtiennent leurs franchises communales: Nonette (1188), Clermont (mai 1198, confirmée par le roi en août 1254), Maringues (mai 1225), Ambert (juillet 1239), Olliergues (oct. 1252), Le Cendre (8 févr. 1259), Auzon (v. 1260), Vodable (mai 1262), Pa­gnan (févr. 1268), Riom (début juill. 1270), Cébazat (juill. 1270), Ravel et Salmeranges (entre 1262 et 1280), Pont-du-Château (12 juill. 1270), La Roche (1291), Le Broc (30 avri11292), Vollore (1311), Vic-le-Comte (2 nov. 1367), Lezoux (11 janv. 1393),... En Gévaudan, Saugues obtient ses franchises, en 1434,...

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Les patriciens ou bourgeois (burgenses) de Brioude ne sont pas les derniers à vouloir s'ériger en commune, à tenter d'obtenir leurs fran­chises communales, à s'affranchir de la tutelle de leurs seigneurs les chanoines, afin d'acquérir une certaine autonomie en matière judi­ciaire, administrative, financière, voire même militaire, à développer amplement leurs entreprises artisanales et commerciales, à profiter au maximum du travail de leurs subordonnés, en tirant à eux la plus grande partie des bénéfices qui en résultent. En fait, on assiste à un ef­fort intense pour la division de la ville en deux classes: le patriciat et la classe populaire, clivage qui persistera longtemps!.. .

Mais le Chapitre de Brioude se retranche derrière la charte de Louis le Débonnaire, donnée en 825, qui l'affranchit de toute juridic­tion, de toute puissance autre que celle du roi, et cela en termes clairs et expressifs. Cette charte fut d'ailleurs ratifiée par Pépin 1er duc et roi d'Aquitaine dont dépendait l'Auvergne, par Charles le Chauve,... Ces deux derniers souverains voulant et ordonnant expressément que l'E­glise brivadoise ne dépendît d'aucune juridiction, ni d'aucun évêque, abbé ou comte. Le roi Louis VII confirma les chartes précédentes. Les bourgeois de Brioude tentent par tous les moyens de faire sauter ces verrous et leur tentative est encore avivée par le fait que la ville proche d'Auzon, qui appartient en partie au roi, vient d'obtenir ses chartes de franchises (v. 1260). Dans ce but, de nombreux procès ont déjà été intentés, d'autres le seront.

 

Accord (charte) de 1276

En 1274, surgit donc une nouvelle instance, portant notamment sur la forme des assemblées de ville. En l'occurrence, sachant pertinem­ment que les anciens procès n'ont pu aboutir car la défense est bien assise, les bourgeois proposent de faire appel à des médiateurs et de s'en tenir à leurs décisions pour toutes les demandes formulées.

Le Chapitre acquiesce. Albert de Molette, abbé de La Chaise-Dieu (1256-1285), et Beraud, seigneur de Mercœur sont choisis comme ar­bitres des parties en présence, en l'an 1276, le vendredi après la Pen­tecôte.

Voici leurs décisions qui ont valeur de charte de franchises:

"1 - Les murs de la ville, les clefs, les portes, les fossés, les forts, les places seront et appartiendront de plein droit au Chapitre, suivant les privilèges à lui accordés de longue date. Les bourgeois seront te­nus de reconnaître [ce droit] et de l'avouer, chaque fois qu'ils en seront requis par le Chapitre.

2 - Les maisons bâties contre les murs de ville subsisteront; on pourra les réparer et les améliorer, en construire d'autres dans les lieux vides (vacants), le long des murailles, mais non édifier des la­trines ou des murs dans les fossés. Les propriétaires des maisons [construites le long des murailles] seront tenus de nettoyer les fossés et de réparer les murailles de la ville quand il sera nécessaire.

3 - Les habitants seront tenus de rapporter, une fois l'an, les clefs des portes de la ville au Chapitre, qui les confiera à des hommes de probité, résidant près des portes de cette cité. Ceux-ci prêteront ser­ment de bien ouvrir et fermer les portes suivant la coutume, sauf en cas imprévu, tel que l'arrestation de quelque prisonnier.

4 - Le Chapitre pourra avoir dans les fortins des prisons et, si elles ne suffisaient pas pour tous les prisonniers, il pourra en faire construire deux ou trois de plus.

5 - Les habitants ne pourront avoir ni consul, ni recteur mais seu­lement des procureurs pour les moindres affaires de la ville, [procureurs] qu'ils nommeront tous les ans s'ils le veulent ainsi; tou­tefois, ces procureurs ne pourront servir à poursuivre les procès que s'ils [les habitants] ont quelques procès considérables à poursuivre. ils pourront nommer un ou deux procureurs après avoir demandé le consentement du Chapitre pour les autoriser à faire leur diligence en ce qu'il est compétent, en avertissant les deux syndics du Chapitre ou [tout au moins] l'un d'eux, lesquels auront un délai de deux jours pour s'assembler. Après un délai de quatre jours, si le Chapitre refuse son consentement, ils pourront les nommer et, dans le cas où ils aient besoin d'argent pour la poursuite de leurs affaires, ils prieront le Chapitre de leur permettre de lever des impôts sur les habitants. [Pour cela], le receveur nommé prêtera serment au Chapitre d'exiger fidèlement le paiement, sans épargner personne. Au cas où il se trou­verait des rebelles, il s'adressera au Chapitre pour que celui-ci les contraigne. Les habitants ne seront admis à [lever] aucune autre im­position avant que l'argent de la première n'ait été employé, en justi­fiant devant le Chapitre [le mode] de cet emploi.

6 - L'abbé de La Chaise-Dieu et le seigneur [Beraud] de Mercœur déclarent qu'ils ne peuvent juger ni [se] prononcer [pour savoir] si les habitants auront arche commune (lieu d'une communauté, d'une ville où sont déposés les titres et l'argent ou trésor public) ou non, n'y ayant pas été autorisés par les parties.

7 - Les habitants auront un sceau pour sceller seulement leurs procurations ou les certificats qu'ils donneront aux habitants qui sont absents, sans pouvoir en faire autre usage et, quand ils emprunteront, ils ne pourront faire d'emprunt qu'après avoir payé le premier.

8 - ils pourront faire des voûtes et d'autres réparations à leurs bâtiments, sans cependant gâter les rues, ni les places publiques. Le Chapitre aura le droit de faire faire les criées et les bans mais, quant à celui des vendanges, le Chapitre consultera quatre ou sept habitants, non par nécessité mais par honnêteté. Finalement, on permet aux drapiers de vendre leurs draps à leurs portes ou ailleurs, à la fête de [la] Sainte-Croix, et le Chapitre aura la Leyde (taxe sur la vente) à cette fête, à celle de saint Julien et à celle des Rameaux, à moins que les habitants ne prouvassent le contraire.

Ledit acte passé à Brioude, signé des deux seigneurs médiateurs, des deux parties, de plusieurs membres du Chapitre et de nombre des habitants les plus notables, le vendredi après la Pentecôte 1276".

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Comme on peut le constater, certaines franchises communales sont accordées aux Brivadois - droit de bâtir contre les murailles et dans les lieux vacants, garde des clefs de ville sous le contrôle du Chapitre, liberté de se doter de procureurs, de lever des impôts, de posséder un sceau,... - mais l'essentiel leur est refusé, notamment la possibilité d'élire des consuls, de posséder une 'arche' commune,...

C'est pourquoi, sans tarder, ils vont revenir à la charge.

 

Arrêt du Parlement, sous Philippe lll le Hardi (1280)

La charte de 1276 ne les satisfaisant pas, ils intentent un autre pro­cès contre les chanoines ou plutôt, ils poursuivent le précédent.

Ils prétendent avoir le droit de communauté, la garde des clefs des portes, des murailles, tourelles, fossés, tours et forteresse de la ville, de posséder un sceau et arche commune, la propriété des places va­cantes, des communaux au-dedans et au-dehors de la ville, de disposer du guet et des sentinelles dans la ville, d'élire des consuls, procureurs et administrateurs, d'avoir le droit d'imposer la taille, d'assembler le peuple, d'ordonner des criées publiques, d'exercer la police en ville.

Pour le maintien de tous ses droits, le Chapitre exhibe ses privi­lèges et leur possession de longue date, avançant qu'il était le seul sei­gneur de Brioude. Il condamne l'absurdité des demandes formulées par les bourgeois, dont ils viennent d'être déboutés.

Finalement, en 1280, par arrêt contradictoire, les Brivadois sont de nouveau déboutés de leurs requêtes et le Chapitre confirmé dans ses prérogatives.

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Cette sentence est proclamée par Guillaume Gardelle, garde des sceaux du roi en Auvergne, en présence de plusieurs habitants de Brioude, puis enregistrée à Riom, en 1286, le mercredi après la fête de l'Annonciation, sous le règne de Philippe IV le Bel qui, suite à la demande du Chapitre, confirme la charte ou arrêt de son père.

 

Tentatives diverses et arrêts consécutifs

En 1302, le Chapitre autorise les habitants à se doter d'un procureur et à prélever des deniers sur toute la ville pour leurs affaires communes. Le 8 novembre 1304, il leur permet de plaider contre lui.

Suite à une lettre adressée par le Chapitre à Louis X (1314-1316) touchant la forme et manière de convoquer et de tenir les assemblées des habitants comme elles l'avaient été sous le règne de son père, le roi répond favorablement par une charte donnée à Paris, au mois de juillet 1315.

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Vers 1321, Guillaume Deldon et divers habitants s'adressent au Chapitre au sujet de communaux proches de la ville, dont certains autres habitants se sont emparés. Prudents, les syndics des chanoines répondent que l'on ne peut prendre leurs demandes en considération car elles ne sont pas présentées par l'ensemble des habitants; en outre, répondre favorablement à leurs requêtes serait reconnaître qu'ils re­présentent une communauté avec droit de s'assembler, droit qu'ils ne possèdent pas. Cependant, ces mêmes syndics leur déclarent qu'ils ont commis des juges pour examiner leurs demandes et leurs droits et, en

conséquence, faire justice aux plaignants. L'acte est passé la même année par Robert de Viviers, après la fête de sainte Marguerite. Mal­heureusement, l'Histoire manuscrite du chanoine de Bragelongue et d'Antoine de Bressolles ne donne pas les conclusions.

En 1330, ils s'assemblent, en accord avec le Chapitre, pour l'im­position des tailles. Au cours de cette réunion, il est convenu que les préposés à cet office donneront caution valable.

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La guerre de Cent Ans n'arrête pas l'opiniâtreté des habitants, ni la ténacité des chanoines. Le mardi après l'Annonciation 1363, un traité est conclu avec les Brivadois, suivant lequel Etienne de Charmensac et Beraud de Guil­hem sont nommés syndics du Chapitre pour présider aux impositions des tailles: la levée en sera faite par des collecteurs dont les habitants se porteront caution.

En 1373, le Chapitre autorise les habitants, en qualité de particu­liers et non autrement car ils ne constituent pas une commune, à en­voyer "une procuration à leurs procureurs" (sic) à Paris pour leurs af­faires .

Le 30 mars 1374, une sentence émanant des Requêtes du Palais déboute les habitants de leur demande visant à former un consulat de ville et à lever des deniers (impôts), sans le consentement du Chapitre, ainsi que la garde des clefs.

La même année, celui-ci s'adresse au roi concernant 150 habitants qui se sont assemblés pour se soustraire à sa juridiction. Le 20 mai suivant, Charles V ordonne au bailli d'Auvergne de faire une enquête à ce sujet contre les habitants, tant au civil qu'au criminel.

Un arrêt du Parlement, prononcé le 19 juillet 1375 contre les habi­tants, permet au Chapitre de lever les impositions de la taille et cela malgré l'opposition des bourgeois qui s'étaient pourvus en ladite Cour pour ce motif.

Le 6 juillet 1378, s'adressant au premier huissier venu, Charles V fait exécuter l'arrêt intervenu quatre jours plus tôt, concernant les as­semblées des habitants et la forme de les tenir.

En 1420, le futur Charles VII adresse une lettre au Chapitre, défen­dant aux habitants d'avoir des commis consuls, des procureurs et de tenir des assemblées, sans avoir auparavant obtenu l'autorisation du Chapitre.

L'année suivante, le Chapitre se plaint au dauphin Charles pour in­terdire les assemblées illicites des habitants. Le futur roi s'adresse au bailli d'Auvergne l'invitant à procéder à une enquête et à rétablir l'ordre conformément aux décisions primitives.

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La guerre de Cent Ans finie, les bourgeois brivadois reviennent à la charge avec plus d'ardeur encore dans le but de s'affranchir définiti­vement de la tutelle gênante du Chapitre.

Un arrêt du 29 janvier 1432 porte défenses les plus expresses aux habitants de tenir leurs assemblées sans autorisation du Chapitre, pour le motif qu'ils ne constituent ni corps, ni communauté, ni consulat.

D'autres arrêts royaux de même nature sont prononcés pour dé­fendre aux habitants de s'assembler sans l'avis capitulaire, notamment en 1437,1442 et 1456.

Mais les bourgeois tiennent encore des assemblées de leur propre autorité et se pourvoient à la Cour des Aides de Clermont-Ferrand. Le Chapitre porte plainte à Charles VII, le 1er décembre 1442. Le roi commet Robert Thibon, conseiller au Parlement pour connaître de cette cause. Ce différend est ensuite porté au Parlement. Le 23 janvier suivant, la cour déboute les habitants de leurs prétendus droits, avec inhibition et défense de tenir à l'avenir de pareilles assemblées et de se conformer à la teneur des divers arrêts de la Cour.

Le 11 octobre 1455, un accord intervient entre les parties, décidant que le Chapitre imposera les tailles et les deniers royaux sans que les habitants puissent s'y immiscer en aucune façon. Le traité est signé devant Alger, dit Regin, et scellé par Antoine Durif, garde scel, établi à Usson.

Par ordre du roi, le 23 juillet 1481, le sénéchal d'Auvergne réitère la défense expresse aux habitants de s'assembler sans autorisation, "de ne faire corps, ni prendre la qualité de consuls".

Mais les habitants ne désarment pas et les chanoines tiennent bon. La pression des bourgeois s'intensifie même.

Les arrêts successifs du 21 août 1494 et du 21 juillet 1496 débou­tent les habitants de leurs demandes et de leurs lettres d'entérinement, obtenues au conseil privé du roi, pour la tenue de leurs assemblées dans le lieu qui leur plairait, sans la permission du Chapitre.

Un autre arrêt du 21 juillet 1503 se fait encore plus pressant, par l'intermédiaire d'amendes. Il déboute encore les habitants de l'entéri­nement de certaines lettres royaux par eux obtenues pour l'établisse­ment d'un consulat, datées du mois de février de l'année précédente. Celles-ci sont déclarées nulles et sans effet, avec inhibition et défense aux habitants d'user d'elles, en quelque manière que ce soit. Pour ce motif, les nommés Bellet, Chaudon et Trioullier sont condamnés cha­cun en particulier à l'amende de 40 livres envers le roi, pour œuvres pies royales et capitulaires. En outre, tous les habitants sont condamnés à 10 livres et aux dépens.

Ces derniers réagissent vivement, en sommant le Chapitre, le 14 novembre suivant, afin que celui-ci leur donne un local pour s'assem­bler avec sa permission. Les syndics du Chapitre, noble Claude de Montesquioux et Claude de Loudouse, leur accordent alors une salle attenante à celle où le Chapitre s'assemble. De cette décision, un pro­cès-verbal est dressé devant Chatard et Pierre Joglard, le même jour.

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Un autre arrêt, daté du 1er juin 1513, renouvelle celui du 21 juillet 1503 concernant le local des assemblées, l'interdiction de s'entraider, d'user du consulat, de prendre d'autres qualités (titres) que celles y contenues; il rappelle 'aux habitants la prescription d'obéir au Chapitre comme à leurs seigneurs et enjoint au Chapitre de maintenir aux habitants leurs droits de police, dans la même forme qui se pratiquait auparavant. L'exécution des lettres du consulat qu'ils avaient obtenues étant contraires aux privilèges du Chapitre et aux arrêts de la Cour, ordonnant à ce dernier de donner aux Brivadois la faculté de traiter avec lui suivant l'ordre et la teneur de ces arrêts; le même jugement condamne ceux-ci à une amende de 300 livres envers le Chapitre pour les dépens engagés.

Le 21 juillet de la même année, le Parlement ordonne une enquête auprès des habitants concernant des qualités indûment prises par eux contre la teneur des arrêts, relative à la nomination de consuls et commis, à l'acquisition d'une maison dont le prix était destiné à répa­rer les murs de la ville; enquête aussi pour savoir si le local destiné aux assemblées est convenable. Arrêt ordonnant aussi une information devant un juge royal pour cause de rébellion, prescrivant aux habitants l'obéissance au Chapitre comme à leur seigneur, d'accepter l'offre de la table en noyer;...

Suite à cette information, il s'ensuit un autre arrêt, le 21 mars 1514, s'énonçant ainsi: "Quant aux qualités, les habitants pourront consti­tuer un procureur qui occupera pour eux, sans pouvoir prendre d'autres qualités que celles de manants et habitants. A cet arrêt est joint le procès verbal fait par Claude Bitteux, notaire, pour son exé­cution" .

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Les Grands Jours d'Auvergne, qui ont lieu à Montferrand sous le règne de François 1er, délibèrent, le 31 octobre 1520, au sujet de Brioude. Ils précisent le local où se tiendront les assemblées des habi­tants pour élire annuellement quatre commis, qui ne pourront néan­moins prendre la qualité de commis aux affaires de la ville (?...), et se­ront tenus de prêter serment aux officiers du Chapitre. Une enquête faite par Blaise Mauret, lieutenant général du bailli de Montferrand, s'ensuit; elle se termine par ces mots: MM. Nicolas Brachet et Fran­çois de Mourvilliers, conseillers en ladite cour, sont commis par elle pour l'exécution dudit arrêt. Signé: Du Tilliet".

Sous le même roi, un arrêt du 15 mai 1523, confirme une sentence de Nicolas Sanguin, commissaire de la Cour, renouvelant les défenses faites aux habitants de s'assembler ailleurs que dans le local qui leur a été désigné. Ces assemblées ne pourront se faire sans l'autorisation du Chapitre représenté par son syndic ou autre personne par lui commise, sous peine de 100 livres d'amende. Ces habitants n'auront d'autres qualités que celles de manants et habitants de Brioude. Les commis élus par eux ne pourront exercer leur charge sans avoir auparavant prêté ser­ment au syndic du Chapitre ou aux officiers sous son autorité, et non autrement. Il y aura deux clefs pour la salle et pour l'armoire: l'une pour le syndic et l'autre pour le commis. Pour ce fait de portes, coffres et armoires, ils ne pourront prétendre former aucun corps, collège ou commune en la ville. Le tout sera sous la surveillance du Chapitre et non autrement.

Sur le refus des habitants de laisser présider leur assemblée par noble Jean Charbonnel, syndic du Chapitre, accompagné par noble Gaspard de Besse et Pierre d'Ayssac, chanoines, avançant qu'ils étaient assemblés au nom du roi et non du Chapitre, ce dernier se pourvoit en Parlement. Il s'ensuit l'arrêt du 30 mai 1522 ordonnant que les bayles du Chapitre assisteront aux assemblées de la ville et les présideront. Ils feront enregistrer par le greffier de leur justice tempo­relle les décisions prises, lequel sera tenu de les expédier aux habi­tants, sans aucun salaire ni vacation (émolument) pour la première fois.

Les bourgeois ayant refusé de remettre les clefs du côté du cime­tière pour se rendre aux assemblées, le Chapitre fait appel au Parle­ment. Le lieutenant général de Montferrand se rend alors à Brioude et les oblige, par ordre de la Cour, de remettre les clefs au syndic du Chapitre.

 

Recel d'armes

Nouvelle requête capitulaire du 15 septembre 1525 contre les habi­tants pour cause de désobéissance aux règlements prescrits par la Cour. Une enquête s'ensuit, laquelle se termine par l'arrêt du 18 juillet 1527, signé Du Tilliet. Celui-ci fait défense aux habitants de venir dans la salle d'assemblée avec des piques, des couleuvrines et autres armes.

Les habitants rétorquent qu'il s'agit des armes rendues par les francs archers depuis leur congé. Ils les gardent, affirment-ils, pour être plus vite prêts si le roi les appelle. D'ailleurs, elles sont néces­saires pour défendre la ville contre toute incursion. En tout cas, il leur sera permis de louer à leurs frais une maison pour les remiser, dont ils auront la clef. Effectivement, la Cour ordonne qu'il leur soit permis de bâtir, dans un coin de la salle de réunion, une petite pièce pour y dé­poser leurs armes, ou alors, que le Chapitre leur indique un local à cet effet, fermant à clef: l'une d'elle sera remise au Chapitre et l'autre aux habitants.

Suit alors une période calme dont les Brivadois profitent pour tenter d'arriver à leurs fins.

 

Lettres patentes accordées aux habitants

Par quels moyens obtiennent-ils en 1555 des lettres patentes leur permettant d'élire trois consuls et de se constituer ainsi en commune? L'Histoire manuscrite ne le dit pas. Vraisemblablement, en faisant in­tervenir le Tiers Etat de la province d'Auvergne. Mais le Chapitre veille. L'arrêt contradictoire ne se fait pas attendre.

Il intervient, le 9 juillet 1558, en faveur de ce dernier, bien sûr, et reprend toutes les interdictions antérieures. Pour l'exécution de cet ar­rêt, Desardes, conseiller en la Cour, se transporte à Brioude où il donne son jugement définitif:

"1 - Défense est faite aux habitants de s'aider des lettres de consulat obtenues en 1555, inscrites dans cet arrêt, ni de s'attribuer la qualité de consul (au M.A., magistrat municipal), en quelque manière que ce puisse être, en conséquence des dites lettres ou autrement.

2 - Tout ce qui a été fait par suite de ces lettres demeure nul et sans effet.

3 - La création d'un sergent et autres officiers subalternes, faite par les habitants pour le fonctionnement de leur prétendu consulat, demeure pareillement nulle et sans effet, avec défense aux prétendus officiers d'agir en vertu de leur qualité.

4 - Les assemblées de ville se feront de la manière prescrite par les arrêts ci-devant rendus contradictoirement entre les parties, à sa­voir: elles seront faites avec autorisation donnée par le Chapitre et tenues en présence du syndic capitulaire et du greffier de la justice temporelle.

5 - Les habitants obéiront au Chapitre comme à leur seigneur.

6 - Celui-ci fera respecter par les parties les règlements ci-devant établis, concernant la police et le gouvernement de la ville.

7 - Les clefs de la ville seront rendues entre les mains des sieurs chanoines. Tel est le résumé du procès verbal dressé par Desardes, commis­saire de la Cour, dont le texte est extrêmement long.

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L'arrêt du 4 juillet 1573, sous Charles IX, est encore en faveur du Chapitre: la police de la ville et son administration lui sont attribuées à l'exclusion des habitants, tandis que ces derniers sont condamnés aux dépens de l'instance.

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Autre arrêt du 20 mars 1602, rendu par forclusion contre les habi­tants, concernant le consulat. La Cour ordonne que les précédents ar­rêts soient exécutés, suivant leur forme et teneur. Défense est faite aux habitants de s'assembler ailleurs que dans la salle capitulaire, lieu or­dinaire des assemblées tenues par eux.

Ces derniers et le Tiers Etat de la province font alors appel au Conseil privé du roi. Sous Henri IV, un arrêt de ce Conseil, daté du 19 avril 1603, déboute le Tiers Etat auvergnat des lettres patentes par eux obtenues pour l'élection d'un consulat en la ville de Brioude. Il ordonne en même temps que tous les arrêts antérieurs soient exécutés suivant leur forme et teneur, avec défense aux bourgeois brivadois de s'assembler ailleurs que dans le local à eux accordé et de la manière accoutumée. Il condamne, en outre, les habitants à 300 livres de dépens.

Autre arrêt semblable, en 1617, émanant du Conseil privé royal. Le 23 février de l'année suivante, le même Conseil renvoie les ha­bitants au Parlement pour leurs prétendus droits de communauté, de consulat, d'institution du gouverneur de la ville, de la garde des clefs, des portes, murs, fossés, fortifications, du mot de guet et de l'hom­mage dû au roi lors de son avènement à la couronne.

Le Parlement sollicité par les habitants les déboute à nouveau, le 8 juin 1619, en leur ordonnant d'exécuter les précédents arrêts, leur dé­fendant de faire à l'avenir des poursuites pour l'établissement d'un consulat en la ville. Signé: Voisin.

Les habitants n'en continuent pas moins à transgresser les multiples arrêts, contraignant ainsi le Chapitre à faire appel à la Cour, afin d'ob­tenir une commission pour l'exécution du dernier arrêt. C'est Buisson, conseiller en cette Cour, qui est commis pour se transporter en la ville de Brioude et procéder, dès son arrivée, à l'exécution de l'arrêt en question. Mais peine perdue.

Cette fois-ci, c'est la Grand'Chambre qui, le 21 juillet 1621, réitère les mêmes défenses et les mêmes prescriptions. Ce procès est fort coûteux: les frais s'élèvent à 6 500 livres et à 8 000 livres pour les habitants. Une sentence de Riom, du 6 janvier 1623, défend aux habitants d'avoir des consuls, de faire des patrouilles surtout à des heures in­dues, sous peine d'amende; leur enjoint aussi de respecter le Chapitre et les condamne aux dépens. La même sentence de Riom est encore prononcée, le 31 janvier de l'année suivante.

 

Emprisonnement

Les choses se gâtent. Le Chapitre réagit vivement.

Une autre sentence de Riom, datée du 5 juin 1632, nous apprend qu'un certain nombre d'habitants sont emprisonnés et notamment le sieur Chervarlang, lieutenant criminel en l'élection de Brioude, Jean de Vauzelles, premier commis de la ville, et 28 autres, parmi lesquels deux Chalvon, trois Besson, deux Taurel,... Touche, deux Chaudon, Gérard, Bruxelles, Dupuy, Morin, Mosnier, deux Audin, deux Noze­rines, deux Barreyre, Montmeyraud et autres, pour avoir entrepris de composer corps et communauté, de nommer un capitaine, de recevoir des droits d'entrée des étrangers et de ceux qui se marient en secondes noces, de s'être révoltés contre le Chapitre.

Pour tous ces motifs, les habitants sont condamnés à une amende de 300 livres payable par les accusés - amende dont le produit sera ainsi réparti: 300 livres à l'hôpital, 300 aux Cordeliers, Capucins et Minimes de la ville de Brioude -, 300 livres à chacun d'eux avec rapport des quit­tances au greffe criminel sous quinzaine, avec inhibition et défense aussi de prendre à l'avenir la qualité de capitaine, lieutenant, enseigne des garçons, abbé et receveur de Malgouvert (?); ni d'exiger ou rece­voir aucune chose des étrangers se mariant dans la ville, ni de ceux qui se marient en secondes noces; défense de faire pour raison de cela aucune revue, charivari et de procéder à pareille nomination sous les mêmes peines de 1 000 livres d'amende contre un chacun des contreve­nants.

Le jugement sera publié à son de trompe dans tous les carrefours de la ville pour que personne n'invoque la cause d'ignorance, avec ordre aux commis de représenter dans le même temps le registre des paiements et de se purger par serment de ce qu'ils ont reçu, afin que ce qui reste soit versé aux plaintifs, lesquels les donneront à l'hôpital et aux monastères.

Par le moyen de ce jugement, ces mêmes plaintifs, leurs domes­tiques et leurs biens sont mis sous la sauvegarde du roi et de sa justice contre les accusés, lesquels seront élargis et le concierge déchargé.

Prononcé aux accusés, au guichet de la Conciergerie, le 5 juin 1632. Signé: Bardas.

L'arrêt confirmatif de la sentence de Riom intervient et renouvelle les défenses faites aux habitants condamnés aux dépens de faire des charivaris à l'occasion des premières et secondes noces. Les habitants ayant fait appel sont renvoyés au Parlement qui les déboute et les condamne dans tous les chefs de leurs demandes aux dépens. Il leur enjoint, en outre, de se conformer à la teneur des arrêts de la Cour. Cet arrêt est rendu, le 2 août 1632.

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Les officiers de l'élection de Brioude obtiennent un arrêt favorable du Conseil, les autorisant à jouir d'un banc en l'église paroissiale Notre-Dame. Mais le Chapitre fait opposition. Un nouvel arrêt du Conseil demande à l'Intendant d'Auvergne d'ouïr les parties et de don­ner ensuite son avis. Celui-ci est encore favorable aux officiers de la ville établis en 1629. Un troisième arrêt est prononcé, le 4 janvier 1645, en faveur du Chapitre déboutant les officiers de leur requête et ordonnant de faire arracher leur banc, placé près de la chaire de ladite église.

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Nouvel arrêt du 2 septembre 1661 rendu à la Cour des Aides de Clermont-Ferrand, défendant aux bourgeois de Brioude de prendre la qualité de consuls sous peine d'une amende de 1 500 livres., leur demande de respecter les arrêts antérieurs et les condamne au tiers des dépens.

Autre arrêt du 3 septembre 1672, prescrivant aux habitants de lais­ser présider les doyens et chanoines au cours des assemblées géné­rales ou particulières, qu'elles soient du collège ou de la ville. Dans celles du collège, ces doyens et chanoines présideront aussi et occupe­ront la droite et la gauche; au-dessous, à gauche, se tiendront les offi­ciers, le bailli et le lieutenant, puis, les autres habitants. Dans ce pro­cès, les habitants sont condamnés aux trois quarts des dépens pour s'être opposés à l'exécution de l'arrêt du 15 juillet 1639, rendu en fa­veur du Chapitre au sujet de la noblesse requise pour y être admis et posséder une prébende.

Autre affaire de préséance. Les officiers s'adressent au Conseil prétendant que, dans les assemblées de ville, lors de la répartition des tailles, ils devaient avoir le rang et la préséance sur le bailli ou son lieutenant. Le Chapitre intervient. Les parties entendues, le Conseil déboute les officiers de leurs prétentions, le 19 juin 1685, et les condamne aux dépens.

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Une sentence arbitrale intervenue entre le Chapitre et les habitants, par la médiation de l'Intendant d'Auvergne, rendue, le 27 décembre 1724, porte que les assemblées de ville seront tenues et publiées par autorité du Chapitre, selon la teneur des arrêts précédents et la pra­tique de tout temps. Quant au ban des vendanges, le Chapitre nom­mera quatre commissaires et les habitants quatre autres, lesquels prê­teront serment au président du Chapitre, avant de faire la visite des vignes pour que soit faite et ordonnée la publication du jour des ven­danges. Concernant les communaux, ils appartiendront comme ci-de­vant au Chapitre. Signé: Bidet de la Grandville, Intendant d'Au­vergne.

 

Droit de police réservé et protocole des réjouissances publiques

Un procès très coûteux se conclut par trois arrêts successifs en fa­veur du Chapitre. Par le premier, la Cour maintient ce dernier dans le droit de police. Les habitants forment opposition dont ils sont déboutés par un second arrêt contradictoire, le 23 septembre 1765. A cette occasion la Cour prescrit même l'ordre et la règle à obser­ver au cours des réjouissances publiques. Pour la cérémonie du feu de joie, les députés du Chapitre partiront de l'église en habit de cérémo­nie, au son de la grosse cloche et des instruments de musique de la ville. Les habitants viendront après les députés, à la distance cepen­dant de quatre pas. Le Suisse de l'église précédera le défilé, les gardes de ce sanctuaire porteront des flambeaux à côté des députés. Le pre­mier habitant de la ville en exercice pour la levée des deniers royaux ainsi que le syndic de la ville marcheront dans le même ordre avec les clercs de taille, en portant un flambeau qui sera allumé à celui des dé­putés, lesquels mettront les premiers le feu au bûcher. Viendront en­suite les deux habitants qui mettront aussi le feu de l'autre côté du bû­cher. Dans le même ordre, ils se rendront ensuite à l'église d'où ils sont partis. A l'entrée du sanctuaire, les députés du Chapitre se tourne­ront vers les habitants pour prendre congé d'eux. Ces derniers répon­dront par une politesse réciproque.

Finalement, les habitants ayant refusé de payer les dépens du pro­cès, intervient un troisième arrêt contre les quatre principaux habi­tants, tenus de payer personnellement tous les frais du procès, des­quels ils sont dédommagés par une imposition ordonnée par le Conseil, sur toute la ville de Brioude.

 

Démarche pour l'installation d'un maire

Louis XV autorise l'établissement d'une charge de maire dans toutes les villes du royaume ayant plus de 4 000 habitants, laissant toutefois la liberté au seigneur local de se pourvoir à la Grand­Chambre contre cet établissement, si celui-ci est contraire à ses droits et privilèges.

Les bourgeois de Brioude profitent aussitôt de l'occasion pour ob­tenir cette faveur, mais oublient que les syndics du Chapitre veillent soigneusement sur les intérêts de la communauté. L'arrêt du Parlement du 2 juin 1769 déboute les habitants de leur demande pour l'éta­blissement d'une charge de maire en la ville, confirmant encore une fois les anciens privilèges du Chapitre, avec inhibition aux Brivadois d'exercer à l'avenir pareille fonction. Tel est l'esprit de cet arrêt.

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Deux décennies plus tard, après plus de cinq siècles d'une lutte opiniâtre bien déconcertante, les Brivadois auront enfin une commune et un maire présidant à leur destinée.

Le 25 juillet 1789, réunis dans la chapelle des Pénitents, au nombre de 170, ayant à leur tête les syndics et membres de la municipalité ­Caillet, Pascon, Rochette -, ils élisent et proclament Bélamy-Du­breuil, premier maire, Gueyffier- Taleyrat, père, premier adjoint, Croze, deuxième adjoint.

 

Siège de la juridiction consulaire

Cependant, au point de vue judiciaire, dès le début du XVIIIe siècle, suite à l'édit royal de janvier 1704, les habitants avaient obtenu deux consuls. Ces juges-consuls étaient des officiers de justice, choi­sis parmi les marchands et négociants et chargés de connaître des contestations entre commerçants.

La juridiction consulaire comprenait un juge, deux consuls, un greffier et un huissier. Après avoir tenu leurs audiences dans la mai­son d'une demoiselle Charreyre, puis dans une des dépendances du collège, mise à leur disposition par la ville, les magistrats consulaires achetèrent, en décembre 1762, au prix de 1 200 livres, une maison en construction, ayant appartenu à feu le chanoine Antoine Trioullier. Cette maison, après avoir reçu les aménagements nécessaires, est en­core de nos jours le siège du Tribunal de Commerce (17, place Saint-­Jean), qui remplace les juges-consuls.

 

 

X         Brioude change de diocèse

 

Division du diocèse de Clermont ( 1317)

Considérant l'étendue du diocèse de Clermont, qui compte alors 1170 paroisses, et la difficulté des communications, surtout par mau­vais temps, le pape Boniface VIII (1294-1303) conçoit le projet de le di­viser.

Il songe d'abord à ériger un évêché à Brioude ou à Aurillac, mais le Chapitre Saint-Julien de Brioude et l'abbaye Saint-Géraud d'Aurillac, tous deux exempts de la juridiction épiscopale et archiépiscopale, dé­pendant donc directement du pape, montrent peu d'empressement à accepter cet insigne honneur.

Sollicité par le vicomte de Murat, par les seigneurs de Brezons, de Canilhac, de Peyre, de Dienne et bien d'autres qui possèdent d'impor­tants domaines dans l'archiprêtré de Saint-Flour, le pape Jean XXII (1316-1334) érige en évêché le prieuré de Saint-Flour, par une bulle du 19 juillet 1317. Une seconde bulle, du 14 février 1318, détermine le territoire du nouveau diocèse qui comprendra cinq archiprêtrés (Auril­lac, Blesle, Brioude, Saint-Flour et Langeac), soit près de 400 paroisses. La création du nouvel évêché scelle la division de l'Auvergne en deux pays, le Haut et le Bas.

 

Archiprêtré de Brioude

L'archiprêtré brivadois comprend alors deux Chapitres de cha­noines (Saint-Julien de Brioude et Saint-Laurent d'Auzon), une abbaye (les bé­nédictines de Saint-Benoît de Lavaudieu), douze prieurés (Chassagne, les mo­niales de Sainte-Florine, Lempdes, Bournoncle, Vieille-Brioude, La Mothe, Brioude, les moniales de Chassignoles, celles de Sainte-Croix de Sansac (comm. de Paulhaguet), Saint-Jean-Baptiste d'Azerat, Saint-Hilaire, Saint-Hilaire de Domeyrat, La Bajasse, La Trinité);

il comprend 67 paroisses: Agnat (saint Julien), Ally (saint Barthélemy), Aurouze (saint Jérôme), Auzon (saint Laurent), Azerat (saint Jean-Baptiste), Beaumont (saint Hilaire), Berbezit (saint Antoine), Bournonc1e (saint Pierre), Brassac (saint Pierre), Brioude (saint FerréoI), Brioude (saint Jean­-Baptiste), Brioude (Notre-Dame), Brioude (saint Pierre), Brioude (saint Pré­jet), la Brousse (sainte Foy), Censac (1a sainte Croix), Chambezon (saint Martin), Champagnac[ -le- Vieux] (saint Pierre), Chassagnes (saint Pierre), Chassignoles (Assomption de N.D.), la Chomette (saint Mary), Cistrières (saint Pierre), Collat (saint Martial), Connangles (saint Etienne), Cougeac (saint Laurent), Couteuges (saint Loup), Domeyrat (saint Hilaire), Fayet (saint Barthélemy), Flaghac (Notre-Dame), Fontanes (Notre-Dame), Fru­gères[-les-Mines] (saint Antoine), Frugières[-le-Pin] (saint Julien), Ja­vaugues (saint Loup), Josat (Notre-Dame), Lamothe (saint Saturnin), Lastic (sainte Madeleine), Laval (Notre-Dame), Lavaudieu (saint André), Lempdes (saint Gérard), Lorlange (saint Julien d'Antioche), Lugeac (saint Jean l'évangé­liste), Mazerat (saint Pierre), Mercœur (invention de saint Etienne), Montc1ar (saint Clair), Paulhac (saint Jean-Baptiste), Paulhaguet (saint Etienne), Pes­lières (décollation de saint Jean-Baptiste), Roche-Vernassal (saint Etienne), Ronaye (saint Laurent), Saint-Beauzire (saint BaudiIe), Saint-Didier-sur­Doulon (saint Jean), Sainte-Florine (Saint-Jacques), Saint-Géron (saint Gé­ron), Saint-Jean-Saint-Gervais (décollation de saint Jean-Baptiste), Saint-­Hilaire (saint Hilaire), Saint-Ilpize (sainte Madeleine), Saint-Just-près­-Brioude (saint Just), Saint-Laurent-Chabreuges (saint Blaise), Saint-Mar­tin-d'Ollières (saint Martin), Saint-Préjet-Armandon (saint Préjet), Saint­-Vert (décollation de saint Jean-Baptiste), Salzuit (saint Pierre), Vals-le-Chas­tel (saint Pierre), Vals-sous-Châteauneuf (Saint-Pierre-ès-Liens), Vergon­gheon (L'Assomption), Vézezoux (saint Préjet), Vieille-Brioude (sainte Anne).

On peut remarquer que l'archiprêtré de Brioude était alors plus étendu que l'actuel. Il comprenait en plus les paroisses de Brassac-les­Mines, Fayet, Peslières, Ronaye, Saint-Jean-Saint-Gervais, Saint-­Martin-d'Ollières, Vals-sous-Châteauneuf qui font partie du diocèse de Clermont, et Lastic qui est restée dans le diocèse de Saint-Flour.

Par contre, le village de Chaniat relevait de la paroisse de Ja­vaugues et Cohade de celle de Saint-Ferréol de Brioude. Les paroisses de la Brousse, Cougeac, Flaghac, la Roche-Vernassal n'existent plus.

 

 

XI           Guerre de Cent Ans

 

Nous abordons maintenant une période bien triste pour l'histoire de France et celle du Brivadois. Au XIVe siècle, de grands malheurs vont fondre sur la France - peste, guerre de Cent Ans, famine, folie de Charles VI, guerre civile (lutte entre Armagnacs et Bourguignons), grand schisme d'Occident,... -, se répercutant de façon plus ou moins aiguë suivant les provinces.

 

Peste

Au début du siècle, l'Auvergne et le Brivadois, surtout agricoles, jouissent d'une relative prospérité matérielle. A leur arrivée, les An­glais trouveront "le pays d'Auvergne moult gras et rempli de tous biens". Même si ce témoignage est un peu exagéré, la situation va ra­pidement se dégrader.

La France connaît alors une rapide régression économique, due à de mauvaises récoltes et à une flambée brutale des prix, provoquée par la disproportion entre le volume des affaires et la masse monétaire en circulation. La peste va trouver un terrain favorable à son dévelop­pement.

En octobre 1347, des navires venus du comptoir génois de Caffa en Crimée apportent à Messine, parmi leur cargaison, les germes d'une redoutable peste qui sévit depuis plusieurs années, en Asie centrale. Rapidement répandue en Italie, elle va se propager en France. En jan­vier 1348, un vaisseau provenant de Gênes la transmet à Marseille. Tout le Midi est bientôt infesté.

Cette très grave maladie contagieuse, d'origine bactérienne (bacille de Yersin, Yersina pestis), dite peste noire, se manifeste notamment par des apostèmes (bubons), l'infection des poumons et des intestins. Les premiers symptômes caractérisent la peste bubonique: de gros gan­glions indurés, s'accompagnant de fièvre, de confusion mentale et de délire, apparaissent à l'aine, au cou et dans les creux axillaires. Non traitée, l'évolution est alors mortelle. La peste pulmonaire se mani­feste par de la dyspnée, cyanose, expectoration sanglante. La mort survient au bout de quelques jours.

Les plus touchées sont surtout les personnes souffrant de malnutri­tion : "celui qui est mal nourri, tombe frappé au moindre souffle", déclare un médecin parisien de passage à Montpellier.

On ignore le nombre de victimes que cette horrible maladie fait en Brivadois. Mais, si l'on se base sur des statistiques des lieux environ­nants, le nombre de morts est élevé. A Saint-Flour, entre 1345 et 1356, la population fiscale diminue de 48 %. En Auvergne, le taux moyen de mortalité est de 23 %. Ce fléau frappe inégalement: les faubourgs, où vit une population pauvre, sont plus touchés que les villes; les villages de plaine, plus que les villes. Ainsi Brenat, paroisse de plaine près d'Issoire, perd 55 % de sa population, tandis qu'Usson, situé sur une butte volcanique, à 4 km seulement du précédent bourg, ne déplore que 5 %.

Le 20 février 1352, Etienne d'Aigrefeuille, abbé de La Chaise-­Dieu, décrit au pape Clément VI l'état pitoyable de cette riche abbaye où il n'a plus de quoi nourrir les quelques religieux qui lui restent. Il évoque "la stérilité des récoltes, le manque de vivres, les ravages de la peste: mortalité, abandon et destruction de la ville".

Cette mortalité épidémique frappe durablement les esprits. Au cours d'une enquête faite, en 1385, Florence Malapierre, née à Azerat, paroisse voisine d'Auzon, se souvient encore de "la grande mortalité de l'an 1348".

Cette cruelle pandémie qui se répand rapidement sur toute l'Europe ne dure heureusement que peu de temps. Après des mois d'horreur et de deuils, ses effets s'atténuent peu à peu. Au cours de l'année 1350, elle a presque totalement disparu.

Mais un autre malheur va s'abattre sur le pays.

 

Début des hostilités

En 1337, Edouard III, roi d'Angleterre (1327-1377), rompt avec Phi­lippe VI de Valois, roi de France (1328-1350). Il revendique le trône de France, en qualité de petit-fils de Philippe IV le Bel, par sa mère. Dès lors, les deux pays sont engagés dans le conflit classiquement nommé Guerre de Cent Ans, qui durera plus d'un siècle (1337-1453). Il s'agit, en fait, d'une succession de campagnes militaires, séparées les unes des autres par de longues périodes de paix. Ces guerres sont la suite de celles qui avaient opposé périodiquement, depuis le XIIe siècle, les Plantagenets aux Capétiens.

On connaît les principaux épisodes: défaites de Crécy (1346) et de la Roche Derrien (1347), prise de Calais la même année, triomphe à Poitiers du Prince Noir (1356), fils d'Edouard III, désastreux traité de Brétigny (1360) cédant un quart du royaume,.. .

Arrêtons-nous un instant sur la bataille de Poitiers remportée, le 19 septembre 1356, par les Anglais du Prince Noir, sur le roi de France Jean II le Bon et son fils Philippe le Hardi. A la suite de cette défaite, le roi est retenu captif à Londres où il mourra (1364). Parmi les autres prisonniers, il faut mentionner Thomas de Montmorin, seigneur de Montmorin et en partie d'Auzon. Il avait auparavant servi le roi Phi­lippe VI de Valois puis Jean le Bon, assisté au siège de Saint-Jean-­d'Angély (1351), participé à la bataille de Crécy sous la bannière du Dauphin Beraud. Il est fait prisonnier par les Anglais qui lui rendent la liberté, en 1357, moyennant un versement de 685 écus, comme l'at­teste une quittance de son écuyer, Gaillard de Saint-Privat. Il meurt en 1360.

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En Auvergne, la guerre de Cent Ans n'a été qu'exceptionnellement le fait d'Anglais, bien que leur nom revienne souvent dans les textes. Les troupes congédiées à la suite du traité de Brétigny, au lieu de se dissoudre, s'empressent de courir le pays. Recrutées notamment dans le Sud-Ouest de la France, dans les possessions personnelles des sou­verains anglais, composées de gens d'armes désormais incontrôlés, tant Français qu'Anglais, elles poursuivent leurs fructueuses cam­pagnes, en relation avec le prince de Galles, duc d'Aquitaine, le duc de Lancaster, les grands officiers du roi d'Angleterre. Après les trêves et les traités de paix, elles continuent la guerre pour leur propre compte et conservent un mode de vie militaire, au grand détriment des champs et places fortes. On les appelle grandes compagnies ou Rou­tiers.

A la tête de ces bandes militaires, qui vont sévir dès 1360, on re­connaît des Limousins, des Béarnais, des Gascons, coureurs d'aven­tures, ancêtres des futurs cadets de Gascogne. Les plus célèbres seront Bertucat d'Albret et Jean Chandos, déjà nommés, Thomas de la Marche, Seguin de Badefol, Aymerigot Marchez, le Bord de Gar­land,...

Les Ecorcheurs des années 1435 leur succèdent. Ils se tiennent en grand nombre sur les marches de Bourgogne, où ils causent de très importants et innombrables ravages, s'emparant de forteresses, faisant des prisonniers, tuant, ravissant hommes et femmes.

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Vers 1357, ces bandes d'aventuriers composées de cotereaux (aven­turiers), malandrins, mauvais garçons, tard-venus,... qui pillent la France depuis trois siècles, succèdent aux Anglais. Commandés par Bertucat d'Albret, Jean Chandos, Mandonat Badefol, l'anglais Sten­dor,... ils envahissent l'Auvergne, la traversant d'ouest en est. Leurs incursions sont violentes, soudaines, irrésistibles. Murat et Brioude sont saccagées ainsi que plusieurs châteaux de la Haute et Basse Au­vergne.

A l'automne 1359, nouvelle et chaude alerte avec la chevauchée de Robert Knolles et de son lieutenant Hugues de Calvery. Venant du Berry, ils pénètrent en Limagne, s'emparent de Pont-du-Château, atta­quent Issoire, mais n'osent affronter l'armée des seigneurs auvergnats, commandée par le Dauphin Beraud II, dit le Camus ou le Grand. Cette armée féodale, composée de comtes, de barons, de chevaliers, du ban et de l'arrière ban, s'est déjà distinguée en allant porter secours au roi de France. Devant cette supériorité numérique, Robert Knolles file à l'anglaise - c'est bien le cas de le dire - et, quand, le lendemain, les confédérés veulent l'attaquer, il n'y a plus personne: ils sont partis ravager le Forez.

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Quelques mois après cette chevauchée anglaise en Auvergne, le traité de Brétigny met officiellement fin aux hostilités entre Français et Anglais, mais il est lourd de conséquences: la France est démem­brée et la rançon de Jean II le Bon fixée à 3 millions d'écus d'or. Le Rouergue, le Limousin, le Quercy étant abandonnés aux Anglais, l'Auvergne devient ainsi frontière. En outre, parmi les otages que doit fournir le roi jusqu'au paiement intégral de la rançon, figurent Jean de Berry, nouveau duc d'Auvergne, le duc Louis de Bourbon et le comte Beraud Dauphin. Avant de partir, ils délèguent respectivement leurs pouvoirs à Philibert de Lespinasse, Gilles Aycelin et Amé Dauphin. Très embarrassés, ces derniers proposent une alliance à la noblesse, au clergé et aux 13 bonnes villes, parmi lesquelles figurent Brioude, Au­zon, Langeac. Cette alliance, ayant pour but la sûreté de l'Auvergne, est signée, le 27 novembre 1360. Dans le diocèse de Saint-Flour, seuls le Chapitre et les habitants de Brioude, ainsi que la ville de Langeac entrent dans cette confédération.

 

Thomas de la Marche en Brivadois

La première manifestation des grandes compagnies en Brivadois est due à l'arrivée de Thomas de la Marche, à la tête de ses troupes. Surnommé 'le Bâtard de France', personnage énigmatique, né vers 1318, peut-être fils naturel de Philippe VI, il va répandre la terreur en Auvergne.

Entre le 20 et le 31 juillet 1358, Charles, duc de Normandie, régent du royaume pendant la captivité de son père, donne, à perpétuité, à Thomas de la Marche, son chevalier et son conseiller, "le chastel de La Nonette au bailliage d'Auvergne", à concurrence de 2 000 livres de rente et le "chastel ou maison forte d'Auzon" représentant 300 livres de rente, en récompense des services par lui rendus dans ses deux am­bassades de Bohême ainsi qu'au siège de Paris, et en compensation du don qu'il a fait au Régent d'un prisonnier valant 3 000 écus. Le 13 sep­tembre suivant, ce dernier lui rend hommage pour les seigneuries de Nonette et d'Auzon .

Avec cette donation, le Régent lui accorde aussi le privilège de ne pouvoir être traduit que devant le Parlement de Paris et de se faire jus­tice par lui-même dans sa terre, par les armes, privilège réservé aux princes du sang et aux pairs, faisant "de la baronnie de Nonette... une principauté relevant nuement de la Couronne, par l'hommage de la bouche et des mains".

Enfin, en avril 1359, le Régent fait de Thomas de la Marche le lieu­tenant et le 'compagnon de corps' de son beau-frère, le duc Louis Il de Bourbon, et lui confie le gouvernement de l'Auvergne, du Bour­bonnais, du Berry et du Mâconnais.

La donation d'Auzon suscite l'hostilité de la famille de Montmorin, co-seigneur de la terre alzonienne. Le gouvernement de ces quatre provinces lui attire l'inimitié de Jacques de Bourbon, comte de la Marche, de Beraud, Dauphin d'Auvergne, comte de Clermont et sei­gneur de Mercœur, et de bien d'autres grands seigneurs vassaux de Nonette, qui se voient désormais obligés de rendre hommage au Bâtard de France!. . .

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Après avoir été un moment maître de l'Auvergne au nom du roi, il est totalement dépouillé, en 1360, par la nomination de Jean de Berry. Jusqu'à présent, il s'est montré brave chevalier et prudent administra­teur, soutenant la cause des Valois avec énergie et fidélité. Frustré de ses terres, il cherche à se venger à l'aide de ses vieilles bandes de Bre­tons avec lesquelles il a combattu, tout en occupant les places fortes de Nonette et d'Auzon. Ce n'est plus la guerre contre les Anglais mais une guerre d'héritage. Elle se trouve néanmoins située dans le contexte de la guerre de Cent Ans. Les combats, pillages, meurtres, incendies,... seront d'ailleurs attribués aux Anglais, par les habitants ayant souffert de ces bandes cruelles et ne faisant pas la différence.

Venant de la Margeride, il fond sur Saint-Ilpize, place forte de Ro­bert Dauphin, dit le Fol, s'en empare par la force, la pille et y met le feu. Après avoir semé la terreur et la misère dans la région de La­voûte-Chilhac, il pénètre, sans aucun respect, dans les terres du Cha­pitre Saint-Julien, livre un combat près de Brioude, au cours duquel périt le fils puîné de Bertrand de La Rochebriant, seigneur du Broc, s'empare de la ville, puis va ensanglanter le Brivadois. Il arrive à No­nette où il installe une forte garnison. Pour fuir le fer et le feu, les ha­bitants terrifiés se réfugient partout où se trouvent dressées d'épaisses murailles: Brioude, La Mothe, Auzon,...

Un document d'époque nous donne un écho de l'occupation d'Aze­rat par les troupes de Thomas de la Marche. Lors de l'enquête effectuée en 1385, Pierre Destrupiat, dit Bleinghon le Cellier, habitant à Auzon, âgé de 56 ans, avoue que Pons de Matha, longtemps prieur à Azerat, mourut, en 1360 ou 1361, au temps où Thomas de la Marche ravageait le Brivadois, et que les habitants de ce village se réfugièrent à Brioude, La Mothe, Auzon.

Pierre Saltiat, natif d'Azerat, habitant à présent à Auzon, âgé de 80 ans, se souvient de la fuite des habitants d'Azerat pour cause de guerres, celles qui durèrent une vingtaine d'années dans le pays.

Jean Béchon, prêtre, curé d'Azerat, âgé de 60 ans, déclare que Pons de Matha, prieur, mourut en 1361, "quand M. Thomas de la Marche faisait la guerre au pays d'Auvergne et que les habitants désemparè­rent ledit lieu".

Pierre Saubra, du moulin de Coty sur la paroisse d'Azerat, âgé de 70 ans, a vu le prieur et les habitants jusqu'en 1361, année où Thomas de la Marche vint en ce pays: M. de Matha s'enfuit alors à Brioude où il mourut "et les autres habitants d'Azerat s'en allèrent demeurer en diverses parties pour cause de guerre".

Florence Malapierre, que nous avons déjà rencontrée, née à Azerat, habitant maintenant à Auzon, se souvient encore de "la grande mor­talité de l'an 1348;... de M. Pons de Matha, d'elle-même et de son mari (Robert le Fauredolent) et de tous les habitants qui, en 1360, dés­emparèrent ledit lieu et s'en allèrent demeurer les uns à Brioude, les autres à La Mothe, et les autres à Alzon et autres forts,... au temps que M. Thomas de la Marche fit la guerre au pays d'Auvergne, au temps [où] elle-même et feu son mari, qui lors vivait, s'en allèrent demeurer à Brioude,... l'an que l'on disait 1361".

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Après avoir mis le Brivadois à feu et à sang, il descend du rocher de Nonette pour lutter contre la confédération des Etats de Basse Au­vergne. En chemin, ses compagnies bretonnes s'emparent de diverses places, entre Issoire et Clermont, notamment de Plauzat. Il culbute la noblesse auvergnate liguée contre lui, soumet Clermont, Riom et toute la région à un lourd tribut: onze mille florins, soit environ 3 267 000 F, selon la cotation de l'or à la bourse du 25 novembre 1997.

Il remonte ensuite la vallée de l'Allier, pillant ici et là, et court dé­fendre la forteresse d'Auzon contre une diversion des Royaux. Parmi ceux-ci, figure le seigneur d'Allègre, Armand IV. Thomas le poursuit jusqu'en son château fort d'Allègre où Armand, dernier de sa race, succombe au cours du siège, en août 1361. Le Bâtard de France sac­cage la ville et le château. Tel est son dernier fait d'armes. Il disparaît ensuite (septembre 1361) en un lieu inconnu et dans des circonstances non encore éclaircies..

Dans sa lutte contre Jean de Berry, ce cruel révolté avait réussi à refouler les barons auvergnats confédérés contre lui, à prendre 17 châteaux dont 5 particulièrement bien défendus, à conserver Nonette et Auzon.

C'est vers cette époque que nombre de villages sont désertés – tel Blanède entre Issoire et le Breuil-sur-Couze -, et ne seront jamais ré­occupés; ils deviendront des chazaux ou chazalous. Cependant, cer­tains reprendront vie: ainsi en fut-il de Chazalous (comm. de Monistrol-­d'Allier), mentionné en ruines, en 1377, mais reconstruit par la suite et habité encore aujourd'hui.

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Thomas de la Marche étant mort, le duc Jean de Berry prend pos­session des châteaux de Nonette et d'Auzon. Il fait restaurer et embellir le premier en dépensant des sommes folles. Mais la guerre de Cent Ans est loin d'être terminée.

 

Seguin de Badefol (1363-1364)

Un autre chef des grandes compagnies, nommé Seguin de Badefol, non moins redoutable que le précédent, va lui succéder. Ce vaillant capitaine, expérimenté mais sans principes, est un gentilhomme gas­con, seigneur de Castelnau. Il se fait appeler "roi des compagnies, sur lesquelles il exerce une influence extrême, se montre habile à les conduire à la bataille et à les exciter par l'attrait des entreprises et du butin". Il est accompagné de son lieutenant, un certain Louis Raim­baud, ainsi que d'un vieux soudard surnommé le Limosin.

Ne s'étant pas laissé attirer en Espagne par le comte Henri de Transtamare, dans le conflit de la succession de Castille, il arrive dans la région par le Vivarais et occupe le monastère Saint-Chaffre du Mo­nastier, pille l'abbaye de Doue près de Brives-Charensac, s'empare de Monistrol-sur-Loire et de Méanne près de Saint-Didier-en-Velay, in­cendie Montfaucon, assiège Saugues, place stratégique pour un chef de bande, et réussit à y pénétrer par surprise. Rien ne l'arrête.

Aussitôt, la noblesse du Velay et d'Auvergne, réunie sous les ordres d'Armand de Polignac, de Guillaume de Chalencon et d'Eus­tache de Langeac, vient assiéger la ville mais sans succès.

De là, Seguin de Badefol pénètre en Auvergne à la tête de ses Routiers, assiège la ville de Brioude et s'en empare, le 13 septembre 1363. Il s'installe commandant de cette place forte et en fait le centre de ses opérations, pour s'emparer des lieux stratégiques et confor­tables. De là, pendant près d'une année, il lance de multiples escorsas ou courses d'aventuriers pour écrémer le pays et s'enrichir pour son propre compte et celui de ses troupes, causant de grands dommages au Brivadois, "comme tuer gens, violer fames, pendre les personnes, arder (brûler) les villes, rober et piller tout le pays".

"Tout est nôtre et gens rançonnés à notre volonté, fera dire Frois­sart à ces cadets de famille ayant rejoint le camp de ces bandes de pil­lards. Les vilains d'Auvergne et de Limousin nous pourvoient et amè­nent à notre châtel les blés, la farine, le pain tout cuit, l'avoine et la litière pour nos chevaux, les bons vins, la poulaille et les volailles.

Nous sommes nourris et étoffés comme rois et, quand nous chevau­chons, tout le pays tremble devant nous. Tout est nôtre, allant et re­tournant" .

La basilique Saint-Julien, objet de leur convoitise, est livrée au pil­lage : vases sacrés, pierreries, reliquaires, ornements sacerdotaux,... tout ce qui est monnayable est enlevé. Quelques chanoines sont pris comme otages et emprisonnés.

La terre de Lorlanges, appartenant au prévôt de Brioude, est enva­hie et incendiée, de même que l'église. Pour déloger les occupants, quelques seigneurs du voisinage livrent plusieurs attaques et assiègent Brioude mais en vain. Il faudra patienter des mois et des mois pour bouter ces brigands à la porte.

Insensibles à la stratégie des armes, ils céderont au pouvoir magique des pièces d'or.

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On peut se demander pourquoi Seguin de Badefol s'est rendu si ai­sément maître de la forteresse brivadoise ?... Grâce à son habileté? à son audace? à son habitude des attaques surprises? à l'ardeur comba­tive de ses soldats? - C'est certain. Mais aussi au mauvais état des fortifications de la ville et aux dissensions qui persistent depuis des décennies entre les bourgeois et le Chapitre.

Dès le 29 mai 1362, vraisemblablement suite à la demande des chanoines, le roi Jean II le Bon avait enjoint au bailli d'Auvergne de mettre le Chapitre sous sa sauvegarde spéciale, voulant qu'il fit réparer les forts délabrés lors des dernières guerres. Or, ces réparations ur­gentes, en grande partie à la charge des habitants, ne furent pas faites.

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Quelques seigneurs voisins livrent diverses attaques, dans le but de délivrer la ville de Brioude, mais sans grand succès.

Pendant l'automne 1363, Randonnet-Armand IX de Polignac, dit le Grand, capitaine général des forces militaires en Velay, et son frère Randon-Armand X s'installent dans leur château de Salzuit, pour lut­ter plus efficacement contre les grandes compagnies. De là, ils ne ces­sent de harceler les troupes de Seguin de Badefol, tuant, en diverses occasions, plus de 600 pillards.

La même année, le seigneur de Lavoûte réussit à s'emparer de Louis Raimbaud, capitaine gascon aux ordres de Badefol, et l'enferme ensuite au château de Nonette en attendant son transfert à Villeneuve-­lès-Avignon où il sera décapité.

En 1365, Nicolas Dagorne, autre chef des grandes compagnies, à la tête de deux mille Anglais, s'empare du château de Saint~Cirgues qui appartient au comte de Clermont, Dauphin d'Auvergne, seigneur de Mercœur. Aussitôt les vicomtes de Polignac investissent le château, massacrent 500 occupants et forcent les autres à abandonner la place. A la suite de ces brillants exploits, Armand X de Polignac, frère du capitaine général en Velay, sera surnommé 'Taureau de Salzuit' ou 'Cuisse de bœuf.

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Nous ignorons comment se comportent les Brivadois pendant la longue occupation de leur ville. Il y eut sûrement des tentatives de ré­sistance, des morts provoquées par la faim, la maladie, la résistance et les représailles de l'occupant.

Alors que la majorité des habitants tentent, selon leurs moyens, de lutter dans l'ombre contre l'ennemi, certains d'entre eux, rares il est vrai, en bons Auvergnats âpres au gain, ne perdent pas le sens des af­faires et collaborent avec l'occupant.

Nous le savons grâce aux lettres de rémission accordées par le roi à quelques habitants du Brivadois qui ont pactisé avec les Anglais. Les bénéficiaires de ces lettres "reconnaissent avoir signé des 'patiz' avec les ennemis et, de plus, les avoir fréquentés et même avoir fait du commerce avec eux, y compris dans les matières stratégiques, telles que les armes et les chevaux.

Plus compromis que la moyenne, certains Brivadois ont sollicité une lettre personnelle. C'est la cas notamment de deux marchands de Brioude, Bertrand Bastier et Mathieu Peugeyt qui, ayant perdu leurs biens lors de la prise de la ville, par pillage ou pour leur rançon, ont refait leur fortune en commerçant avec leurs détrousseurs. Bastier ajoute pour sa défense qu'il a profité de ses relations avec l'ennemi pour renseigner les Français.

On compte pour cette époque près de dix-sept lettres de rémission concernant la région de Brioude".

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Mais la plupart des Brivadois, notamment les pauvres, ceux qui ne peuvent acheter une épée et à plus forte raison une armure - on les appelle Tuchins en Auvergne -, participent aussi à la lutte. A défaut d'épée ou de lance, ils utilisent divers objets: couteaux, épieux, faux, fourches. Leur tactique consiste à tendre des embuscades aux Anglais ou à faire des battues. A Brioude, les Tuchins, ne pouvant piéger Se­guin de Badefol, assassinent son maître d'hôtel. Aussitôt, une enquête est menée mais sans résultat.

On ne saura jamais tous les actes de bravoure accomplis clandesti­nement par ces courageux Tuchins brivadois au cours de l'occupation des Routiers. Cependant, ici comme ailleurs, certains d'entre eux, dés­espérés ou ruinés par le passage des soldats, errent à l'aventure et se li­vrent au pillage. Ce sont ces excès qui feront considérer les Tuchins, par des historiens mal informés, uniquement comme 'des brigands ou des contestataires de l'ordre social'.

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Tandis que l'ennemi occupe Brioude depuis bientôt dix mois, le Chapitre Saint-Julien et Seguin de Badefol parlementent en vue de la libération de la ville. Etant donné que seul l'argent intéresse ce der­nier, on discute du montant de la rançon à verser. Mais l'occupant exigeant réclame 3 000 florins d'or, somme d'autant plus importante qu'après avoir subi dix mois ou presque de brigandage continu, les chanoines et les habitants ont les poches vides.

Par chance, le prévôt du Chapitre, le cardinal Pierre Roger de Beaufort, dont l'oncle fut pape d'Avignon (1342-1352), est bien connu des prélats avignonnais : il sera pape six ans plus tard. Grâce à ses nombreuses relations, il réunit la forte rançon exigée et signe l'obliga­tion, le 23 juin 1364. Comme gages de paiement, il donne notamment une grande croix plaquée or et quantité de pierres précieuses. Cette croix recouverte de lames d'or fin et de pierres précieuses, dont le seul poids d'or valait 50 marcs - soit 12,2375 kg d'or fin, environ 3 497 florins d'or ou 1 038439 F selon la cote du 25 novembre 1997, sans compter la valeur des pierres précieuses et la façon - avait été don­née à l'église de Brioude, en 864, par Bernard, comte d'Auvergne, et son épouse Luitgarde. Il est difficile de transposer cette énorme ran­çon en argent de notre époque, car le pouvoir d'achat était alors bien différent du nôtre.

La rançon empochée, Seguin de Badefol et ses brigands quittent Brioude et se dirigent vers une autre région non encore écrémée.

 

Réparations des murailles, forts et fossés

L'ennemi parti, le Chapitre songe avant tout à éviter une nouvelle attaque surprise de la ville. Pour prévenir un autre revers, il est urgent de réparer les fortifications, "attendu que si cela avait été fait, Seguin de Badefol, chef des compagnies retirées des villes cédées aux Anglais par le traité de Brétigny, n'aurait pas pris la ville".

Les bourgeois veulent bien remettre en état les remparts mais à condition "d'avoir la garde des clefs des portes de la ville et de se regarder comme les maîtres des murs, forteresses et fossés de la ville". Mais le Chapitre, seigneur de la ville, n'entend pas abandonner si facilement ses droits. D'où procès. Le 25 août 1365, le Parlement déboute les habitants.

En conséquence, ne s'avouant pas vaincus, les bourgeois se mettent en relation avec le duc de Berry, troisième fils du roi Jean, gouverneur d'Auvergne depuis 1360. Celui-ci, dont le gouvernement politique sera très contesté dans cette province, nomme Guillaume de La Salle pour commander la forteresse brivadoise. Aussitôt informé de cette nomination, Charles V, par lettre du 28 août 1368, demande confirma­tion de ce fait au bailli d'Auvergne, lui ordonnant, dans l'affirmative, de destituer ce capitaine, de rétablir celui que le Chapitre avait nommé et de contraindre les habitants à monter la garde. Effectivement, cette année-là, le prévôt Pierre Roger de Beaufort, futur pape, réintègre Guillaume de La Mothe dans ses fonctions de capitaine de la garnison brivadoise, décision confirmée par le duc de Berry.

Trois mois auparavant, le 26 mai 1368, Charles V avait demandé instamment au prévôt du Chapitre d'assurer le guet en permanence et de faire les réparations nécessaires aux fortifications. La ville de Brioude, écrit-il, est une forteresse importante; pour mettre en sécurité les habitants et leurs biens, il est nécessaire de monter la garde et faire le guet nuit et jour, de réparer les murailles, les ponts et les planches des fossés, ce qu'ils n'avaient pu faire par suite de leur "misérable pauvreté, le fait des guerres et [la présence] de gens de[s] Compa­gnie[s], qui avaient longuement tenu et occupé [la ville]". En consé­quence il charge le bailli de Saint-Pierre-le-Moutier de contraindre tous les habitants de la ville, quels que soient leur condition et leur état, y compris les sergents et officiers du roi ou du duc de Berry, sans exception, à faire le guet nuit et jour, et à contribuer à la réparation des fortifications.

Malgré le contexte de la guerre de Cent Ans ou peut-être pour pro­fiter du désordre ambiant, malgré les multiples contraintes, les Briva­dois ne baisseront pas les bras. Aidés par le gouverneur d'Auvergne, ils font le raisonnement suivant: la réparation et l'entretien des rem­parts sont à leur charge et la destruction de ceux-ci ne serait-elle pas un bon moyen de se débarrasser de la pesante tutelle capitulaire ? Dans cette intention, ils s'adressent encore à Jean de Berry qui ac­cueille favorablement leur demande. De son côté, le Chapitre alerte le roi qui, le 28 mars 1374, enjoint au bailli d'Auvergne d'inspecter tous les forts de Brioude et d'en empêcher la démolition, sans tenir compte des réclamations des habitants et des ordres du duc d'Auvergne.

Poussés à bout, les Brivadois se révoltent, plus ou moins ouverte­ment, appuyés par Guillaume de Villabon, sénéchal d'Auvergne, le­quel est envoyé par le gouverneur de cette province. Ils commencent à démolir le Palais et la forteresse. Emoi des chanoines qui dépêchent un messager au roi. Charles V ordonne alors au bailli d'Auvergne de se rendre 'sans délai' à Brioude, pour interdire la démolition des for­teresses, enjoindre à Villabon, au bâtard de Mâcon et aux habitants de 'respecter la garde gardienne du roi', rendre les armes "et autres ef­fets du Chapitre,... d'informer particulièrement contre les rebelles du pays pour les délits par eux commis, et de faire abattre les maisons nuisibles à la forteresse, en punissant fortement les opposants".

Pendant ce temps, les murs de la ville restent béants. Une lettre du sénéchal d'Auvergne, datée du 6 septembre 1386, ordonne encore une fois la réparation du fort brivadois et confirme l'imposition faite par le Chapitre pour relever les murs.

Par chance, Brioude, méthodiquement pillée pendant près de dix mois par Seguin de Badefol, n'excite plus la convoitise des pillards. A vrai dire, il faut toutefois ajouter qu'en dépit du mauvais état des fortifications, le capitaine Guillaume de La Mothe défend vaillam­ment la ville, vers 1382, et contraint l'ennemi à fuir. En 1400, nouvel ordre du roi de réparer le château fort brivadois et "toutes les autres forteresses de la ville, avec les sept tours, de lever (exhausser) la tour appelée 'la tour Martin' d'une toise de plus qu'elle n'était, de faire des échauguettes, de boucher les trous de l'enceinte, de fermer une cour du Palais avec une grille, de la porte de la Mar­chadière jusqu'à la tour de Bonne, de relever les murs de ladite porte et de la tour jusqu'à la tour de Membra, ainsi que la tour de Cham­pagne avec les échauguettes, ainsi que la porte d'Aguillay jusqu'à la porte de Rochefort, avec ordre de changer les échauguettes au nombre de cinq et d'en faire deux autres de plus, l'une à côté de la porte d'Aguillay et l'autre du côté de celle de la cour".

Telles sont, rapidement décrites les fortifications de la ville domi­née par la tour carrée du Palais. On remarque sept tours, parmi les­quelles la tour Martin, la tour de Bonne, la tour de Membra, la tour de Champagne, la porte de Rochefort,... - il y en avait bien d'autres -, plusieurs portes (Marchadière. Aguillay, Rochefort,...).

Malgré les ordres royaux, les bourgeois refuseront de réparer les remparts, signes trop voyants d'une tutelle contraignante. Le Chapitre n'en continue pas moins à imposer des tailles pour la réparation ur­gente de l'enceinte.

Le 18 mars 1415, nouvel arrêt du Conseil enjoignant aux habitants de réparer "sans délai le fort de Brioude, suite à la supplique du Chapitre". Cinq ans plus tard, Charles VII leur adresse un nouvel ordre, pour les contraindre eux-mêmes et les habitants du voisinage à ''faire guet et garde, le jour et la nuit, dans le fort".

Douze ans après, le 31 mars, le Parlement de Poitiers ordonne à tous les privilégiés "ecclésiastiques ou laïques, habitant de la ville de Brioude, de contribuer pour un cinquième aux réparations des fortifications de la ville et de faire l'arrière guet et garde aux portes et dans la forteresse, dans le cas d'un péril imminent".

On perçoit aisément que toutes les ordonnances royales ou autres sont obtenues à l'instigation du Chapitre, obsédé par la hantise des Anglais. Mais on aurait tort de croire que le roi se désintéressât totale­ment de la réparation des portes et remparts de Brioude: pour lui, en effet, chaque place forte inexpugnable est un atout supplémentaire, comme en témoigne le dernier arrêt.

Le 17 septembre, il "ordonne au Chapitre de faire faire des bar­rières et le guet, et la garde par provision, selon que le capitaine de la ville ou son lieutenant le jugeront à propos. Le guet sera fait par gens natifs de la ville et la garde par nombre de gens de la contrée et des habitants de Brioude, dépens réservés en définitif entre le Chapitre et les habitants".

Ces fortifications ne seront, semble-t-il, jamais totalement réparées, le danger paraissant s'éloigner. De nos jours, il en reste encore des traces, notamment dans l'im­passe de la Chèvrerie, rue des Barrys (lat. barrium, rempart), à l'est et au nord-est de la ville.

 

 Le Bord de Garland -Aymerigot Marchez

Pendant les multiples démarches du Chapitre pour relever les murs, malgré les dérobades des habitants, la guerre interminable continue, en Auvergne. Alleuze et Saillant, deux forteresses très fortes, situées non loin de Saint-Flour, sont occupées par le Bâtard de Garland, que l'on nomme tantôt Bernard, de son petit nom, tantôt le Bord de Garland ou encore le méchant bossu. C'est un lieutenant de Pierre de Galard, autre chef redouté, et le successeur dans ces régions de Bertucat d'Albret.

La forteresse d'Alleuze appartient alors à l'évêque de Clermont qui en a fait un grenier à dîmes et une prison. Après la création du diocèse de Saint-Flour (1317), elle est restée en sa possession mais n'est proté­gée par aucune garnison. Seuls y habitent quelques domestiques in­aptes à la défendre. Le Bâtard de Garland n'a donc aucune peine à s'emparer de cette place (1383) et d'en faire un repaire de brigands. De là, il peut rançonner Saint-Flour, la Planèze, le Rouergue, le Gévau­dan,. ..

Il ne quittera la place qu'en 1391, moyennant une forte rançon.

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Vers cette époque, apparaît dans la région Aymerigot Marchez. Ce Limousin qui a pris parti pour les Anglais est devenu un redoutable capitaine de Routiers. Il s'installe à la Roche- Vendeix (comm. de la Bourboule.), en fait une base pour ses rapines, s'empare du château de Chalus-Lembron non loin d'Issoire. Pons de Langeac, qui a déjà combattu les Routiers, reprend les armes et se porte contre lui avec d'autres seigneurs auvergnats. C'est alors qu'Aymerigot Marchez est pris dans un guet-apens qui lui est dressé par Jean de Toumemire : il est livré par un de ses parents chez qui il a cru pouvoir se réfugier. Il est exécuté en 1391.

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A cette date, il ne reste plus aux Anglais que la place du Roc-d'Un­sac (comm. Saint-Gervazy, canton de Saint-Germain-Lembron), située en Basse Auvergne. Elle sera prise par le maréchal Boucicaut, en 1392.

Cette opération met fin aux guerres anglaises en Auvergne. Mais la hantise de l'Anglais que l'on imagine partout continue à tourmenter les esprits.

En somme, Brioude et sa région ont terriblement souffert surtout entre les années 1360 et 1364. Après cette date, malgré la crainte de l'ennemi, un gros travail de reconstruction reste à faire. En outre, la misère est grande, la mortalité élevée car le pays est 'gasté, ars (brûlé)', pillé; le bétail 'tolu (pris), pillé et robé'; les terres en friche.

Quelques rares documents jettent un faible rayon de lumière sur les malheureuses années qui suivirent l'occupation de Brioude. Devant la misère du peuple, le Chapitre, seigneur du lieu n'a pas exigé les impositions accoutumées. Pour la même raison, Charles V, par avis du 8 octobre 1369, or­donne de retarder le dénombrement des biens d'Eglise. Son successeur renouvellera la même ordonnance, le 3 octobre 1396, et accordera, en outre, un délai pour l'hommage que lui doit le Chapitre.

Charles V contribue pour sa part au grand travail de reconstruction. Le 23 juin 1370, il envoie 50 F or, pour la réparation des fortifications de la ville.

 

La famine (1374)

Aux misères causées par les multiples incursions des Routiers, vont s'en ajouter d'autres et notamment la famine. Déjà, en 1332, la région de Montpellier avait été cruellement frappée: "les gens et spéciale­ment les hommes jeunes semblaient morts, car ils avaient mangé tout l'hiver des herbes crues".

En 1373, notamment en Languedoc, la moisson est mauvaise, à peu près partout. Dès le mois de janvier de l'année suivante, le duc d'Anjou mentionne dans une lettre "la très grave pénurie des biens de la terre qui [... ] a sévi cette année [... ] de tous côtés". Du carême à la Saint-Jean, la pluie et la tempête gâtent les blés, les vignes et les fruits. En juin, le passage de soldats aggrave encore la situation. La famine se généralise alors dans tout le Languedoc, jusqu'à Bordeaux et même au cœur de l'Espagne.

Les temps sont difficiles, les denrées fort rares et chères, l'argent introuvable. A côté des paysans et petites gens contraints de mener une existence incertaine, le clergé et la noblesse subissent également la crise. A Toulouse, dès le mois de juillet, on parle de taxer le carton (environ 20 litres) de blé à 8 livres mais le verrou de la taxation a vite sauté et le marché noir s'installe: le prix du carton s'élève à 12 livres en no­vembre, 16 en décembre, 20 en février 1375, 32 en mars-avril!... Pour avoir une idée de grandeur, sachons qu'en 1380, le salaire annuel du capitaine du château de Murol (63790) s'élevait à 20 livres; pareille somme servait à payer à la fois le portier, l'ânier et la servante.

Heureusement, cette année-là, la récolte est meilleure. Au prin­temps 1376, la perspective d'une abondante récolte ramène les prix à la normale.

A Saugues, une tradition locale raconte qu'en ces jours de misère les habitants, réduits à une extrême nécessité, se nourrissaient d'un tubercule qu'ils appelaient argnissaou dans leur patois. Il s'agit en fait d'une ombellifère, nommée bunium bulbocastanum par les botanistes, qui croît naturellement en pays pauvre.

La peste renaissante, venant s'ajouter à cette famine cruelle et aux lourdes dépenses militaires rendent ces années horriblement pénibles. Dès 1378, la ville du Puy donne l'exemple de révoltes urbaines qui se propagent à Alès, Nîmes, Montpellier,...

Et ce n'est pas fini! A la misère matérielle, va succéder la misère morale. Mais, en attendant, dans le désarroi général, va luire un rayon de soleil en Brivadois.

 

Charles VI en pèlerinage au tombeau de saint Julien

A l'âge de deux ans, le Dauphin Charles, né en 1368, futur Charles VI le Bien-Aimé, est atteint d'hydropisie. Cette maladie, appelée de nos jours anasarque ou œdème généralisé, due à une infiltration géné­ralisée du tissu sous-cutané et des séreuses, par du liquide plasma­tique, était alors considérée incurable par les médecins.

En désespoir de cause, sur le conseil d'un grand de la Cour, le roi Charles V voue en toute confiance son fils à saint Julien de Brioude. Au moment où il accomplit ce vœu, le petit Charles est miraculeuse­ment guéri.

Peu de temps après, le 23 juillet 1370, Jean de Meillon, évêque de Clermont (1357-1375), s'acquitte du vœu par délégation royale. Après la mort de son père, Charles VI n'a rien de plus pressé que de se rendre à Brioude avec toute la pompe royale, suivi du duc de Bourbon et d'une suite impressionnante de grands seigneurs. Le Chapitre et les habitants se rendent en procession à un mille de la ville (environ 1850 m) en attendant l'arrivée du prince. Voilà enfin le carrosse royal, accompagné de grands seigneurs en tenue d'apparat. Le prévôt du Chapitre, au nom de toute la communauté capitulaire et du clergé de la ville, salue humblement le jeune roi qui est ensuite revêtu du costume de chœur des chanoines. Puis le cortège démarre à nou­veau et se dirige vers la basilique Saint-Julien.

Ayant pénétré dans le sanctuaire, Charles VI se prosterne, se re­cueille un long moment agenouillé sur un prie-dieu, remercie Dieu de l'avoir guéri grâce à l'intercession du martyr brivadois, prie pour ses sujets et l'avenir de la France, puis assiste à la messe. A l'issue de la cérémonie, il se rend à la salle capitulaire pour recevoir l'hommage du Chapitre. C'est Jean de Besse qui, au nom de ses confrères, prend la parole pour rendre hommage et prêter serment au roi. Le discours fini, le jeune prince relève le chanoine et l'embrasse (osculo interuento).

On lui présente alors les diplômes royaux contenant les privilèges accordés au Chapitre par ses prédécesseurs. Après les avoir parcourus, il les confirme par serment, les signe et y fait apposer le sceau royal.

En guise de souvenir, Charles VI donne notamment à la basilique son manteau de dauphin en soie rouge, garni et parsemé de figures de dauphins, brodées à l'or fin. Chaque année, le jour de l'Ascension, un enfant de chœur, revêtu du manteau et des gants du Dauphin, mar­chant en tête de la procession, rappellera le souvenir de cette visite mémorable.

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La visite royale a jeté un rapide rayon de soleil en Brivadois, mais, quelques années après, le ciel va encore s'obscurcir, au cours de cette bien triste époque.

 

 Démence du roi

A bien des signes, on décèle même alors une perversion du sens moral et même du bon sens. Un peu comme au XXe siècle, la cruauté semble être alors érigée en système. La cupidité règne en maîtresse.

En outre, si l'époque voit diminuer le grand mal de la lèpre, en re­vanche, le nombre de malades mentaux augmente. En 1375, à Ham­bourg, est ouvert le premier asile d'aliénés.

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Cette maladie va frapper le roi mais pour d'autres causes. Le 5 août 1392, Charles VI le Bien-Aimé, victime d'une insolation, sombre dans une crise de folie furieuse. Il ferraille contre ses compagnons, blesse même son frère. Il faut maîtriser de force le malheureux. Les traite­ments s'avèrent inefficaces. Cependant, un séjour en forêt près de Creil procure au pauvre malade une période de rémission; il retrouve temporairement son bon sens et peut s'adonner à sa fonction royale. Mais les accès de démence sont de plus en plus violents et prolongés. Il vit désormais dans des alternances de folie et de lucidité. Il souffre beaucoup, se croit entouré d'ennemis, perd la notion du 'moi', ne re­connaît plus les siens. Les médecins n'arrivant pas à le soulager, on fait appel à des guérisseurs mais en vain, au contraire, le mal empire. Les divertissements aggravent encore son cas. En janvier 1393, l'acci­dent du bal des Sauvages, dit ensuite 'bal des Ardents', où le roi dé­guisé d'un maillot d'étoupe faillit périr brûlé, augmente encore sa dé­pression. Le Ciel même reste sourd: prières, messes, processions, pè­lerinages,... n'obtiennent pas la guérison espérée.

La nouvelle parvenant jusqu'aux coins les plus reculés de France éprouve les âmes sensibles et ne réjouit guère les autres. Au contexte de tous ces malheurs vient s'ajouter celui du Grand Schisme d'Occi­dent.

Récemment, en 1977, le Dr Jean-Claude Lemaire, toxicologue et médecin légiste, a soutenu la thèse que la folie du roi serait due à un parti d'empoisonneurs de l'entourage immédiat du roi : "Vingt ans durant, des mains criminelles l'intoxiquèrent à coup de poisons lents, l'amenant de crise en crise à la démence définitive".

 

Désarroi des consciences: Grand Schisme d'Occident (1378)

A ces malheurs, vient encore s'ajouter le désarroi des consciences.

Après la mort du pape Grégoire XI, sous la pression tumultueuse du peuple romain, les cardinaux élisent, le 8 avril 1378, un Napolitain, non membre du Sacré Collège, l'archevêque de Bari, Bartolomeo Pri­gnano, qui prend le nom d'Urbain VI. Quelques semaines plus tard, treize cardinaux, français pour la plupart, déclarent son élection enta­chée de nullité et, le 20 septembre suivant, élisent pape, sous le nom de Clément VII, Robert de Genève.

Le monde chrétien se divise alors en deux factions rivales selon leur allégeance à l'un ou à l'autre pape, le premier installé à Rome, le se­cond à Avignon. La France, l'Ecosse, la Castille optent pour Clément VII. C'est le schisme: l'Eglise catholique divisée en deux courants. Triste période qui va durer quarante ans.

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Le grand schisme a de graves conséquences: désorganisation des cadres ecclésiastiques, scission des Ordres religieux, désorientation des consciences, progrès de l'idée laïque par l'intrusion des universités dans la politique, incapacité de mener à bien la réforme de l'Eglise alors indispensable,. . .

On imagine sans peine l'émoi des consciences au spectacle des papes, d'évêques et surtout de curés ou de simples prêtres dressés les uns contre les autres. Des légats ou avocats trop zélés s'emploient à se­mer le trouble dans les âmes de bonne foi, en s'efforçant de détourner les fidèles de la soumission à leur évêque ou à leur curé et de tout re­cours à leur ministère. Affirmer qu'un tel n'est point pape, disent-ils, c'est tomber dans l'hérésie; adhérer à tel parti ou rester neutre, c'est se vouer à la damnation ou encourir l'excommunication. Dans telle obé­dience, poursuivent-ils, les ordinations sont invalides, les sacrements sans valeur, les enfants non baptisés, les hosties non consacrées,...

"Personne ne peut être sûr de sa foi, ni de la validité de son obé­dience [...]. Une immense angoisse ne va donc pas cesser de grandir et la désolation gagner les âmes. La croyance s'établit que, depuis le début du schisme, personne n'est plus entré au Paradis. Les vieilles prophéties à la Joachim de Flore reprennent une nouvelle actualité: Télesphore l'Ermite les réédite, en 1386, avec un vif succès. La grande discession semble annoncer la fin du monde, dont l'année 1400 paraît à beaucoup marquer la date. Les troupes de pénitents se mettent en branle, vêtus de longues tuniques blanches qui les font surnommer les 'Dealbati'. Ils viennent réclamer l'indulgence plénière pour l'année jubilaire de 1400 : hélas! les deux papes l'ont déjà accordée en 1390 !... Les Flagellants font encore plus grande impression: eux aussi parlent de l'Antéchrist, de la fin du monde. La chrétienté déchirée sombre dans le chaos".

Le thème de la fin du monde se retrouve aussi dans les Centuries astrologiques (1555) de Nostradamus. Même en cette fin du XXe siècle, il resurgit encore. Récemment, quatre jeunes, croyant aux pro­phéties de Nostradamus et à la fin prochaine du monde, ont été inter­pellés, dans le cadre d'une enquête relative à la profanation de la sépulture d'Yvonne Foin, découverte, dimanche 9 juin 1996, au cimetière de Toulon.

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En France, l'épreuve douloureuse du Grand Schisme est venue se greffer sur une situation déjà tragique. Au début du XVe siècle, même si depuis 1380 la guerre franco-anglaise s'est interrompue, la misère et le désarroi se font cruellement sentir. Les Anglais occupent une partie importante du territoire. Chevauchées anglaises, rançonnements mul­tiples des Routiers, émeutes populaires ou citadines, retours offensifs de la peste, ont frappé profondément les campagnes. Les provinces les plus riches sont les plus touchées et se dépeuplent.. Les princes, divi­sés par des haines atroces, dressent leurs partisans les uns contre les autres. Ce n'est partout que pillages et massacres. Le peuple se sent écrasé par la permanence des impôts, leur augmentation progressive, les exactions des gens de guerre. Constamment menacé dans ses biens, dans sa sécurité, dans sa vie, il abandonne ses champs, suit des aventuriers, se terre au fond des bois.

On ne peut plus compter sur le roi, symbole de l'unité française, frappé de folie furieuse. Cette démence manifeste, de façon symbo­lique, le désarroi d'une époque.

Ebranlée dans sa foi, dans sa sécurité, dans la confiance en ses chefs spirituels et temporels, frappée de plein fouet dans sa chair et ses biens, la génération du roi fou ne l'est pas moins dans ses mœurs. C'est dans tout le pays, avec l'anarchie la plus complète en tous do­maines, une misèr